‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 42 sur 161 · T. I, XXIII · texte numérisé non relu

T. I, XXIII

qui souffrent a passé dans sa politique : « Que le roi n'aime-t-il ses roturîers-comme il aime tant sa noblesse ! Pauvres gens, accablés, opprimés, indéfendus! Et ce sont eux qui nous nourrissent!... Un bon roi, comme Henri le Grand, engraissera les pauvres, comblera moins les riches : Esurientes implevit bonis et divites dimisit inanes. Égalité et frugalité, deux principales vertus dans TÉtat. L'égalité est la perfection politique *. » Nous touchons ici à ce qu'on appelle aujourd'hui les aspirations socialistes.

La philanthropie, qui reste Fhonneur de nos sociétés modernes, malgré Tabus que les passions en ont fait, nous apparaît, grâce à ces belles âmes du xvm* siècle, dans ses origines les plus hautes et les plus pures. Remarquons-le bien : si d'Argenson a des conceptions d'une hardiesse singulière et des pressentiments qui nous étonnent, il les doit à cette sensibilité magnanime ; nature affectueuse et bonne, il a deviné le génie aimant des temps nouveaux et comme saisi la trace et la voie du progrès à venir ; il a justifié le célèbre axiome de Vauvenargues : c'est de ce fonds d'humanité qu'est sortie cette sagacité puissante^ cette ardeur inventive doni on pourra juger par quelques exemples.

D'Argenson est plutôt un économiste qu'un théoricien politique proprement dit; le moindre coup d'œil jeté sur l'ensemble si varié de ses conceptions suffit à nous en convaincre. Non qu'il ait absolument négligé ce qui concerne la forme et le système du gouvernement ; mais sur ce point il est faible et vague, il a des aspirations parfois contradictoires plutôt que des idées claires et un

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