U REINE ET SES AMIS
pétrifié, puisque vous ne m'en dites rien*.» Cette auguste familiarité exerça sur le président un charme irrésistible; il se convertit et abjura, avec ses anciennes erreurs, ses amitiés philosophiques ; il ne fut plus seulement fameux « par ses soupers et par sa chronologie » , | comme avait dit Voltaire, il le devint aussi par son 3 retour aux bons principes. Il sut se ranger à propos, en ;j homme bien élevé et dont Tunique étude est de plaire : la conversion de Philinte ne pouvait être qu'un miracle du savoir-vivre *.
lia société du duc et de la duchesse de Luynes rayonnait au delà du cercle un peu étroit de ces illustres amitiés ; leur maison, dit ce même président,^ « était le rendez-vous de tout ce qu'il y avait de grande et de meilleure compagnie. » On y voyait, parmi les personnages de marque, le cardinal de Rohan, l'évêque de Blois, Caumartin, M. et madame de Sully, le cardinal de Polignac, madame d'Uzès, l'abbé de Bussi, évêque de Luçon. N ^oublions pas non plus Saint-Simon, dont les rapports avec le duc remontaient aux premières années du siècle et à la petite cour du duc de Bourgogne. Il est fait quelquefois mention de lui dans les Mémoires et Ton y trouve quelques lettres de sa main : «M. de Saint-Simon est l'homme du monde le plus incapable d'entendre les affaires d'intérêt, quoique cependant il soit extrêmement instruit sur toutes autres matières ; il a beaucoup d'esprit et est très-bon ami ; mais comme c'est un caractère vif, impétueux et même excessif, il est aussi excessif dans son amitié. » Notons
1. Luynes, 1. 1, 35, 36; t. VIII, 384; t. IX, 212; t. X, 153, 154.
2. Luynes, t. XI, 386; t. V, Uk. ^ Mémoires du président Hénault, p. 187, 189, 190, 217-220.
a^ RÉGNE D£ LOUIS XY. -<- DE i74a A 1756.
ce trait : « Il est extrêmement énergique dans ses expressions ; il est sujet à prévention ^ » Le duc de Luynes., comme on le voit, connaissait bien son ami, et il n'est pas surprenant que l'esprit de Saint-Simon lui ait fait peur.
Dans le tableau si varié de la cour sous Louis XV, où l'harmonie extérieure maintenue par l'étiquette couvrait des divisions profondes, nous apercevons, à côté du monde particulier de la reine, un groupe plus jeune et moins réservé, mais attaché aux mêmes principes, nourri dans les mêmes sentiments, avec cette différence qu'il représentait l'espoir des idées dont la reine figurait la d.éfaite et la résignation.. C'était la société du dauphin et de Mesdames de France, fort animée contre l'influence des cabinets du roi, contre l'ascendant des favorites, hostile aux nouveautés philosophiques qui triomphaient à Paris et s'insinuaient même à Versailles, amie du clergé auque], à défaut d'un appui présent et efficace, elle semblait promettre l'avenir. De la société de la reine à celle de ses enfants l'accès était facile et de plain-pied pour un homme du caractère de notre duc ; son frère, d'ailleurs, le cardinal de Luynes, était entré fort avant dans la confiance du dauphin. Ce prince en mourant voulut être enterré à Sens, dont le cardinal était archevêque, et celui-ci se constitua le fidèle gardien de son tombeau.
Lorsqu'on a franchi le milieu du siècle et quitté cette première moitié si rapprochée de l'ancienne France par la date comme par l'esprit, la société des amis de la reine en peu d'années s'éclaircit et s'éteint. Le duc de