T. VIII
Le journal de barbier. 191
parlementaires de ce temps-là. Il est mort avec ce sentiment de tristesse et d'inquiétude qui se remarque dans la plupart des Mémoires du xviii* siècle, à mesure que la société, troublée et malade, s'approche de l'inévitable transformation.
La célèbre maxime, « le style c'est l'homme, » est ici pleinement justifiée. Le style de Barbier manque de finesse et de distinction, il est pesant et incorrect, mais il intéresse, malgré ses défauts, par sa sincérité. Quoique Barbier soit un personnage absolument dépourvu de prestige et de séduction, il plaît au lecteur, parce que, bieiï ou mal, il dît ce qu'il veut dire, parce qu'il est ouvertement lui-même, sans fausse gloire comme sans hypocrisie. Tel est le premier témoin, insuffisant sans^ doute, mais solide et honnête, que nous présente cette période du xvnf siècle *. *
Venons au marquis d'Argenson, dont les Mémoirea forment contraste ave« ceux de l'avocat Barbier.
ié. ËsWl besoHi d^âjotiter que dans Barbier, comme dans Buvat et Ma^ tais, outre la partie sérieuse et instructive que je viens de signaler, il y a aussi" une partie frivole et anecdotique, celle qui comprend les menues nouvelles du jour, la rumeur des rues, des boutiques, des cabinets d'affaires, celle qui est l'écho de ce qui se pense et se dit dans les régions moyennes, dans le commerce et dans le barreau, sur les confins de la littérature, de PÉglise et du quartier latin. Ces chroniques du XYIII^ siècle, ce sont nos journaux actuels sous une forme confuse, à l'état de matière première, si je puis dir^ ou de premier jet. Articles de fond, entre-filets, faits divers, critique littéraire, bruits des salons, pièces de théâtre, mœurs et scandales publics, incendies et assassinats, prodiges et vols sur les grands chemins, politique, diplomatie, guerre et finances, tribunaux, tout s'y trouve, et les bons mots ou « calembours » n'y manquent pas. C'est l'étoffe dont on fera plus tard la grande et la petite presse.