T. m, 253. -^ Édit. Janel, t. I
m MàBQUIS D'ABGËNSON. 199
optimisme, une chose fit tort à son ambition : c'est qu'il n'était ambitieux qu'à demi. 11 aimait le pouvoir en philosophe, comme une haute satisfaction d'esprit, comme un moyen de réaliser ce qu'il rêvait, tout prêt d'ailleuw h s'en détacher si le succès coûtait trop ; a J'aime ma liberté et ipa tranquillité, et je ne la veux jamais sacrifier qu'au bonheur de mes concitoyens. Mais quelle sot* tise de les sacrifier à des vues personnelles I Immoler soi heureux à soi grand, quelle folie, quelle platitude ^ I ïi Avec de telles maximes^ avec l'horreur « de la platl* tude, }> le candidat trop sensé est d'avanoe h moitié vaincu,
Cette générosité oaturelle, cette tendresse d^âme a inspiré à d'Argenson un sentiment qui est très-rarq dans l'ancienne politique et même dans la philosophie du yvui* sièqle ; l'amour du peuple. On peut servir le peuple et travailler pour lui par principe, et sans l'aimer ; dani^ notre philosophe ce n'est pas la raison seule» c'est le cœur qui parle en faveur des petits, et voici avec quelle touchante éloquence : c( Les pauvres d'esprit et de biens, les pauvres, les malheureux sont ordinaire^ ment les seuls qui connaissent Tusage de leur coôur : ils sont reconnaissants, tendres, vous aiment, et je m'at» tendris aussi pour eux, si bien que je n'aime à vivre qu'avec eux pour aimer et pour être aimé, pour leur faire du bien et pour en ressentir du plaisir bien autre^ment que du mien propre ^ » Fénelon ni ^auvenargues n'ont pa» mieux dit, et cette chaleur pénétrante avec laquelle d'Argenson exprime ses sympathies pour ceux