‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 71 sur 161 · D'Argenson, t. IVjlH · texte numérisé non relu

D'Argenson, t. IVjlH

les destinées politiques du pays. Passant de la théorie à l'action et s'autorisant d'une décision des anciens États généraux, le Parlement de Paris travaille à constituer, en face du pouvoir, une représentation permanente des libertés nationales : une ligue se forme entre tous les Parlements de France qui se considèrent comme « les classes » , comme les groupes d'une assemblée unique, comme les membres solidaires d'un corps indivisible* En cas de violence et de coup d'État, la démission en masse de tous les magistrats du royaume, « la suspension générale de la justice en France » opposera la pfo* testation solennelle du droit aux entreprises du despotisme*. D'où est sortie l'idée de cette ligue parlementaire? D'Argenson nous l'apprend t c'est des méditations de l'exil et des enseignements de la persécution . « Les parlementaires exilés par la cour, écrit-il en 1733, vivent fort unis entre eux et forment des espèces de communautés de savants. Tous se sont mis à étudier le droit public dans ses sources, et ils en confèrent comme dans les académies* Ce danger est plus grand qu'on ne croit. Si jamais la nation française trouve jour à leur marquer sa confiance, voilà un sénat national tout prêt à bien gouverner. Dans V esprit public et par leurs études s^ établit l^ opinion que la nation estau-^dessusdes rois comme l'Eglise universelle est au-dessus du pape. Et de là présagez quels changements en peuvent arriver dans tous les gouvernements ^ 1 »

Voilà donc un point bien établi s le principe fondamental de la Révolution est sorti des luttes politiques du xvm* siècle et non des spéculations de la philosophie*

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