Mémoires, t. H
LE aRDINA.1. 23$
avoir fait aucun bien, écrivait d'Argenson en 1743 ; regardons en cela nos Français comme le peuple le plus porté à Tamour des rois qui sera jamais ; il pénètre leur caractère, il prend les intentions pour Taction *• » Ce siècle, qui devait finir par un régicide, a commencé, on peut le dire, par un acte de foi et d'amour envers Tancienne royauté, par un pardon généreux des fautes commises, et si l'attentat reste sans excuse, il est juste de reconnaître et de signaler dans la haine qui éclate en 93 la colère d'un amour indignement trompé.
Ces vingt années d^un provisoire assez doux, que gouverne un vieillard pour le compte d'un enfant, sont celles qui répondent le moins à l'idée qu'on se forme généralement du xvui® siècle. Les maximes et les mœurs du règne de Louis XIV reprennent faveur ; l'esprit public, par dégoût de la licence, paraît rétrograder; c'est, comme on dit, une réaction. Les passions religieuses ou civiles, que nourrit la politique intérieure, n'ont rien de révolutionnaire ; les crises du ParJement ne sont que les accès ordinaires d'une maladie chronique dont le traitement est connu ^ La douceur de ce régime salutaire, la paix de cette convalescence sociale respirent dans les mémoires qui s'écrivent alors ; ils nous donnent l'impression d'un climat tem* péré où nul éclair précurseur n'annonce encore les prochains orages. Le ciel est bas et l'horizon fermé, mais le peuple vit content sous ce gouvernement sage qui lui