L'ÉVOLUTION VERS LE CATHOLICISME
nétrait toujours plus la chrétienté : La vraie religion est avant tout « une doctrine », et une doctrine embrassant tout le champ des connaissances humaines. C'était assurément un témoignage de la force intime du Christianisme que la possibilité pour cette « religion d'esclaves et de vieilles femmes », d'attirer à elle toute la théogonie et la comogonie grecques, de les vouloir dissoudre dans ses propres croyances, et de les allier à la prédication de Jésus-Christ ; mais l'intérêt primordial de la religion se trouvait par là déplacé, et l'Eglise eut uti énorme poids mort à traîner. La question : « que faut-il que je fasse pour être sauvé? » à laquelle Jésus et les Apôtres pouvaient répondre très brièvement, comportait désormais une réponse des plus compliquées, et si Von pouvait encore concevoir que les laïques se contentent d'une plus brève réponse, c'est parce qu'on les considérait dans leur ensemble comme des ( hrétiens incomplets, destinés à obéir aux initiés. La religion chrétienne prit déjà à cette époque l'orientation vers l'intellectualisme qui devait persister dans la suite. En se présentant comme une chose vaste et de dimensions respectables, comme une doctrine ardue et complexe, elle n'était pas seulement alourdie, elle était menacée aussi de perdre son sérieux même, car celui-ci ne peut subsister que si la réalité qui nous saisit et nous
sauve reste immédiatement accessible. Certainement le christianisme port-e en lui-même un penchant à priendre position en face de toutes les connaissances et de tout l'ensemble de la vie spirituelle, mais ce dont il s'enrichit de la sorte — en supposant même que ce soit toujours conforme à la réalité et à la vérité — ne saurait être considéré comme faisant autorité au même titre que le message évangélique, ou même comme constituant sa condition nécessaire, sans que la religion ait à en souffrir ; le dommage ainsi subi est déjà incontestable au commencement du troisième siècle.
3° L'institution ecclésiastique prit une valeur propre, indépendante, elle devint une réalité religieuse. Après avoir été à l'origine uniquement l'organisime de l'association fraternelle, la forme et le lieu de l'adoration en commun, et l'ombre mystérieuse de l'Eglise céleste, elle devenait à présent, en tant qu'institution, chose religieusement indispensable. C'était dans cette institution que l'Esprit de Christ, à ce qu'on enseignait, avait laissé tout ce dont le fidèle avait besoin ; celui-ci lui était donc entièrement lié, non-seulement par l'amour, mais aussi par la foi : là seulement l'Esprit agit, et par conséquent là seulement on trouve toutes ses grâces. Au reste, c'est uai fait que d'une façon générale les chrétiens qui n'acceptèrent pas