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employés et gagneront leur vie. » Il écrira, à i'épequo des processions du jubilé : c( Les pluies continuent tou-^ jours abondamment et les processions du jubilé ne laissent pas que de marcher, jen sorte que les prêtres et le peuple qui y assistent en grand nombre sont mouillés jusqu'aux os ; ce qui est divertissant à voir promener dans les rues ^ » La cour de Rome surtout le met ea belle humeur et en veine de bons mots : c( L-élection de Ben(dt XIII a été fort disputée. Les cardinaux, dit-on, s'y sont battus croeh^ôralement. » On trouve chez lui beaucoup de ces expressions qui ont un goût de terroir parisien très^prononcé : n Le pape a fait un tour de ca^ lotte... Le fràre de M. Languet, archevêque de Sens, qui est curé de Saint^Suipice^ est un bohème d*mM autre façon, adroit, et qui n'épaigne aueun twr de souplesse pour achever son église* . . M. l'abbé de Roban- Yentadour a rendu un grand servioe à Rome ai ^ignant la Sorbon&e ; son chapeau va être mis sur^hf^kamp à la temiure ^. »
B porte ce ton gt^enard même dans les matières plus graves : a €ette année, sous prétexte de quelque ineommodité, le roi n'a pas fait ses pâquee. Cela a causé un grand scandale à Versailles et fait beaucoup de bruit à Paris. Gela rend publique son intrigue avec madame de MaiUy. Il est dangereux pour un roi de donner un pareil exemple à son peuple, et nous sommes assez bien ai^c le pape pour que le fils aîné de l'Église ait une dispense pcMir faire ses pâques en quelque état qu'il fût, sans sacrilège et en sûreté de conscience ^. »
l.T. V,44(lTOq.
2. T. I, 358; t. II, 70, 87, 91, 140; t. HI, 176 (1732, 1729, 1739).
3. T. III, 167 (1739). — Barbier écrit ailleurs : a Si les dévots se reu-
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Ces dispoBitbns peu orthodoxes et ce manque de re&peot nous paraissent un signe du temps. Voilà un bourgecés très-modéré, fort ennemi des querelles, hostile aux inno¥atîoins, e&empt de tout fanatisme janséniste, étranger à l 'oj^osition parlementaire, et c'est sur l'Église saule ^'il donne libre cours à ses sarcasmes, c'est aux dépens de la religion que ce couservateur timoré s'émancipe et se débauche. 8i médiocre plaisant qu'il soit, sa mkédiocrité même n'en rq)résente que plus fidèlement le tcommun des esprits, le tiers ordre des intelligences ven le milieu du xvni siècle. Barbier est un u bayliste » , sans avoir jamais lu Bâyle ; c'est un M. Jourdain de la pyiosophie qui fait du vdtalrianisn^ sans le savoir. Son opinion est formée, en effet, de ce voltairianisme primitif et un peu gros que Voltaire lui-même a trouvé répandu autour de lui, avant de l'instruire et de l'exciter, avant d'y metlif.e le fermait de propagande et la verve de génie (piî a to^tt enflammé.
On se peut pas dire que Barbier soit l'élève et l'écho à&è pfailoBopbes; il leur est bienveillant, mais ce n'est pas i'éan qu'il pn^ le mot d'ordre. D'abord, l'expressioQ de ses idées a devancé la plupart de leurs écrits ; il semble, de plus, qu'il ne les ait jamais bien connus. Il pourrait dire : a J^ai peu lu ces auteurs. » Il parle d'eux au hasard, d'après la rumeur populaire, d'unie façon légère et inexacte. La république des lettres est pour lui
daient une fois maîtres de l'esprit du roi, ce serait bien le plus grand malheur pour l'État, car le despotisme des gens d'église n'a point de bornes. » — Dans la querelle du eontrôleur général M&chault avec le -clergé, au sujet des biens d'église, il tient pour le contrôleur : « Le clergé possède à présent plus d'un grand tiers des biens du royaume à titre gratuit, c'est-àdire sans grande peine... Il est fort singulier qu'il faille tant de cérémonies pour obtenir des prêtres quelques secours pour l'État. » T. III, 209 (1750).
