VALEUR
Tonnes métriques.
en livres sterling^.
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en livres sterlin
Tonnes.
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[A Charbon, B Lignites, G Minerai de fer, D Saumons de fonte, E Plomb, F Sel].
(1) Moniteur officiel du commerce, 26 mai 1898. Adde : Diplomatie and consular Reports. Miscellaneous séries, n° 454, avril 1898. Nous reproduisons ici le dernier tableau donné par le Journal du Board of Irade, avril 1899, p. 424.
Ai L ESSOR INDUSTRIEL.
rer un excellent parti. La production des mines de fer a doublé depuis quinze ans : elle est maintenant de 13 millions de tonnes. Elle n'était encore en d886 que de 8 millions et demi (i).
La plus grande partie des fers allemands servent à la fabrication de fontes de diverses sortes. L'Allemagne a produit en 1897 6.889.017 tonnes de fonte contre 6.360. 928 en 1896, soit une différence en plus de 582.035 tonnes. La production a augmenté depuis 15 ans de 50 0/0.
Cet accroissement s'est réparti de la manière
(1) Die Roheisen Erzeugung Deulschlands, Grossbrilanniens und (1er Vereiniglen. Slaalen von Amerikaseit 25 lahren, Deutsche [nduslrie Zeitung 21 septembre 1899, p. 524.
Années Allemagne Angleterre États-Unis
La production de l'Angleterre, qui en 1871 formait encore 55 0/0 de la production totale du globe, n'est plus aujourd'hui que de 26 à 27 0/0. Le développement de l'industrie minière allemande a fortement contribué à ce résultat. Quant à notre production sidérurgique française elle ne dépasse guère 2 millions de tonnes. Sur l'importance que prend l'industrie sidérurgique en Allemagne v. les rapports anglais, Foreign office, Annual séries 1897, n*» 1977, p. 11, n" 1942, p. 30-31 et p. 38. Cf. divers articles de la Revue Stahl und Ewen, 1898 et 1899. Pour permettre à l'industrie du fer d'augmenter ses débouchés en luttant plus avantageusement contre la production étrangère, le syndicat des cokes accorde depuis quelques années une prime d'exportation pour la fonte miroitante [Sppiegeleisen) aux associations des producteurs de fonte brute à Dusseldorf et à Siegen. Il a en outre accordé aux syndicats de fonte de moulage de fortes subventions, pour leur permettre de combattre les importations anglaises de ce produit, . '
MINES ET INDUSTRIES MÉTALLURGIQUES. 4o
suivante entre les diverses régions productrices :
Province du Ehin et Westphalie 2.683.537
Bassin de la Sarre et région lorraine. . 2.341.079
Bassin de la Sieg et Hesse-Nassau. . . . 730.678
Silésie et Poméranie 681.729
Hanovre et Brunswick 319.488
Bavière, Wurtemberg, Thuringe 122.439
Royaume de Saxe 10.116
Cette énorme production n'a cependant passuffi au marché intérieur et l'Allemagne adù, pour couvrir les besoins de sa consommation, demander à l'étranger 461.085 tonnes de fonte.
L'accroissement de la production du coke suit presque d'un pas égal celle de la production de la fonte. Les progrès des deux industries marchent de pair accusant l'un et l'autre un développement annuel moyen de 7 0/0 (i).
Tous ces chiffres et ceux que nous pourrions y joindre (2) indiquent un mouvement de progression ininterrompue qui paraît dû surtout, au dire de nos consuls, au développement de la population. C'est même cet accroissement de la po-
(1) Celle moyenne a élé notablement dépassée celte année dans la région de Saarbruck, que je viens de visiter, v. Jahresbericht der Handelskammer zu Sanrbrilcken fur 1898, p. 5. La produclion y a augmenté de 8,02 0/0. Elle atleinl, à 462.000 tonnes près, celle du bassin rhénan, et représente déjà 34.1 0/0 de la produclion totale de l'Allemagne.
(2) V. par exemple les stalisliques réunies dans les Ja/jr6wc/(er/"ùr Nationalœkonomie und Statistik, celles de la Revue Stahl und Eisen et de la Deutsche Industrie Zeilung, les comptes-rendus de la (<■ Métallurgische Gesellschaft » de Francfort, etc.
pulation qui explique que rexporlation du fer et des ouvrages en fer ait un peu diminué. La produclion nationale n'a pu suffire aux besoins toujours croissants de la consommation indigène.
