D'Argcnson, t. VI, 10, lo
LE PARTI Ptt LOSOPHIQUE. 287
louer le talent des écrivains persécutés; on ne leur conteste pas la supériorité du génie, et s'ils n'ont pas encore la puissance, ils ont déjà la gloire. Les premiers témoignages sont en ce sens; Barbier se montre aussi favorable que d'Argenson. Il dit de Montesquieu : « Ses livres ont été condamnés comme opposés à la croyance catholique, mais ils n'en sont pas moins des chefs-d'œuvre. » L'abbé de Prades lui*même est « un garçon de beaucoup de mérite et d'éducation ; » l'abbé Morellet, « un homme supérieur*.» A-t-on déjà un sentiment très-net de la gravité des questions débattues? Prévoit-on les suites de la lutte qui s'engage? Cela est douteux. D'Argenson, au début, semble craindre que cet élan du libre esprit ne soit arrêté par l'inquisition naissante; en 1749, ce mouvement lui semble facile à maîtriser : « on l'étouffera, dit-il, sous la main des jésuites ^. »
Quelques années plus tard, l'alarme a passé dans le camp des adversaires de la philosophie. Le clergé fulmine dans ses mandements et ses sermons, le Parlement dans ses remontrances, le roi dans ses édits. L'ancien régime tout entier, gouvernement et opposition, se sent menacé par l'esprit nouveau. J'emprunterai à cette éloquence de la peul* quelques lignes oii le premier président du Parlement^ dénonçant au roi, en 1752, la rapidité contagieuse des influences philosophiques, retrace avec une certaine force les circonstances qui en ont favorisé le développement* C'est une page de l'his*
1. Barbier, t. V, 146-152 (1752); t. VI, 122 (1757); t. VU, 257. — Luynes, t. XI, 369, 385; t. XIX, 36; t. VI, 249, 335; t. VIH, 118, 439. — Quand Voltaire quitte Paris pour Berliu et Fcrney, Barbier dit ce mot : « il est quelquefois dangereux d'éloigner les gens d'esprit. » (T. V, 168.)