‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 62 sur 161 · Mélanges de Bois- Jourdain, t · texte numérisé non relu

Mélanges de Bois- Jourdain, t

guerrière et politique du roi ; elle lui inspira un rôle : pareille à ces amantes des temps héroïques qui travaillaient de leurs mains à Thabit militaire du chevalier et le couvraient de son armure, elle lui arrangea son personnage, et revêtît sa faiblesse d'une vertu d'emprunt. Le bon maréchal, dans son désir de relever la France et le roi, s'appuyait d'une part sur l'épée du comte de Saxe, et d'autre part il appelait à son aide les yeux persuasifs de celle qu'il appelait en riant u madame la Ritournelle. » Ses lettres portent des traces fréquentes de leur louable conspiration.

Ce même public, qui demandait aux maîtresses du roi une intervention et qui leur souhaitait une influence, leur interdisait de gouverner et leur savait gré de ne pas se mêler de politique, seconde exigence en contradiction manifeste avec la première : mais le propre des volontés populaires est précisément de se contredire ^ Ajoutons enfin que le cardinal de Fleury, en imposant à la cour la retenue et l'épargne, prévenait par cette utile sévérité les éclats fâcheux qu'on a vus depuis ; la meilleure excuse des maîtresses de Louis XV fut alors celle qui absout parfois, auprès du peuple, les favoris : je veux dire leur pauvreté '.

Telle était, de 1743 à 1748, la situation politique de la royauté et la ibrce morale dont elle disposait encore : dans tout le cours du xvni* siècle c'est là le point culminant de sa fortime. Cette époque, sur laquelle nous insistons à dessein, forme un point de partage entre le ré-

i. Sur les premières amours de Louis XV, lire : de Luynes, t. H, 180, 183, 195, 261, 292, 455; t. UI, 66, 273, 279, 459, 471, 481 ; t. IV, 266; t. V, 96. — D'Argenson, U II, 100; t. III, 20, 23. —Bois-Jourdain, t. II, 209, 216, 223.

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