‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 96 sur 161 · T. XVI · texte numérisé non relu

T. XVI

cieQ régime, et en particulier sur les financiers, les magistrats et Tarmée ? Si Ton veut connaître quels étaient les aiq[K)intements des officiers il y a un siècle, les voici tels que les avait réglés l'ordonnance royale de 1757. Les capitaines du corps des grenadiers de France recevaient 180 livres par mois ; les lieutenants 60 livres, les sous-lieutenants 40 livres; dans les autres corps, les capitaines recevaient 160 livres^ ou 140, ou 120, suivant l'arme à laquelle ils appartenaient ; les lieutesiants SO livres, et les sous-lieutenants 34 livres. Un règlement publié à la même époque nous donne une idée du luxe qui avait envahi les camps. On fut obligé de prescrire la qualité et le nombre des mets : « Il n'y aura qu'un seul service composé d'entrées, rôts et entremets. Les entremets ne seront que de viandes salées, grosse pâtisserie, poisson suivant les lieux, œu& et légumes ; le dessert se composera de fromages, de fruits cuits ou crus, de confitures ; le tout sans cristaux et porcelaines... ^ )>

Parfois, mais bien rarement, il échappe à notre duc certaines anecdotes qu'on est tout surpris (|e lui ^oitendre conter ; telle est celle-ci, sur La Fare et la dt^esse de Bourgogne : ce On sait que personne n'avait plus que cette princesse le don de plaire quand die vendait, et même le ton de galanterie ; une grande représentaticHi^ r«ir noble, de beaux yeux, parlant avec agrément et cherchant à dire des choses obligeantes* Étant dans la

1. T.XV, 454, 397. — Autres détails sur les finances : « En 4757, le reyenu public était de 283,560,000 livres, et le déficit annuel de 169,000,000 (t. XVI, 49, 53). — Sous Henri IV^ dit encore le duc, U y avait 150 millions d*argent monnayé en France; Tintérèt fut réglé au denier 16 (6 fr. 5 sols p. 100); BOUS RichéLiei il y en avait pour 300 millions, on nût Piotérét au denier 18 (5 1/2 p. 100); sous Golbert il en Ait consUté 500 millions, et rintérèt fut mis au denier 20 (5 p. 100). En 1155, on évaluait l'argent en circulation à 1600 millions. » (T. XIY, 178.).

L'ÉTIQUETTE A VËRSAiLLESw »5

gâterie de Yersailtes, elle aperçut dans le nombre des courtisans M. de La Fare, qui la regardait atec graixde attention et parlait tout bas à un de ses amis... EBe Tonlut absolument sairoir ce qu'il avait dit, et il faillit bien obéir. La Fare était un homme de plaisirs : « Je disais donc, Madame, M dit-il', que si vous étiez une fiUe de rOpéra, j'y mettrais jusqu'à mon dernier soi. » Quelque- temps après, madame la duchesse de Bourgogne retrouva La Fare ; elle Fappela et lui dit : c< La Fare, j'entre à l'Opéra la semaine prochaine *. » Pourquoi le duc n'est-il pas ou ne veut-il pas se montrer plus riche en pareils souvenirs ?

Ses Mémoires ont, à notre gré, un défaut capital : trop réservés pour être intéressants, trop particuliers pour être utiles, ils ne nous offrent ni l'attrait, ni l'instruction. Répétons-le : ils se sont trompés d'adresse, et ce n'est pas en vue de nous servir ou de nous plaire qu'ils ont été composés ; la Révolution a dispersé le public d'élite sur lequel l'auteur tenait son regard attaché en les écrivant. L'étiquette était pour le duc une religion, il y croyait d'une foi absolue; il croyait pareillement à la durée immortelle de la race des courtisans. Cette double foi lui a inspiré l'ambition de s'ériger en conseiller fidèle des courtisans à venir. Excusons son erreur, car il ne s'est trompé qu'en un point : l'avenir a produit, il produira toujours, et plus que jamais peutêtre, des courtisans, quel qu'en soit le langage et l'habit ; mais entre ceux d'aujourd'hui et ceux d'autrefois il y a une différence, et le duc ne l'a pas prévue ; c'est que les modernes courtisans se passent fort bien de l'étiquette.

3S0 RÉGNE DE LOUIS XV. — DE i743 A J756.

Quand on a parcouru ces dix-sept volumes, surchargés de tant d'inutilités et comme remplis de la poussière d'un monde évanoui, il est une réflexion dont on a peine à se défendre : Voilà donc, se dit-on, à quel point s'étaient affaiblis, à quel degré de médiocrité impuissante était tombés, dans la partie honnête des races aristocratiques, le grand cœur et le grand esprit qui, si longtemps, avaient soutenu et justifié leurs privilèges ! Voilà quels pcnsers magnanimes ces nobles races opposaient à l'invasion des nouveautés vengeresses qui les menaçaient et les débordaient de tous côtés ! Considérez, vers le miUeu du siècle, cette société destinée à périr : vous avez à choisir entre la corruption et l'épuisement ; vous n'échappez au spectacle de l'activité perverse et du scandale bruyant que pour rencontrer des vertus effacées, une oisive résignation, une probité sans vigueur et sans génie !

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