‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 92 sur 161 · T. XIII, 19 (1753) ; t. V · texte numérisé non relu

T. XIII, 19 (1753) ; t. V

retient, et son respect pour le roi lui interdit les réflexions indiscrètes, A cet égard, voici sa maxime : « Il faut écrire ce qu'on voit et ne faire ni pronostics, ni porter de jugement. » Faisant allusion à certains mots du roi entendus et rapportés dans une affaire délicate, il ajoute ce trait, qui le peint : « On en a parlé presque publiquement partout à Paris, et Versailles, où ordinairement on parle peu^ n*a pas été absolument exempt de quelques discours sur cette matière. Cependant, comme de pareils propos ne sont utiles qu'à déplaire, et d'ailleurs ne peuvent servir de rien, les plus sages ont gardé le silence *. » Notez ici la différence entre Versailles et Paris. Paris dit tout, même ce qu'il ignore ; Versailles ne dit rien, même lorsqu'il sait. Le duc, on s'en aperçoit bien, écrit à Versailles.

Lorsqu'il lui arrive de toucher à ce qui brûle, il a de ces façons rapides et atténuées de s'exprimer qui sont le style du courtisan : « Les esprits sont encore bien éloignés de la soumission que le roi demande ; — « la conduite du Parlement devient plus singulière de jour en jour. » A propos de M. de Prie, dont il annonce la mort en 1 73 1 : « On prétend qu'il avait des moments d'absence oîi il oubliait qu'il eût eu une première femme : c'est peut-être ce qu'il y aurait eu de mieux ^.)) Ce n'est donc pas lui qui fera une chronique légère.

Inutile de dire que s'il parle du roi c'est pour louer sa douceur, son humanité, sa présence d'esprit, ces qualités vagues, ressource ordinaire des panégyristes embarrassés; il y entremêle quelques-uns de ces aimables

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