L'ESSOR INDUSTRIEL DE L'ALLEMAGNE
Lorsqu'on embrasse d'un regard d'ensemble l'évolution de l'Europe contemporaine, on arrive bien vite à celte conviction que nulle part cette évolution n'a été plus importante qu'en Allemagne. De tous les États européens, le nouvel Empire créé à la suite des victoires de 1870 est celui que nous avons aujourd'hui le plus d'intérêt à étudier et le plus de profit à connaître.
La race germanique tient sans doute depuis longtemps une place considérable dans l'histoire du monde. Ce sont au v" siècle des invasions germaniques qui coïncidant avec l'expansion du christianisme, ont détruit la société païenne et substitué au monde antique une organisation nouvelle. C'est encore la pensée germanique qui, mille ans - B. 1
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plus tard, par la Réforme coïncidant avec la Renaissance, a contribué à transformer la société du moyen âge et à faire germer des principes nouveaux. Le rôle de l'Allemagne n'est pas moins considérable maintenant. C'est en vain que journaux, brochures, livres à succès, cherchent quelquefois à nous faire illusion, à nous amuser ou à nous rassurer. L'influence germanique se fait partout sentir. L'Allemagne joue un rôle plus important que jamais dans la vie générale de l'humanilé.
11 ne sera (juestion ici que de son essor industriel et commercial, qu'il nous importe beaucoup de connaître et de mesurer. Cet essor nous l'étudierons, quels que puissent être nos griefs à l'égard de l'Allemagne, avec toute l'impartialité possible. C'est une erreur de s'attarder aujourd'hui à dire du mal des Allemands : ils ont, comme tous les peuples, leurs qualités et leurs défauts. Il importe beaucoup plus de se rendre un compte exact de la somme d'efforts fait par eux depuis quelques années dans toutes les directions que peut suivre l'esprit humain.
« 11 y a en France, écrivait dernièrement le philosophe russe Novicow, une phrase qui court les rues et qui m'indigne toujours : « La guerre est l'industrie nationale de la Prusse! » Ce n'est pas que je tienne la Prusse pour pacifique et pour un champion du droit. Non, mais la guerre est l'éducation nationale de tous les peuples; Russes et Français en ont usé et abusé autant, sinon plus, que les Prussiens ». A mon tour, je n'hésite pas à
dire que je suis beaucoup plus frappé des progrès économiques de l'Allemagne que de ses succès militaires. Les Allemands semblent penser aujourd'hui que la première période de leur cducatiou, la période guerrière, est achevée, et qu'il faut compléter cette œuvre imparfaite par le développement de toutes les ressources économiques du pays.
Le soir de la reddition de Metz, le prince Frédéric-Charles aurait, dit-on, adressé aux officiers qui l'entouraient ces paroles : « Nous venons, Messieurs, de vaincre sur le terrain militaire; il s'agit maintenant de combattre et de vaincre sur le terrain industriel. »
Que ces paroles aient été ou non prononcées (on m'a assuré qu'elles étaient apocryphes), on peut dire qu'elles ont été vraiment un programme. Les Allemands ne se sont pas endormis sur leurs lauriers; ils ont compris que la prospérité commerciale était le soutien nécessaire de leur gloire, la fin logique de leurs efforts. Voulant devenir victorieux par l'outil comme ils l'avaient été par le canon, ils ont inauguré depuis 1870 une ère industrielle nouvelle. Surexcités par le succès, mais non pas enivrés par lui, ils ont besogné comme l'eût fait un peuple vaincu qui aurait voulu se relever, et n'ont reculé devant aucun labeur pour conquérir de haute lutte la première place.
Il faut aujourd'hui s'incliner devant les faits : les victoires gagnées sur les champs dé bataille ont leur pendant sur le terrain économique. Méthodi-
quement, l'Allemagne est en train de déloger les autres peuples des places où ceux-ci s'étaient séculairemcnt établis et de conquérir pacifiquement par son industrie et son commerce les marchés du monde.
