‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 48 sur 161 · T. 1, 235, 371; t. IH · texte numérisé non relu

T. 1, 235, 371; t. IH

Une réflexion me frappe, qu'on croirait empruntée à nos livres et à nos journaux, et qui atteste une fois de plus la sagacité politique de d'Argenson : «Un gouvernement libéral, dit-il, est essentiellement pacifique, il enrichit le pays et rassure rétranger ; le despotisme est conquérant par nécessité, ruineux pour le peuple et me^ naçant pour les voisins *. » Le parti de la paix en France, devenu prépondérant par la guerre et victorieux par nos défaîtes, applique les idées de d'Argenson lorsqu'il propose la réduction deTarmée de ligne, l'institution d'une garde nationale active et permanente, qui comprenne dans ses cadres tous les citoyens et les soumette à des exercices réguliers. C'est sur ce pied formidable que d'Argenson entendait constituer les forces défensives d'un pays qui renonce aux guerres d'agrandissement *•

A côté de ces maximes sensées, il en a de lières, et ce qui me plaît en lui c'est que sa philosophie humanitaire lui laisse le cœur d'un patriote. Il n'est pas de ceux qui croient s'acquitter du devoir national et du sentiment civique par une affection platonique pour le monde entier. 11 avait conçu l'idée d'un livre sous ce titre : Jus^ qvùoii le cosmopolisme peut être admis chez un bon ci-toyen. Aimer son pays, disaitr-il, « est une façon d'aimer qui suffit à remplir le cœur d'un citoyen pendant sa vie ; » chez lui, l'ardeur cosmopolite n'était qu'un rayonnement et comme un superflu de cet amour. Il flétrit la paix honteuse, la paix mendiée et précaire : « Il est des cas oîi un État doit s'ensevelir sous ses ruines plutôt que de rien céder ^. » Pour constituer la France dans un état

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