Id
Ici se marque le trait d'union entre Tancienne France et la nouvelle, entre le libéralisme du passé et celui de Tavenir : à défaut de charte écrite et de texte positif, garantissant le droit national, il y avait comme une constitution vivante, profondément entrée dans l'âme de l'ancienne France, et l'idée mère des constitutions modernes est née de ce sentiment ineffaçable de la liberté française.
La royauté poussée à bout est contrainte, par la logique môme du combat, d'écarter les tempéraments qui mitigeaient l'absolu du pouvoir et entretenaient aux yeux des peuples l'illusion d'une demi-liberté. Elle traite d'usurpation le droit national et, s'avouant intraitable, se proclame un pur despotisme. De part et d'autre la situation est tranchée, chacun se roidit dans la rigueur de ses prétentions ; sur l'essence même de l'autorité il y a conflit. Il est curieux de lire pendant ces dix années (1748-1758) les déclarations opposées par la cour aux remontrances des Parlements. Le langage du roi est plein de hauteur et de menace ; mais ce ton de majesté offensée couvre mal une inquiétude secrète, une profonde blessure. Le pouvoir se sent atteint par les coups qu'on lui porte ; sa vivacité accuse l'irritation de sa faiblesse : « Je suis votre maître, répond Louis XV aux députés, je veux être obéi. Je connais tous les droits que je tiens de Dieu. Il n'appartient à aucun de mes sujets d'en limiter ou décider l'étendue *. »
L'entourage, on le pense bien, aigrit les soupçons du maître et enchérit sur ses ressentiments. On répète les mots vifs échappés dans l'intimité royale des petits