Bien qu'ils ne datent que d'hier, ces succès économiques devaient nécessairement émouvoir les peuples au détriment desquels ils se produisaient.
C'est de l'Angleterre que partit d'abord le cri d'alarme. Un opuscule d'Edwin Williams « Made in Germanij » eut, il y a trois ans, dans ce pays, un grand retentissement. C'est un cri de patriotique angoisse ; il peut se résumer dans cette phrase du premier chapitre : « La supériorité industrielle delaGrande-Bretagne, qui était jusqu'ici un axiome courant, ne sera bientôt qu'un mythe » (^).
La lutte s'est accentuée par la dénonciation au mois d'août 1897 du traité de commerce angloallemand de 1865. L'arrangement provisoire qui avait été conclu pour prendre fin au 30 juillet 1899 vient d'être prorogé jusqu'au 30 juin 1900 (2). Les
(1) L'ouvrage de Williams a déjà eu un grand nombre d'éditions. Nous nous sommes servi de l'édition populaire à 1 shilling publiée par W. Heinemann (Londres, 1897). On pourra consulter aussi l'édition allemande avec préface de Wutlke, Dresde (Reissner), 1897. Les derniers rapports publiés par le Foreign Office confirment la plupart des prévisions de Williams et sont assez pessimistes. V. notamment, Diplomatie and consular Reports. Anniial séries, n° 2046, avril 1898, et n» 2344, août 1899. Cf. le rapport de M. Gastrell sur le développement du commerce anglais de 1871 à 1898, analysé dans le Moniteur officiel du commerce, du 16 février 1899, p. 237.
(2) Des négociations se poursuivent actuellement entre les deux
produits afleniands bénéficient donc toujours des détaxes. Pendant ce délai de grâce qui leur est accordé, les exportateurs allemands qui ont déjà des relations établies, travaillent avec ardeur à fortifier leur situation et s'efforcent de prévoir les dangers de la position désavantageuse dans laquelle ils pourraient bien se trouver prochainement placés. En dépit de quelques démonstrations amicales récentes, les revues commerciales allemandes appellent l'Angleterre la Carthage qu'il faut détruire, et lui souhaitent le môme sort qu'à la Carthage de l'antiquité. « De tous les pays de l'Europe, écrivait naguère un économiste allemand, c'est l'Angleterre qui est le plus menacé. Quand on songe que les produits de l'industrie sidérurgique anglaise dépassent la consommation du pays du triple et du quadruple, et que la fabrication cotonnière la surpasse même du sextuple et du septuple, tandis que l'agriculture anglaise peut au contraire à peine suffire à la moitié de l'alimentation nationale, on comprend que l'Angleterre traverse une fort vilaine passe. L'Angleterre apprendra par une dure expérience ce que vaut cette production à outrance
pays. Elles semblent rendues difficiles par les prétentions des agrariens qui disent qu'on doit « faire dépendre les relations avec l'ensemble de l'Empire britannique du traitement auquel les colonies anglaises soumettent les marchandises allemandes ». Mais les esprits sages trouvent qu"il est dangereux de compromettre des rapports aussi considérables que le sont ceux avec la Grande-Bretagne pour des différends avec ses colonies. Aussi hésite-t-on à appliquer un traitement différentiel au commerce de l'Allemagne avec l'Angleterre qui représente plus d'un milliard de marcs.
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qui ne tient aucun compte des débouchés fixes, certains et durables... L'aristocratie anglaise a accumulé des trésors énormes, mais cela n'empêchera pas les bataillons ouvriers de l'industrie anglaise de se lever pour revendiquer leurs « droits ». L'Angleterre servira d'exemple terrible de ce que peut devenir l'anarchie de la produclion et de la répartition. Son existence repose sur des bases extrêmement instables, sa situation est déjà de nature à épouvanter ses admirateurs » (').