La production du zinc, du cuivre, du plomb a aussi augmenté. Celle du zinc a passé de 139.000 tonnes en 1891 à 143.000 en 1894, à 150.000 en 1895. De 24.000 tonnes en 1894, celle du cuivre a passé à 29.408. La production du plomb qui avait diminué en 1893, est remontée de 98.000 tonnes à 181.188. Celle de l'étain seule est à peu près stationnaire. Cela tient à ce que les prix ont fortement baissé. De 191 millions, 9 en 1892 ils sont tombés en 1896 à 124 millions, 6. La production de l'argent est aussi notable, elle a été en 1897 de 448.068 kil. (i)
Aussi fonderies, forges, usines de toute sorte se développent-elles sans relâche, la plupart se concentrant à proximité des régions houillères que nous venons d'indiquer. Il n'y a pas aujourd'hui en Allemagne moins de 1.200 fonderies occupant plus de 250.000 ouvriers (2).
(1) F. von Juraschek, Zoc. cit. Cf. Annalesdes mines, t. XIV (1898), p. 224. Die Bleiproduktion. Uandels-Museum , 12 oct. 1899, p. 490.
(2) Die deutsche Monlan industrie in Jahre JSOS, Handels Muséum, 19 janv. 1898, p. 32. Voici quel était, d'après le recensement de 1895, le nombre des ouvriers occupés dans les principales :
Krupp à Essen 25 . 133 ouvriers.
Kônigshûtte en Silésie 11.270 —
De Wendel à Hayange 10.000 —
Union-Dortmund 9.000 —
L'Allemague produit aujourd'hui quatre fois plus d'acier que la France : 2.830.4G8 tonnes anglaises, contre 714.523 (chiffres de 1895) (^).
Le développement simultané de l'industrie métallurgique et de l'industrie minière a métamorphosé certaines parties de l'Allemagne. Dans le quadrilatère de 65 kilomètres de long sur 30 de large compris entre Mûnchen-Gladbach, Dortmund, Duisbourg et Cologne, la population a augmenté de 80 0/0, entre 1875 et 1895. On y trouve actuellement sept villes de plus de 100.000 habitants et huit de plus de 30.000 : ces quinzes villes ont une population totale de 1.800.000 habitants. Dûsseldorf a plus que doublé en vingt ans, il y a aujourd'hui 210.000 âmes (2). En cinq ans, Essen a augmenté de 32.000 : c'est à peu près le chifTre de la population du Creusot. La croissance presque
Oberhausen-Slerkrade 9.000 ouvriers
Aciéries de Bochura 7.900 —
Slumm à Neuenkirclien 4.299 —
Rochfiog à Saarbriiclcen 3.708 —
Il s'est établi pendant l'année 1897, 576 fours. Déduction faite de ceux mis hors d'usage, il est resté en activité au l^r janvier 1896 7.616 dont 1.888 à récupération des sous-produits.
(1) Journal du Doard of Trade, juin 1897, p. 649. L'Angleterre avec ses 3.312.115 tonnes n'a plus une bien forte avance.
(2) Diisseldorf est une des villes d'Europe dont la population, au cours de ce siècle, a le plus augmenté, comme le prouve le tableau ci-dessous :
1846 38.129 âmes.
i8 l'essor industriel.
américaine de toutes ces villes situées à quelques lieues à peine les unes des autres est fort intéressante à étudier.
Cette double production de la houille et du fer a donné à Tindustrie métallurgique et à la fabrication des machines de toute sorte une impulsion considérable. « La consommation à l'intérieur, nous dit M, Pingaud(i), s'est surtout accrue d'une façon extraordinaire. Les syndicats qui se sont formés récemment entre producteurs ont su s'attirer la confiance générale par leur modération dans l'établissement des prix. On compte sur eux pour mettre les principales branches de l'industrie du fer en état de lutter contre la concurrence étrangère (2). C'est avec la Russie que le mouvement des affaires s'est surtout développé. De toutes les branches de l'industrie allemande, c'est celle du fer
1885 115.119 âmes.
Cf. P. Meuriot, Dex agglomé râlions urbaines, p. 191. La progresgressioD de la population à Hanovre n'est guère moindre.
