D'Argenson, t. VII^ 77, 143; t. VIII
thousiasme et de rapplaudissement. On porte des couronnes aux magistrats ; « on claque des mains comme quand Jeliotte chante à l'Opéra » ; on « encadre dans un verre avec u rie bordure dorée» leurs art'èts les plus hardis *• La «Chambre royale» de 1753, ébauche timide du Parlement Maupeou, abdique et s'évanouit sous les sifflets. « Les peuples, dit d'Argenson, sont devenus grands amateurs des Parlements ; ils ne voient qu'en eux le remède aux vexations qu'ils essuient d'un autre côté. Tout ceci annonce quelque révolte qui couve sous la cendre 2. »
Ce qui est plus grave que ces démonstrations et ces clameurs, c'est le travail qui se fait dans les esprits surexcités. Une doctrine antimonarchique gagne sourdement et s'insinue; ce n'est plus seulement la passion qui prend feu, c'est la raison qui se révolte. Un schisme commence entre Tesprit français et la royauté. Jamais, les inconvénients attachés au gouvernement d'un seul ne s'étaient trahis avec un aussi fâcheux jôclat ; jamais on n'avait porté avec plus d'impatience le poids de la chaîne qui lie les destinées d'un peuple h celles d'un homme, qui l'humilie et le dégrade dans la personne d'un représentant indigne. On songe à délivrer la France du retour trop fréquent de ces chances désastreuses ; l'idée vient de briser cette fatalité séculaire. D'Argenson, très-attentif à ces mouvements de l'esprit public, a bien noté, à sa date précise, la nais-* sance de V opinion républicaine : <( Voilà, écrit-il en 1752, les inconvénients de la monarchie; la conduite des peuples y dépend trop des misères de l'humanité. La
i. D'Argenson, t. VII, 453 (1752). —Barbier, t. V, 229, 237 (i755). 2. T. IX, 370 (1756).
LWINION RÉPUBLICAINE. 879
mauvaise issue de notre gouvernement monarchique absolu achève de persuader en France, et par toute TEurope, que c'est la plus mauvaise de toutes les espèces de gouvernement. Je n'entends que philosophes dire, comme persuadés, que l'anarchie môme est préférable. Cependant l'opinion chemine, monte et grandit, ce qui pourrait commencer une révolution nationale *• »
Un peu plus loin, il revient et insiste sur ces conjec^ tures : « Que prononcera-t-on, dit-il, sur cette question dans l'avenir, à savoir si le despotisme augmentera ou diminuera en France? Quant à moi, je tiens pour l'avé* nement du second article et même du républicanisme. J'ai vu de mes jours diminuer le respect et l'amour du peuple pour la royauté. Louis XV n'a su gouverner, ni en tyran, ni en bon chef de république; or, ici, quand on ne prend ni l'un ni l'autre rôle, malheur à l'autorité royale ^, »
La hardiesse des mots suit celle des choses. On voit paraître et s'accréditer des expressions politiques que la France n'avait jamais connues ou qu'elle avait désapprises depuis deux siècles. (( Les noms d'Éfat ou de Nation y qui ne se prononçaient jamais sous Louis XIY