Ce qui inquiète surtout l'Angleterre c'est de voir que dans presque toutes les branches industrielles où jusqu'ici elle suffisait à ses besoins, elle est menacée par l'invasion de quantités énormes d'articles allemands. Déjcà en 1894, au moment où écrivait Williams, c'était par millions de marcs que se chiffraient les envois en Angleterre de toiles et de cotonnades allemandes. La situation ne s'est pas améliorée depuis. Les chiffres déjà connus pour l'année 1899 attestent une nouvelle diminution des exportations anglaises en Allemagne,
« Nous savions d'une façon générale, disait récemment la Pail mail Gazette commentant les rapports consulaires que la production de l'Allemagne allait en augmentant et que les Allemands
(1) Cf. l'article de M. von Brandt, Yœ Britannix, Deulsche Revue, 1898, p. 233. Les Allemands ne se sont pas fait faute de critiquer le dernier voyage de Guillaume en Angleterre, ils ont été abasourdis {verhlûffl) par le discours de Chamberlain. « De tous les hommes d'Etat actuels, me disail-on, il n'y en a pas de moins propre que celuilà à réaliser une alliance entre les deux pays. Chamberlain nous inspire une profonde défiance ».
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ouvraient de nouvelles routes à leur commerce et à leur navigation, A présent nous avons sous les yeux, en de froids tableaux, la comparaison humiliante pour nous du commerce allemand avec le commerce anglais... De 1873 à 1893, le tonnage des entrées et sorties des navires dans les ports allemands s'est élevé de 12 à 30 millions. Pendant cette même période son commerce avec l'Amérique du Nord a progressé de 128 0/0, avec l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud de 480 0/0, avec les Indes orientales et occidentales de 480 0/0, avec l'Australie de 47o 0/0. Tout ce commerce est enlevé à la Grande-Bretagne. Ce n'est pas pour rien que les commis allemands viennent travailler chez nous à moitié prix, y restent cinq ans, puis rentrent chez eux afin de mettre en pratique l'expérience acquise auprès de leurs patrons anglais. La cupidité dans la classe inférieure des marchands de Londres et de Bradford les a poussé à prendre à leur service ces cadets allemands, actifs et peu exigeants, qui ont bien montré qu'ils n'étaient que des espions commerciaux ».
Dans un discours prononcé au Lambeth conservative Club de Londres, le célèbre explorateur H. M. Stanley, a appelé l'attention de ses compatriotes sur les progrès inquiétants réalisés par les Allemands sur un terrain oii, jusqu'en ces dernières années, les Anglais avaient régné en maîtres incontestés. « En Australie, disait-il, nous avons reculé de 20 0/0, tandis que les Allemands ont avancé de plus de 400 0/0. Dans la Nouvelle-Zélande
notre baisse est de 25 0/0, la hausse allemandeatteiiit 1.000 0/0. Dans la colonie du Cap nos affaires ont progressé, il est vrai, de 125 0/0 dans la dernière période décennale, mais le commerce allemand a progressé dans une proportion décuple. Au Canada même nous sommes en baisse de 11 0/0 ; les Allemands sont en hausse de 300 0/0 » ('). Et l'auteur d'un curieux article de la Satitrday Review a cru pouvoir prédire, il y a déjà deux ans, qu'un duel terrible se prépare entre l'Angleterre et l'Allemagne, sans même prendre la peine de dissimuler qu'il serait heureux pouY* son compte de voir la guerre bientôt éclater, pendant que la supériorité de la flotte anglaise peut lui permettre de détruire Brème et Hambourg, le canal de Kiel et les ports de la Baltique. « Nous laisserions d'ailleurs volontiers, ajoutait-il, la France et la Russie prendre des compensations en Allemagne », et l'article se terminait à son tour par le cri : Delenda est Germania! Les Anglais sont aujourd'hui unanimes à reconnaître que la situation est grave et qu'il faut « s'efforcer de regagner le terrain perdu si le commerce britannique ne veut pas éprouver un nouveau recul ». On en est arrivé à ce point que dans le pays classique du libre-échange la concurrence allemande provoque un mouvement de protec-
(1) Cf. Annnal slalement of the Trade of the united Kingdom wilh forei^n counlries, 1898. V. aussi un article de W. Flux, avec d'intéressants diagrammes « Our Eoreign Trade fiivals » dans The Economie Review, avril 1898, p. 180 et celui de J. A. Baines « The récent course of Trade wilhin the British Empire » Journal of the Royal slatistical Society, mars 1898.
