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fêtée et plus heureuse dans sa résignation pleine do chrétiennes espérances , — Madame de Créquy. Les Mémoires littéraires ne sont pas plus rebelles aux exigences d'un plan raisonné : les correspondances biographiques ou personnelles, celles de Rousseau ou de Buffon^ se distinguent des correspondances générales de Laharpe ou de Grimm; le journal d'un bel esprit comme Colîé, ou d'un poëte comme Marmontel, ne ressemble pas aux récits de l'économiste Morellet ; sans compter que, dans cette nation bigarrée des écrivains et des littérateurs, il y a une tribu qui a ses mœurs, ses intérêts, ses aventures à part, je veux dire les gens de théâtre, dont Fleury, Audibert et quelques autres ont conté l'histoire.
Ainsi disparaît la difficulté première et capitale de ce travail, qui était de soumettre à l'ordre, à la règle une matière vaste, incohérente et compliquée. Mais fine autre sui^t aussitôt : comment extraire et digérer la masse des documents que tous ces Mémoires contiennent? Comment la réduire en un seul corps d'ouvrage?
Analyser l'un après l'autre ces Mémoires, former de ces portraits une galerie, serait un travail dont la prolixité monotone aboutirait à la confusion; l'intérêt et l'unité du livre en souffriraient à la fois. Procéder uniquement par tableaux successifs, par l'exposition condensée des remarques les plus sérieuses que suggère la lecture des documents, ce serait abuser des dissertations : dans le vague de ces généralités la physionomie propre des témoins consultés s'efface, le piquant de leurs écrits s'émousse. Nous avons cru possible d'éviter l'un et l'autre inconvénient, le décousu des analyses multi-
pliées et Tabstraite uniformité des synthèses excessives. Nous avons voulu défendre et sauvegarder deux choses : Toriginalité personnelle des auteurs de Mémoires, et les vues d'ensemble qui doivent être l'un des principaux résultats de cette étude.
On ne s'étonnera pas de ces longues explications, et l'on nous pardonnera cette sorte de confidence littéraire, si l'on veut bien réfléchir que dans un tel sujet la question de méthode et d'organisation prime tout. Déclarer son dessein et les moyens de l'accomplir, c'était déjà porter sur les Mémoires du xvni* siècle un premier jugement. — Abordons, sans plus tarder, la partie essentielle du plan qui vient d'être indiqué : l'examen des Mémoires politiques. Les lecteurs qui sont disposés à nous suivre connaissent notre route et notre but : ils savent sur quels principes notre marche est orientée. Nous allons parcourir une série de témoignages qui embrassent sans lacune un intervalle de soixante-quinze ans, et qui nous montreront sous un jour vrai les progrès et les transformations de l'esprit du xvm' siècle. Parmi les Mémoires rassemblés ici, les uns ont été récemment publiés, d'autres sont encore inédits et manuscrits ; les plus anciens sont connus à peine et comme perdus dans de rares bibliothèques. Terminons par ce mot qui résume tout : nous nous proposons d'étudier, sans parti pris, sans déclamation, en libre observateur, à la lumière de documents certains, les véritables origines de la Révolution de 4789.