un pays fermé. C'est précisément le faible de sa chronique, de n'avoir pas su peindre les commencements de cette puissance nouvelle, ni marquer les progrès de la révolution morale qui éclatait sous ses yeux. Préoccupé des affaires du Parlement, la bataille engagée de ce côté-là le saisit tout entier;» 11 faut dire que ce côté parlementaire, trop effacé dans ITiistoire^ était alors le plus important et le plus en relief;' rien d'étonnant s'il lui a masqué et dérobé tout le reste. Barbier se borne à quelques vagues éloges de Voltaire, de Montesquieu, de Diderot, de J.-J. Rousseau.' Voltaire, c'est « notre fameux poëte » ; P Esprit des lois « est un chef-d'œuvre ; » Diderot « est un homme d'esprit )> ; Rousseau « écrit audessus de tout » : sortes de phrases qui sentent non pas « la pension ou l'abbaye » , selon le mot de La Bruyère, mais le comptoir et la boutique, c'est-à-dire l'admiration banale des esprits du commun, prompts à se récrier de confiance sur les réputations à la mode et à prendre leur enthousiasme dans la gazette. Lorsqu'il lui arrive de s'occuper des questions qui intéressent la liberté de penser, il a le tort de s'attacher aux petits détails ; ce qui est vulgaire ou frivole l'attire invinciblement. Sur les controverses théologiques qui passionnent l'opinion il prononce ce mot superbe oîi il se peint au vif : « Cela est sans conséquence pour le commerce! » S'agit-il du Parlement exilé, il s'empresse de montrer combien cet exil nuira « aux octrois, aux marchands, aux ouvriers, aux domestiques, aux auberges; l'on compte, dit-il, que cela fait vingt mille personnes de moins à Paris pour la consommation *. » C/est par ces traits que se révèle sa phi-
i. T. V, 389; t. JH, 106; t. VU, 138. '
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losophie. Quand YEncyclopédie est arrêtée ou supprimée, il n'a garde d'oublier que « ces mesures rigoureuses font uil grand tort aux libraires et aux entrepreneurs. » Une chose le blesse dans les arrêts du Parlement ou dans les mandements des évêques contre la littérature nouvelle : l'imprudence des condamnations qui ont pour effet d'accroître la vogue des ouvrages poursuivis. « Ce livre d'encyclopédie est encore ui> livre rare, cher, abstrait, qui ne pourra être lu que des gens d'esprit, amateurs de science ; le nombre en est petit. Pourquoi donner un mandement d'archevêque qui court, qui donne de la curiosité à tous les fidèles?... Cela est imprudent ; les gens des boutiques même en achètent , ce qui peut faire plus de tort que de bien à la religion... Il aurait peut-être été plus prudent de ne pas exposer avec éloquence, dans le discours de M. l'avocat général, les systèmes de déisme, de matérialisme, d'irréligion, et le venin qui peut se trouver dans quelques articles, car il y a bien plus de gens à portée de lire cet arrêt du 6 février, de trente pages, que de feuilleter sept volumes in-folio * . »
Tel est Barbier : en toute matière un peu haute, le côté supérieur et le point délicat lui échappent ; mais en revanche il a du bon sens à faire peur.
Sa chronique nous instruit, «dans le phis grand détail, des querelles du Parlement et de la couronne : là Barbier est sur son terrain, dans son véritable élément ; il y signale sa pénétration et toutes les qualités moyennes de son esprit, il y déploie l'abondance de ses informations. Ces habitudes étranges, cet aspect semi-gothique du Paris d'autrefois, du Paris religieux et parlementaire,
i. T. V, 153; t. VII, 130 (1752, 1739,.
ce mélange de passions dévotes, de fronde bourgeoise, de sentiments déjà républicains sous des apparences encore monarchiques, cette opposition qui réunit dans une commune résistance au despotisme le palais de justice, les cloîtres jansénistes, les boutiques et les cafés, ce zèle du public, cette effervescence toute moderne, les ovations faites aux opposants; d'autre part, la mollesse indécise et les caprices de la cour, ses coups d'État et ses coups de tête, ses contradictions, ses embarras manifestes, et par-dessus tout l'esprit général d'indépendance, le souffle de révolte qui déjà soulève la nation et inquiète Versailles, en un mot ces longs préludes de la Révolution que la grandeur du résultat inespéré a relégués dans Teffacement et dans l'oubli. Barbier nous les décrit avec une précision pleine de chaleur. Son modeste bon sens s'élève et prend de l'ampleur en observant les alternatives d'une lutte entre deux pouvoirs qui est le combat de deux principes ; il pénètre et saisit la logique des événements qui se succèdent, il en a l'intelligence, et leurs conséquences lointaines ne lui échappent pas : « Si les parlements ont le dessous, dit-il, il n'y aura pas d'obstacle à un despo* tisme assuré ; si au contraire les parlements tiennent bon, cela ne peut être suivi que d^une révolution géaé^ raie dans F Etat, qui serait un événement très-dangereux * . »
Comme tous les esprits clairvoyants du xvni' siècle^ Barbier a donc prévu l'issue terrible de la crise politique dont il notait les symptômes; il a, lui aussi, aperçu la révolution imminente du point de vue un peu étroit des