(1) Moniteur officiel du commerce, 2 septembre 1897. M. Pingaud nous avait déjà montré, dans son rapport de 1890, que l'industrie métallurgique traversait une période de prospérité remarquable. Les exportations des produits du fer et de l'acier avaient augmenté en 1893 de plus de 63.000 tonnes sur l'exercice précédant, accusant une plus-value de 12.300.000 marcs. Le nombre des ouvriers employés dans les diverses branches de l'industrie métallurgique qui n'était encore que de 170.000 vers 1870, atteint maintenant le chiffre de 800.000.
(2) Sur les projets d'élargissement du syndicat des métallurgistes, V. llandels-Museum, 21 juillet 1898, p. 365.
qui a le plus bénéficié du traité de commerce conclu entre les deux paysii)».
La consommation augmente si rapidement que, malgré l'accroissement de la production, celle-ci suffit à peine à répondre à toutes les demandes : « Tous les établissements, médisait récemmentun de nos consuls, sont bien pourvus de commandes; il est peu probable qu'il se produise un sérieux changement d'ici à quelquesmois », L'exportation, surtout, continueàêtresatisfaisante. Elle augmente constamment, écrivait déjà il y a trois ans M. Soulange-Bodin, depuis quelques années. De 86 millions de kilogrammes en 1892, elle a passé à 136 en 1895 (2).
Et ce n'est pas seulement au point de vue de la quantité, c'est encore au point de vue de la qualité que l'Allemagne a fait d'immenses progrès. Il y a aujourd'hui beaucoup de machines qu'on ne peut se procurer ailleurs qu'en Allemagne.
Tous les rapports des chambres de commerce que j'ai pu consulter sont unanimes à signaler les développements de l'industrie métallurgique dans leurs circonscriptions respectives. Ici ce sont des installations nouvelles qui se créent. Lace sont les usines anciennes qui doublent, triplent, décuplent quelquefois leur production et le chiffre de leurs affaires (3). L'exportation des produits métal-
(1) Cf. sur les progrès dans le commerce du fer en Allemagne en 1899, The Economist, 4 nov. 1899, p. 1560.
(2) Moniteur officiel du commerce, 8 octobre 1896, p. 987.
(3) V. par exemple sur les progrès de l'industrie métallurgique dans
lurgiques a augmenté en 1896 de 570.000 tonnes (2.587.000 au lieu de 2.017.000 en 1895), tandis que l'importation n'a augmenté que de 162.000 (2.642.000 au lieu de 2.840.000). Et le mouvement continue (i).
Vers la fin du printemps de l'année dernière (1898), écrit encore le consul général de Belgique à Leipzig, l'industrie sidérurgique reçut tant de commandes que les affaires prirent une activité inconnue jusqu'alors Les usines durent demander
des délais de livraison de 4 mois, ce qui entraîna une hausse considérable des prix, notamment sur les fers en barres (5 marcs 50 pour 100 kiiogs, sur les tôles fines, et les fers façonnés).
Le marché des cuivres et du zinc a été également très animé. On a constaté une hausse de 6 0/0 (2).
la région de Hanovre. lahresberichl der Handelskammer zu Hannover fur 1898, p. 138, suiv.; sur ses progrès en Bavière, v. le Bayerischer Industrie und Gewerbeblall. Certaines personnes prétendent cependant que l'invasion des machines américaines fera prochainement péricliter bon nombre d'usines.
(1) Exportation de machines allemandes pendant les quatre premiers mois de 1898 comparés aux quatre premiers mois de 1897 :
Janvier à avril 1897. Janvier à avril 1898. quintaux. quintaux.
Locomotives 33.167 36.696
Machines et outillage pour fonderies 347.910 405.904
Machines et outillage pour forges 64.596 87.054
{2) Recueil consulaire du royaume de Belgique, t. 104 (1899), p. 84-85.
Les prix tendent presque partout à s'élever : l'acier Bessemer qui se vendait à Dorlmund en 1892 37 m., 8 pf., s'est vendu 59 m. en 1896; l'acier puddlé qui se vendait à Dûsseldorf 31 m., 4 en 1892 et était tombé à 44 m., 7 en 1893, s'est vendu 34 m., 4 en 1896(1).
