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IV. — LA REACTION

Lorsqu'un pays en décadence d'art accepte les modes étrangères, il se peut que des talents se soumettent qui, dans un autre milieu plus favorable, eussent fait preuve de la plus exquise et indépendante personnalité. Chez ceux-là, demeure latente la source vive qui, demain, au vent soudain de la liberté, jaillira et s'épandra en fleuve, enrichi de tant d'alluvions étrangères.

Nous avons assisté à ce curieux spectacle en France même où, au lendemain de la guerre, on vit accepter le joug wagnérien par ceux qui précisément devaient fonder la Société Nationale éveilleuse du prochain et bien vivant renouveau. A quelque chose malheur est bon...

Il en fut de même en cette Espagne d'abord italianisée, puis germanophile, qui ne cessa pourtant d'enfanter des fils inspirés des Muses mais condamnés pendant un temps à baisser le front ou à s'insurger, c'est-à-dire à s'exiler...

Les exilés, nous savons ce qu'ils devinrent. Accueillis en France avec ce respect hospitalier qui est de mise en ce noble pays : les Albéniz, les Granados, les Turina, les De Falla imposaient à leurs hôtes une conception musicale que les éléments conservatoriaux espagnols jugeaient tout au plus digne de régner sur la ^arzuela ou opérette de <( petit genre », et ne pouvaient prendre au sérieux. Ainsi le Conservatoire russe de Tschaïkowsky souriait du nationalisme populaire des cinq « amateurs » de la Koutschka : Balakirew, Borodine. César Cui, Moussorgsky et Rimsky-Korsakow jusqu'au jour oià il fut débordé par ce flot envahissant de jeunesse et, la mort dans l'âme, lui ouvrit ses portes.

Mais tout le monde ne peut se permettre d'être renégat. Et de bonne foi demeurèrent en Espagne des musiciens authentiques qui plus tard devaient profiter de cette émancipation assurée à la mère patrie par ses quatre « enfants prodigues ».

Ces authentiques musiciens restés quand même en

Espagne se trouvaient être précisément ceux dont le lemptrament s'accommodait le mieux d'une situation en apparence sans issue. De secrètes affinités existaient en eux avec l'impénitent romantisme nordique, avec tout ce que représentait l'Ailemagne de Weimar, avec l'incurable nostalgie des peuples non latins.

11 y avait parmi eux des Galiciens comme Veiga, Aiontes et laiall ; deux Léonais comme Rogelio Villar et Pedro bianco, des Aragonais comme Francisco Cales, Zurrôn, Luis Auia, le P. Azara, Rafaël Esbry, des Astuïiens comme Torner, le P. V^iUalba, Fernândez Nùiiez, Ricardo Villa. 11 y avait des Basques et des Catalans.

D'autre part, les musiciens « purs » que la forme musicale donnée par les maîtres septentrionaux intéressait plus encore que le sentiment ethnique dont ceux-ci imprégnèrent leurs chefs d 'œuvre : un Alanfique de Lara, un Facundo La Viiia, un Vicente Arregui, un Conrado de! Campo.

Les premiers relèvent de l'esthétique d'un néo-romantisme nationaliste. Les seconds s'inféodent à des modes musicales post-wagnériennes, franckiste ou straussienne.

Mais lorsque luira enfin pour l'Espagne le jour glorieux de la délivrance, nombre d'entre eux, sans renier leurs attaches premières, s'élanceront tout joyeux à la conquête d'un nationalisme populaire par quoi ils rejoindront en une certaine mesure leurs courageux aînés.

a) Le néo-romantisme nationaliste des Galiciens,

Léonais, Asturiens ; des Basques et des Catalans-

Valenciens

1. Les Galiciens ont peu produit. Mais nous ne saurions oublier Veiga, l'auteur d'une Alborada réputée; Juan de Montes qui, organiste à Lugo, écrivit ses belles ballades pour chant et piano, sa Fantaisie orchestrale, sa Sonate descriptive pour quatuor d'archets, digne d'un véritable maître ; enfin Santiago Tafall, chanoine de Santiago et folk-loriste émouvant.

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