‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 55 sur 161 · Édit.Janet, t. V · texte numérisé non relu

Édit.Janet, t. V

LE MARQUIS D'ARGENSON. 2td

phants. Il a beau choisir pour épigraphe ce vers très-peu correct :

Me fraus expulsit^ expulsum mulcere CamCBQœ.

Son fiel est plus fort que la douceur « des Muses. » Le comte d'ArgensoQ, dont l'amitié lui avait été secourable et fidèle, n'est plus à ses yeux qu'un « hypocrite et un jésuite, » le marquis de Paulmy, son propre fils, est un génie « rétréci, )> digne de son oncle ; quant aux ministres restés en place, il les appelle « jongleurs, farceurs, trompeurs et fagotins ; » il s'applaudit de leurs maladies, et cite leur mort comme un argument qui prouve une Providence*.

Un an avant sa mort, en i756, lorsque l'alliance avec l'Autriche, dont il était l'adversaire déclaré, fut conclue, il se résigna, et comprit que son rôle était fini. C'était le coup de grâce donné par la Fortune ennemie à ses persévérantes illusions ^.

L'ordinaire effet de l'ambition politique, lorsqu'elle envahit un grand esprit, c'est de le diminuer en le trompant. Comme beaucoup d'autres génies de haut essor, d'Argenson manqua de confiance en son propre mérite et se méprit sur les conditions de sa véritable grandeur ; il mettait sa gloire et dévorait son âme dans la poursuite d'un pouvoir éphémère et menacé, oubliant que les plus illustres tracasseries de ce monde et le maniement laborieux des choses humaines ne valent pas toujours, pour la renommée d'un homme, ni même pour le bien géné-

1. T. III, 127; t. V, 90, 213, 219, 271, 349; t. VI, 70, 135, 191, 247, 321 ; t. VIII, 22, 31, 281, 475; t. IX, 280. — Édit. Janet, 1. 1, 23, 41, 73, 89, 92 (Introduction); t. V, 25, 29, 43, 57, 60, 62. — Luynes, t. IV, 212; t. V, 90; t. Vn, 328.

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