SITUATION DES ESPRITS. Î
nisme ombrageux' des parlements et l'activité du génie voltairien.
C'est dans cet intervalle de trente ans que le véritable esprit du xviii® siècle se prépare et se fortifie : il sort de ce repos apparent avec un redoublement de vigueur et d'ambition, prêt à engager contre l'ancien régime un combat décisif. Nous allons considérer cet autre aspect, moins brillant, mais plus instructif, des commencements du règne de Louis XV : il importe d'éclaircir, à l'aide des indications fournies par les contemporains eux-mêmes, l'histoire intime d'un temps qui est l'époque la plus confuse et la moins connue du xviu* siècle ^
1. Voici quelques Mémoires ou Chroniques de peu d'imporUnce qui se rapportent encore à cette première moitié du siècle, t nous nous bornons à les signaler, parce qu'on n'y trouve aucun renseignement de quelque valeur : 40 Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV (1701-1744), par Pierre Narbonne, 1 volume, publié en 1866 par J.-A. Le Roy. — Narbonne, ancien huissier, fut le premier commissaire de police de Versailles* Malgré sa fonction, il a su peu de chose d'intéressant. Versailles était un boo poste d'observation, mais au château, et non dans la ville. Quant à la chronique populaire, elle n'est possible qu'à Paris. Narbonne était donc en dehors des conditions du genre. Aussi n'a-t-U fait que glaner des anecdotes ou particularités qui n'apprennent absolument rien à ceux qui ont lu Saint- Simon, Dangeau, la Palatine, Marais et Barbier. -^ 3^ Chronique de la cour et de Paris en 1732 (publiée par la Revue rétrospective , 2* s4rie, t. V, VI, VII). Cette chronique, de 150 pages environ, est un recueil de faits divers ou de nouvelles à la main, qui a perdu tout son attrait depuis la publication du Journal de Barbier. Le style en est vif, et l'on y trouve quelques menus faits d'un détail assez piquant. — S*» Chronique de Vannée 1742 {Revue rétrospective, i'« série, t. IV et V). L'auteur est une motiehe de police, et ses buUetin^ étaient distribués aux ministres* Il y est parfois question de Voltaire. Ces quelques pages sont d'une lecture agréable^ mais sans profit pour le philosophe ou l'historien.