‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 5 sur 161 · LES BOURGEOIS CHRONIQUEURS · texte numérisé non relu

LES BOURGEOIS CHRONIQUEURS

Ils ne fréquentent ni les salons, ni les antichambres, ni les coulisses; leur point de vue n'est placé ni si haut ni si bas. Ils ont pour champ d'observation la rue, le carrefour, l'église, les galeries du Palais, le comptoir du marchand, le cabinet de Tavocat, la Sorbonne janséniste et le foyer fanatique du vieux quartier latin, le pavé de Paris enfin. Cachés dans ce monde laborieux et populaire, ils en recueillent les voix, ils en traduisent les bruits; ils ne songent nullement à sortir du milieu qu'ils observent, la curiosité seule chez eux est ambitieuse. Ils meurent comme ils ont vécu, charmés du plaisir de voir et de l'orgueil de savoir, tenant ajuste honneur leur qualité d'enfants de Paris, de citoyens de la grande ville, sans accuser l'ingrate fortune, sans même se plaindre de n'avoir pas, comme quelques-uns, pignon sur rue. On peut saisir entre eux des différences d'humeur et de situation ; mais ces nuances font ressortir plus vivement les ressemblances essentielles et les traits caractéristiques. Nés au cœur même de la cité, ayant à un degré sensible la verve indigène, l'esprit parisien, celui qui dans ses jours d'éclat et de puissance devient le malin génie d'un Molière, d'un Voltaire ou d un Despréaux, ils appartiennent tous à la classe moyenne, à cette classe instruite et active qui touche au peuple par la médiocrité de son état, aux rangs supérieurs par ses 1 umières.

Cherchons d'abord dans leurs rangs les contemporains de la régence, ceux qui ont vu et décrit cette brusque éruption de l'esprit longtemps contenu du xviii* siècle. Buvat et Marais sont les vrais historiens de l'opinion publique à cette époque ; leur curiosité avisée a préci-

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yé ce que nous désirons surtout savoir. Le ivat commence en illV) et finit en 1723 ; 'ai& commence à la même dat« et finit un en 1737. Yoilàles deux témoins spéciaux et lont la déposition, corroborée par des renïccessoires que nous indiquerons plus loin, îB à notre enquête sur l'état moral et polieiété, pendant cet orageux début du siècle ' ns.

'. d'examiner leurs mémoires, Taisons cone et leur caractère. Aussi bien, ce sont Rt lages assez nouveaux en littérature, et la las encore eu le temps d'en abuser.

i n'est point un duc et pair, comme Saintîme un avocat, comme Marais et Barbier. ai le Palais-Royal, ni le Palais de justice, lur de Sceaux où brillait alors le fin regard lelle de Launay. C'était un très-modeste 1 Bibliothèque du roi, attaché au déparlemuscrits en qualité de copiste ou d'écriinté invariablement à six cents livres. Las les pensées d'autrui, il s'avisa de penser ; et d'écrire pour son compte personnel. Il ingt ans dans cette obscurité laborieuse, I un in-f(dio et faisant tout aussi peu de

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