tionnisme qui s'accentue de jour en jour (O, Les relations de l'Angleterre et de l'Allemagne, en dépit des récentes tentatives de rapprochement, restent donc, au point de vue économique, forcément assez tendues. Et les rivalités d'intérêt entre les peuples ne sontpas decellesquele temps apaise: elles semblent chaque année au contraire s'exaspérer.de plus en plus. Les négociations actuellement engagées pour régler sur des bases nouvelles les rapports des deux. Etats n'avancent que fort lentement, ce qui a certainement pour l'Angleterre quelques inconvénients. « L'incertitude de l'avenir, dit un de nos consuls, paralyse l'esprit d'entreprise. Il y a bon nombre d'établissements industriels qui ne peuvent prendre de décision du jour au lendemain. Pour arriver plus sûrement au but, le grand commerce extérieur doit connaître quels seront à l'avenir les rapports de politique commerciale avec les pays d'écoulement. Cette lenteur dans les négociations tient à plusieurs causes. Il est certain surtout que le grand développement pris par l'industrie et l'exportation allemandes a créé à l'Angleterre une situation toute nouvelle. La puissance universelle de l'industrie anglaise est considérablement compromise par celle de l'Allemagne ))(2).
(1) Rapport de M. Heymann, Moniteur officiel du commerce, 4 août 1898, p. 137.
(2) On a beaucoup écrit depuis deux ou trois ans sur la lutte commerciale qui s'est engagée entre l'Allemagne et l'Angleterre. Bornons-nous à signaler ici quelques articles particulièrement intéressants : Contemporary review, avril 1899; Nineteenth century , mai 1899,
En Russie, les plaintes ne sont guère moins vives. On s'y montre depuis longtemps déjà inquiet de ce qu'on appelle la « marée allemande ». C'est ainsi qu'on désigne l'infiltration des Allemands dans une partie de la Russie. Depuis dix ans, pour ne pas remonter plus haut, il y eu a bien 200.000 qui se sont installés dans les provinces baltiques, dans la Wolhynie, dans la vallée du Don, jusque dans le Turkestan. Mais ce n'est pas cette invasion humaine qui inquiète peut-être le plus nos amis. « La marée allemande ne submerge pas seulement notre sol, écrivait naguère un Russe, elle noie le commerce et l'industrie de notre pays. C'est en vain que nous avons frappé de droits, à l'entrée, un grand nombre de produits. Les fabricants allemands ouvrent en Russie des succursales oi^i ils transportent leurs capitaux et leur industrie... Une partie de l'or extrait de nos mines va s'engouffrerdanslespochesdes Allemands(i). Un grand
p. 1830; un article delà liulnîscheZeitung du 27 août 1898 (commentant l'élude publiée par M. Reader dans la Bibliothèque universelle) ; un article des Ilisiorisch-politische BliUter du l^r décembre 1898, et un autre de la revue Export, 6 avril 1899. V. aussi Annales de l'école libre des sciences politiques, mai 1899, p. 39. Cf. le livre (un peu trop poussé au noir) de Jean de la Poulains : Le colosse aux pieds d'argile. Paris, 1899, et celui du Dr Vosberg-Rekow, Das brilische Weltreich und das deutsche Weltbewerb. Berlin, 1898. V. aussi les articles de M. Victor Bérard dans la Hevue de Paris, 15 janvier, 15 avril et 15 décembre 1899; celui de M. Paul Louis « La crise commerciale de l'Angleterre » Pieviie blanche, 15 mai 1899; ceux de MM. Charles Copeland Perry, Mneleenlh Cenlury, avril 1899, et Maurice Low, NorUi American Review, octobre 1899. (1) V. ci-dessous, chap. II, § 2.
