PREFACE DE LA TROISIÈME EDITION. III
dante des intérêts économiques? Ne point se pourvoir, c'est s'ensevelir volontairement parmi les nations en décadence ou les peuples morts.
L'évolution contemporaine fait donc surgir de nouveaux et impérieux devoirs pour tous ceux qui ont au cœur l'ambition de servir leur pays, des devoirs analogues à ceux auxquels un soldat ne peut se dérober sans trahir : la paix apparente qui règne aujourd'hui n'est qu'une guerre perpétuelle d'influences disputées et conquises.
Aux idéalistes et aux raffinés, qui dédaignent de s'occuper des transformations matérielles de l'humanité, je n'hésite pas à répondre que, même au point de vue littéraire ou artistique, l'influence d'une nation ne peut survivre indéfiniment à sa richesse et surtout à son expansion au dehors. Sans doute la prospérité économique d'un peuple n'est pas la mesure de sa valeur. Une civilisation trop utilitaire offre de grands dangers. Mais les qualités les plus hautes ont besoin d'un point d'appui terrestre, et le patriotisme, fût-il comme le patriotisme français tout pénétré d'idéalisme et de vues désintéressées, commande les actions énergiques. Un peuple, pour être grand par l'esprit, ne peut se passer d'avoir un corps vigoureux, et ce n'est plus seulement par les armes que se conquiert la puissance. Les vraies batailles dans cette guerre