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ilO LE MINISTÈRE 1)E FLEURY.
de grandeur inexpugnable, pour fonder sur une base ferme la politique de la paix, il voulait « la frontière du Rhin » . Il reproche au roi d'avoir laissé échapper une occasion facile de « remplir ce beau dessein » , ce vœu séculaire, et toujours déçu, du patriotisme français ^
Si remarquables que nous paraissent les vues qui viennent d'être résumées par nous, les conjectures de d'Argenson sur l'état futur du monde nous semblent encore plus étonnantes. Il demande l'affranchissement de l'Italie (et il fut sur le point d'y travailler efficacement par le traité de Turin en 1745) ; il prédit la chute de l'empire ottoman et le soulèvement des colonies anglaises de l'Amérique ; il conseille aux chrétiens d'Europe de repeupler et de civiliser à frais communs la Grèce, l'Asie, les côtes d'Afrique : « L'empire turc devient trop faible par son mauvais gouvernement et par l'impossibilité qu'il s'améliore... Quand sa chute arrivera, il faut que chacun en ait sa part, qu'on y établisse plusieurs États particuliers chrétiens, qui fassent refleurir l'ancienne Grèce, et le beau pays du Nil, ces belles îles de l'Archipel... ^ » Il désirait l'indépendance, mais non l'unité de l'Italie ; il n'entendait pas qu'on formât de ses débris régénérés un État compacte et menaçant pour nos frontières. Sacrifier l'intérêt national à l'intérêt italien, imaginer de se servir de la France pour faire échec à sa puissance, c'est là une conception machiavélique qui n'a jamais pu entrer dans l'esprit d'un politique de race française. Excluant de la Péninsule l'Allemagne et la France, il donnait le nord à la Sardaigne, constituait le centre en république et laissait le reste au
royaume de Naples *» Ce projet, « le plus beau et le plus utile qu'on ait formé depuis cinq cents ans, » disait Voltaire, séduisit un moment Louis XV ; abandonné du roi et traversé par TEspagne, il fit tomber le ministre qui le soutenait avec trop de chaleur.
Une de ses préoccupations était aussi de favoriser le morcellement de l'Allemagne; dans cette vue il a tracé le plan do la confédération germanique telle que nous l'avons vue subsister de 1813 à 1866. « Deux lions se querelleront, disait-il, mais un lion ne. dira mot à une armée de chats qui pourraient le détruire ^. » On sait ce que coûtent les querelles des « lions ^. »
Ses prédictions sur le nouveau monde méritent d'être citées : « Un grand événement à arriver sur la terre ronde, le voici : les Anglais ont dans l'Amérique septentrionale des domaines grands, forts, riches, bien policés. .. Je dis qu'un beau matin ces domaines peuvent se séparer de l'Angleterre, se soulever et s'ériger en république indépendante... » Sa prophétie va plus loin ; elle promet à la future république une prospérité qui fera l'admiration du monde entier : « Qu'arrivera-t-il delà?Ypense-t-on? Un pays s'appropriant nos arts à mesure de leur perfectionnement, patience 1 Un tel pays dans plusieurs siècles fera de grands progrès en peuplade et en politesse ; un