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industriel de Berlin ino parlait dernièrement avec beaucoup de franchise de la situation commerciale de l'Allemagne, ne me cachait pas sa surprise de voir que les Français, malgré leurs excellentes relations avec la Russie, y faisaient en somme si peu d'affaires, en comparaison de ce que font les Allemands, (c Gêné, me disait-il, dans mon exportation par les droits dont mes produits sont frappés à leur entrée en Russie, j'ai installé à Riga, avec d'excellents ingénieurs, une succursale (fui marche parfaitement. J'ai fait venir des ouvriers, surtout des contre-maîtres allemands, ce n'est pas difficile à trouver, et ma maison de Riga me donne près de 40 0/0 d'intérêts, alors que j'en retire 12 au plus de ma maison de Berlin ! » En France aussi nous ayons, depuisquelques années, commencé à nous émouvoir/.^). « Le commerce de l'Allemagne, disait M. André Lebon dans un discours prononcé à Nantes le 29 juin 189o, a augmenté dans des proportions qui vous épouvanteront. Dans les pays qui sont demeurés les meilleurs champs d'exportation, l'Allemagne a, de 1 875 à 1893, conquis un marché de 40 millions en Turquie, de 33 millions en Chine, de 118 millions en Rouma-
(1) Dès 1884, dans un livre encore utile à méditer « La France et la concurrence étrangère », M. Ïhierry-Mieg signalait d'une façon saisissante la décadence de notre commerce extérieur, l'afTaiblissement de notre prestige national et montrait que l'Allemagne n'était pas au point de vue industriel si inofTensive qu'on aimait à le dire alors. Quatre ans plus tard M. Raphaël-Georges Lévy reprenait le même sujet dans un excellent chapitre de son livre « Le péril financier (1888) ».
nie, tandis que les exportations de la France pour ces mômes destinations restaient stationnaires »,
En 1896, UQ ancien élève de l'école polytechnique, fort au courant des choses de l'étranger, M. Maurice Schwob, s'inspirant du livre de Williams, dénonçait dans un ouvrage fortement documenté le « Danger allemand » i^).
De remarquables discours prononcés à la Chambre des députés par le baron d'Estournelles, par M. Camille Pellelan, par l'amiral Rieunier, aussi bien que les rapports de M. Charles-Roux et de M. Ed. Thierry sur le budget du Ministère du Commerce, ont montré les progros incessants de l'Allemagne sur le terrain commercial. De bons articles ont été publiés depuis quelques mois dans ditlërentes revues (2). L'opinion publique paraît
(1) Arvède Barine publiait en même temps dans la Revue des Deux- Mondes (15 septembre 1896) sous ce titre expressif « la fin de Garthage », un article qui mérite encore d'être lu.
(2) Par exemple les articles de M. Raphaël-Georges Lévy dans la Revue des Deux-Mondes des 15 février et 15 avril 1898; de M. Ernst dans la Revue des Revues du 15 juin 1898, p. 578; de M. L. Maçon dans VÉtranger du mois de mai; de M. Félix Martin, « La crise des industries françaises » dans la Revue du Palais des l^r octobre et l»"" décembre 1898; de M. Gaston Routier « La plus grande Allemagne » dans la Nouvelle Revue du 1er septembre 1899, les conférences de M. Henry Bérenger à VAlliance française; de M. Hauser à Clermont {Revue des cours et conférences, n"» des 2 et 16 février, 2 et 9 mars 1899) de M. Bernard Bruuhes (Bulletin de la société des amis de l'Université de Dijon, avril 1899); plusieurs articles du Figaro (art. de J. Roche, janvier 1899), de la France de demain, etc. Mentionnons aussi les livres de MM. G. Bonvalot, Sommes-nous en décadence? G. Pierret, La patrie en danger; Georges Aubert, A quoi tient l'infériorité du commerce français ; Charles Mourre, D'où vient la décadence économigue de la France.
