‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 59 sur 161 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

2. Ce traitement est décrit, cette « mécanique » de Tancien système est très-bien expliquée par le cardinal Dubois (comte de Seilbac, t. II ^ ^$3} et par Mathieu Marais, t. Ill^ 197.

Î36 LE MIÎdSTÊRE DE FLEURY.

assure Theure présente et lui laisse pour l'avenir une illusion.

Fleury entra sur la scène, comme le Géronte ou TAriste de Fancienno comédie, lorsque les roués, les Turcarets et les Scapins avaient épuisé leur rôle *. Il recueillit tout d'abord cette sorte de popularité sérieuse qui ne manque jamais de fêter le retour du bon sens au lendemain d'une folie prolongée. Ce qui est plus difficile que d'être applaudi au début, il sut se faire estimer pendant vingt ans : les mémoires contemporains lui restent favorables, ou peu s'en faut, jusqu'à la fin ; d'Argenson même, à travers ses aigreurs , laisse échapper des éloges significatifs, et quant aux chroniqueurs qui n'ont pas l'ambition de gouverner après lui, sa mort leur inspire des craintes qui sont la plus belle et la plus rare des oraisons funèbres pour un premier ministre français. Certainement le cardinal de Fleury n'était pas un génie du premier ordre ; mais, outre que le génie accable parfois les nations qu'il gouverne, il y a place, en dehors d'une exceptionnelle supériorité de l'intelligence, pour de bonnes et solides qualités de gouvernement. Il eut un premier mérite, très-politique: il vint à propos. Esprit sans éclat, il était aussi sans vanité. Incapable d'atteindre au grand, et fort clairvoyant sur lui-même comme sur les autres, il évita du moins ces bruyantes contrefaçons de la grandeur par lesquelles se masque et s'étourdit une impuissance

1. Pour le portrait de M. le duc, de madame de Prie et pour Thistoire de leur gouvernement, nous renvoyons à Saint-Simon, à d'Argenson (t. 1,57), aux Mémoires de Walpole (par le comte de Bâillon, p. 201-206), à Barbier (t. I, 345). On peut consulter aussi les Mémoires du président Renault (p. 77-84), les Lettres de mademoiselle Aîssé (p. 101), et les Mé^ langes de Bois-Jourdain (t. HI, 24).

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