T. I, 367, 376; t. IV, 455; t. VHI
LE MARQUIS D'âRGËNSON. 207
la devise de toute puissance publique depuis que le monde est civilisé. Uaiêtorité infecté de corruption et d'abus tout ce qu'elle touche *. » Il est si persuadé de notre supériorité qu'il ne se contente pas de Taffirmer, il la célèbre, il la chante dans une sorte d'enthousiasme dont la naïveté fait sourire : « Le joli peuple que le Français pour la marine I Auprès de lui les Anglais né sont que des polissons... Pour ce métier les Français sont des lions et des singes à la fois. Quelle nation I quels habitants ! Quel dommage que des sots gouvernent, excluant les honnêtes gens et de sens commun * 1 . . - » Le gouvernement « des sots » et Texclusion « des honnêtes gens )) , deux grands maux que d'Argenson voyait, et dont il était loin de prévoir la durée opiniâtre, lui qui cependant était si bon prophète I
Une fois lancée dans les espaces à la poursuite du mieux désirable et du progrès possible, son imagination aborde la région vaporeuse oîi flottent les rêves socialistes, sous la forme bénigne d'une pastorale humanitaire. Il manquerait quelque chose, ce semble, à la faculté divinatrice de d'Argenson si le phalanstère lui avait échappé : « Les princes ont des ménageries de bêtes curieuses; que ne s'avisent-ils d'avoir dans leurs vastes parcs des ménageries d'hommes heureux? Voici comment j'accommoderais le grand parc, comme vous diriez celui de Meudon. )> Et il part de là pour décrire, avec la plume d'un Bernardin de Saint-Pierre, les maisons a enjolivées, propres, peintes au dehors, de jolie architecture rustique, les bestiaux gras et bien tenus, les familles heureuses et bien vêtues. )) Il n'oublie pas