Édition Janet, 1. 1, xly, Lxxviir
Français étaient Francs... Les jésuites qui élèvent notre jeunesse accréditent cette duplicité à la cour, mais notre terroir s'y refuse, et de braves princes, comme étaient Louis XII et Henri le Grand, de vrais rois français doivent toujours penser qu'ils élèveront mieux la grandeur nationale par la franchise que par la finesse *. » Je suis loin de nier les dangers de Tinfluence jésuitique ; mais les jésuites ont de très-habiles rivaux, même parmi leurs ennemis, et il n'est pas besoin que la société de Jésus fleurisse en France pour que Vitalianisme y prospère.
D'Argenson, dans son passage aux affaires, ne démentit point ses maximes et ne se corrigea pas de *ses belles illusions. La réalité n'eut pas le pouvoir de le désenchanter de l'idéal. Aussi Voltaire, qui le connais^ sait, a dit de lui : « C'e§t le meilleur citoyen qui ait tâté du ministère *. »
Comme son maître, l'abbé de Saint-Pierre, d'Argenson a la passion du bien public. Être utile aux hommes, voilà son ambition, on pourrait dire sa manie. Cet homme d'État, pour qui la morale et la politique ne font qu'un, (( brûle d'amour, selon ses propres expressions, pour le bonheur de ses concitoyens ^. » Je vaux peu, dit-il, mais toute ma valeur est là. C'est par le cœur, en effet, que son esprit est grand. Cet esprit, né pesant et confus, est dominé par une sorte d'exaltation morale que les desseins généreux excitent et qui produit les dévouements féconds ; par là il se dégage, s'élève et s'af-
1. T. IV, 92, 136; t. VUI, 157. — Édition Janel, t. V, 254, 377.
2. Lettre du 3 mai 1750. — Rousseau a dit de même : « 11 avait eonserve dans le ministère le coeur d'un citoyen et des Tues droites et saines sur le gouvernement de son pays. » (Ëdit. Janet, t. IV, cxvii.) On l'appelait^ à Versailles, « l'homme tout d'une pièce. » {Id,, t. Il, 267.)