‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 26 sur 161 · MADAME DE LA COUR DE BALLEROY. 13S · texte numérisé non relu

MADAME DE LA COUR DE BALLEROY. 13S

Rousseau, est le plus connu des trois; en 1691, membre de la commission des grands-jours à Angouléme^ il tira de Toisiveté provinciale la forte race des d*Argenson, et, l'unissant à sa famille, il l'établit à Paris dans les emplois politiques; en 1717, il recueillit à Saint- Ange Voltaire, échappé de son exil de Sully, et lui inspira, avec Tamour d'Henri IV, l'idée de la Benriade. Conseiller d'État, intendant des finances, fort apprécié de Pontchartrain, son parent, il joignait à des talents supérieurs une intégrité que Saint-Simon lui-même a reconnue ; avec cela, une politesse parfaite et, par-dessus ce fond solide et vertueux, l'extérieur le plus imposant. On le citait pour l'agrément de sa conversation et pour la noblesse de ses manières dans un temps qui avait porté si loin la perfection des bienséances délicates et la majesté des apparences ; mais le trait original était chez lui une vaste mémoire, nourrie d'expérience et d'étude, d'où s'épanchait un savoir inépuisable relevé de l'esprit le plus fin.

Son frère, Caumartin de Boissy, intendant du commerce, a laissé un nom moins célèbre, qui s'est comme éclipsé dans l'éclat du précédent ; les nombreuses lettres de lui que contient la correspondance de la marquise montrent qu'il était digne de son aîné par les saillies d'une imagination piquante et par un caractère de supériorité aisée dont son langage est le reflet. On peut voir en lui un exemple de ce que les traditions du grand monde sous Louis XIV ajoutaient à la distinction des plus heureuses natures. Venait ensuite l'évèque de Blois, l'un des quarante de TAcadémie française, celui qui, académicien à vingt-six ans, recevant un jour comme directeur, l'évêque de Noyon, un Clermont-Tonnerre,

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persifla sï habilement devant un auditoire complice Tillustre fatuité du récipiendaire que la raillerie échappa aiQ prélat moqné, tant eetHe terve de belle humeur et eelte malice caustique, tempérées par les grâces du style, étaient chez les Caumartin un don de naissance et le génie familier de la maison.

Le crédit, la considération, se trouvaient au plus haut point dans une parenté si honorable, sans parier de la qualité, qui égalait tout le reste, puisque la noblesse des Caumartin remontait au delà de 1 400 ; en un si bon Keu, une seule chose étaft médiocre, la fortune. Cette puissante famille, se développant avec Fampleur' des anciennes race^, s'était apauvrie par sa fécondité même; elle ne comptait pas moins de dix enfants, cinq garçons et cinq filles, à la fin du xvn* siècle ; de là des fifficultés d'établissement, et, pour les moins favorisés, bien des hasards dans la destinée. « J'ai trois filles de dh-huit à vingt ans, écrivait madame de Caumartin en 1692 à son parent, M. de Choîsy, qui habitait alors Balleroy ; dites Men à votre ami M. de La Coot qu'il y ett aura pour tout le monde. » L'aînée de ces trois filles, dont la mère faisait si galamment les honneurs aux prétendants, Marguerite de Caumartin, née en 4672, épousa le lieutenant de police d'Argenson en 1693. tt Quand mon père et ma mère se sont mariés, a écrit j^us tard le marquis d'Argenson dans ses Mémoires, on leur disait que c'était la faim qui épousait la soif ; ma mère apporta 30,000 écus à mon père, qui alors n'avait rien. >i

On avait s^réé pour l'aînée un homme de province, fraîchement débarqué à Paris, sans fortune, mais de grand avenir ; les mêmes raisons firent accepter pour

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