La grande fabrique saxonne de Chemnitz (l'ancienne fabrique Hartmann) qui avait débuté avec 3 ouvriers, puis 40, en occupe aujourd'hui plus de 3.000, répartis en 99 bâtiments, recouvrant une superficie de plus de 930.000 mètres, avec les annexes de Barna, de Furtii et d'AUendorf. Le capital social est de 12 millions de marcs. La valeur annuelle des produits livrés par cette fabrique n'est pas inférieure à 15 millions de marcs : près de la moitié est livrée à l'étranger (Russie, Espagne, Italie, Angleterre, Belgique, Chine, Japon, Australie, Mexique, République argentine). On y fabrique locomotives et tenders, machines à vapeur et machines électriques de toutes sortes, turbines, toutl'outillage nécessaire pour leshauls-fourneaux, scieries, moulins, papeteries, filatures, ateliers de constructions, arsenaux, etc. La valeur totale des livraisons effectuées par cette maison que j'ai visitée à deux reprises dépasse aujourd'hui 250 millions de marcs 1.2).
(1) F. von Juraschek, loc. cit. V. sur l'exportation et l'importation des produits métallurgiques, le tableau dressé par le Foreign office. Miscellaneous séries, juin 1898, n" 462.
(2) Je dois dire cependant qu'elle n'a pu distribuer en 1898 des dividendes aussi élevés que dans les exercices précédents. Le capi-
Cette année encore j'ai recueilli des renseignements très satisfaisants dans la région rhénane, dans le district de la Sarre (i), dans les circonscriptions de Plauen et de Zwickau, dans laHaule- Silésie (2), dans l'Allemagne du Sud : les rapports des chambres de commerce de Nuremberg et de Stuttgart sont particulièrement significatifs (3).
tal-aclions avait été considérablement augmenté en 1897 en vue des entreprises russes, et l'on espérait pouvoir donner un dividende de 10 à 12 0/0. Ces prévisions ne se sont pas réalisées. Le nombre des commandes a un peu baissé et les bénéfices ont sensiblement diminué. Mais ce n'est certainement qu'un ralentissement temporaire.
(1) V. Saarbrûcker Gusstahliverke, Slahl und Eisen, i^^ novembre 1899, p. 1003.
(2) Sur les progrès actuels de l'industrie métallurgique dans la Haute-Silésie, v. Deutsche Industrie Zeitung, 9 novembre 1899, p. G07. L'emploi croissant de l'éleclricilé a ralenti sur quelques points la fabrication des chaudières et des machines à vapeur. La concurrence américaine se fait également sentir. Ce qui n'a pas empêché les bénéfices de la Laurahiitte de s'élever pour le 1^'' semestre .1899 à 2.465.109 marcs (au lieu de 2.035.914 pendant le le' semestre 1898). Oberschlesische Eisenindustrie , Bericht fur 1898, Gleiwitz 1899, et Statistik der oherschlesischen Berg-und Hultenwerke fiir das Jahr 1898, dans la Revue StalU und Eisen, i" et 15 juillet 1899, p. 640 et 689. V. aussi le compte rendu de l'Assemblée générale des hauts-fourneaux de Silésie, du 2 mai 1899, Stahl und Eisen 15 juin 1899, p. 592.
(3) V. Jahresbericlit der Handels-und Gewerbekammer in Stuttgart fur 1897, p. 91, 95. Jahresbericht der Handels und Gewerbekammer fur Mittelfranken, 1898, p. 158. L'un des derniers rapports anglais établit que pour 52 des établissements métallurgiques les plus considérables de l'Allemagne, les dividendes pourl'exercice 1896-97, se sont élevés en moyenne à 10,68 0/0 contre 7,59 0/0 pendant l'exercice précédent et 5,45 0/0 en 1894-95 {Foreign office, Annual séries, juin 1898, n» 2122). Ces chiffres suffiraient à attester la prospérité de l'industrie métallurgique allemande. On trouvera l'indication des dividendes donnés par les principales usines dans la Revue Stahl und Eisen année 1899, p. 52, 107, 159, 210, 237, 302, 346, 401, 433, 509,
Un grand nombre d'établissements métallurgiques, écrit le consul général de Belgique à Leipzig, n'ont pu, malgré un notable augmentation de leur personnel ouvrier, accepter les ordres qu'en se réservant de très longs délais(0.