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s'émouvoir im peu. Malheureusement nous ne connaissons pas assez l'Allemagne! Depuis vingtsept ans il semble que nous nous interdisions d'y voyager. Elle est encore pour la plupart des Français terre inconjiue W.
Il importe de ne pas nous endormir : il faut que nous ayons au moins une idée de cet essor économique du peuple allemand que tant de Français ne paraissent même pas soupçonner. Il faut surtout que nous tâchions de comprendre quelles sont les raisons qui servent à l'expliquer.
Vue d'ensemble.
L'essor économique de FAllemagne fut longtemps ralenti par le morcellement politique du pays. En 1872, au lendemain de nos défaites, nous étions encore dans une situation meilleure que le nouvel Empire. Le mouvement général de notre commerce avec l'étranger et les colonies était alors de plus de 7 milliards et demi (3 milliards 949 mil-
(1) Nous devons menlionner ici les efforts que fait de son côlé la Société d'encouragement pour le commerce français d'exportation. Les appels de cette société fondée dès 1884 n'ont pas été suffisamment entendus. Elle disposait de ressources considérables, et elle s'est trouvée faire des économies qu'elle n'ambitionnait pas. Aujourd'hui elle ne veut pas être seulement une société de patronage, elle devient aussi une société de propagande et a déjà organisé dans différentes villes des conférences destinées surtout à stimuler l'initiative de la jeunesse. Elles ont été faites par MM. Etienne, André Lebon, Charles-Roux, Disière, J. Siegfried, Hugues le Roux, V. Lourties, R. Poincaré, Ch. Gauihiot, P. Beauregard, L. Lanier. J'ai été heureux de pouvoir m'associer à ces louables efforts.
I i l'essor industriel.
lions aux importations; 3 milliards 676 millions aux exportations). Pour l'Allemagne, le premier rapport annuel de l'office impérial de statistique (qui fonctionne depuis cette époque) n'indique qu'un total de 5 milliards 960 millions de marcs, ce qui fait moins de 7 milliards et demi de francs.
Combien depuis cette époque les choses ont changé!
Le commerce spécial de l'Empire allemand a augmenté des 3/5 en valeur depuis 1872, et de 1/3 depuis 1881, malgré la diminution notable du prix de beaucoup de marchandises. L'Allemagne a maintenant sur nous une avance de plus de 2 milliards et demi.
Ces chiffres méritent d'autant plus de fixer l'attention que, d'après les travaux du statisticien Juraschek, le commerce général du monde n'a augmenté que de 24 0/0 depuis 1873, que de 8 0/0 depuis 1883. Le commerce de l'Empire allemand se développe donc actuellement beaucoup plus vite que le commerce général du monde. Aussi l'Allemagne, qui n'occupait que le quatrième rang en 1871, est déjà passée au second.
Les résultats déjà connus pour l'année 1899 sont excellents et attestent une augmentation notable du chiffre des affaires par rapport à 1898 et 1897 (1).
(1) Deutsche Industrie Zciluntj,2S septembre 1899, p. 585. Rapport de M. BoutiroD, Moniteur officiel du commerce, 14 septembre 1899, p. 353. Cf. sur l'intensité actuelle de la vie économique à Berlin, le rapport de M. H. Bourgeois, ibid., 12 oct. 1899, p. 501. V. pour
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Voici le tableau de ses progrès depuis 1889.
ANNÉES