L'Allemagne nous a fortement dislancés au point de vue de l'exportation du matériel de chemins de fer (locomotives, wagons, etc.) (2) . Déjà en 1895, d'après le travail statistique de G. Raunig, la proportion était de 1.153 contre 852. L'écart s'est encore accru depuis cette époque. Rien qu'en Russie l'exportation des machines allemandes a triplé depuis dix ans. La Russie a fait encore dernièrement en Allemagne une commande de 400 locomotives (3).
554, 657, 706, 754, 800, 903, 944, 984, 994, 1038, 1090. La plupart sont compris entre 10 et 16 0/0. La Gazette de Cologne donnait dernièrement le tableau des résultats financiers obtenus en 1898 par 50 exploitations minières ou établissements métallurgiques de la région rhénane choisis parmi les plus importants. Les dividendes distribués aux actionnaires attestent leur prospérité. La plupart ont donné de 10 à 12 0/0, les aciéries de Westphalie, et celle de Meidrich ont donné 16 0/0, la mine Kônig Wilhelm 20 0/0, la Menessen et la Schalken Grube 30 0/0, la société d'Aremberg 60 0/0. Presque toutes ces sociétés ont accru leurs réserves, et affecté des sommes considérables à l'amortissement.
(l)Recueil consulaire du royaume de Belgique, t. lOi (1899), p. 58.
(2) V. Sur l'exportation des machines dans les huit premiers mois de 1899 (léger recul par rapport à la période correspondante de 1898) Slahl und Eisen, 1" novembre 1899, p. 1031.
(3) Exportation des machines allemandes en Russie (en millions de marcs) .
Il y a surtout maintenant une exportation considérable de machi-
Qui ne connaît de réputation les usines Krupp à Essen : c'est la première maison d'Allemagne. 11 y a vingt-huit ans c'était en Belgique, en Angletaire, en Amérique que les Allemands achetaient leurs locomotives et une grande partie du matériel de leurs chemins de fer. Aujourd'hui les exportations dépassent les importations, et la fabrication s'améliore tous les jours.
LamaisonKrupp necessed'apporter à ses moyens de fabrication une attention de plus en plus grande. Non contente de développer ses établissements d'Essen, elle s'efforce d'accroître sa production, soit par l'achat de maisons rivales comme la fabrique de blindages métalliques Gruson à Magdebourg, soit en s'annexant des industries complémentaires, comme elle l'a fait il y a quelques années en fusionnant avec le chantier de construction « Vulcan » de Stettin.
Elle a aussi acheté à Riel un vaste chantier de construction, le chantier dit de la Germaniai^). En unissant ainsi une usine métallurgique au chantier maritime, elle peut fournir, en même temps que le matériel ordinaire des constructions navales, les tôles d'acier, les élraves, les plaques
nés agricoles el d'instruments aratoires. La demande d'outillage pour forges grandit également : pour les quatre premiers mois de 1898 il a été de 16.895 quintaux (au lieu de 9.160 pour les quatre premiers mois de 1897).
(1) Rappelons en passant que notre usine du Creusot se propose de créer une installation du même genre sur les bords de l'étang de Thau. L'arrangement conclu entre la Germania et la maison Krupp garantit aux actionnaires un dividende minimum de 4 1/2 0/0.
(le cuirasse nécessaires aux croiseurs de la marine impériale, aussi bien que les machines, les chaudières, les pièces d'artillerie et leurs projectiles (i).
Si l'exportation des objets en fer considérée au point de vue du poids a un peu diminué en 1897, il en est autrement au point de vue des prix. Les chiffres témoignent ici d'un progrès ininterrompu. Les exportations ont passé de 158.942.000 marcs en 1895, à 160.413.000 en 1896, et à 172.119.000 en 1897.
Nous pouvons mentionner en passant l'intéressante industrie des bicyclettes et des cycles de toutes sortes. On n'évalue pas à moins de 800.000 le nombre de bicyclettes (elles ne sont pas taxées) qui existent en Allemagne. Pour une population de 30 millions de personnes environ comprises entre 14 et 60 ans, c'est une forte proportion. « On compte actuellement, écritle consul de Belgique à Leipzig, 150 fabriques de vélocipèdes en Allemagne; elles disposent d'un capital de 80 millions de marcs et occupent 40.000 ouvriers. La production s'est élevée pour 1897 à 350.000 machines. Elle pourrait bien atteindre 500.000 en 1898. La fabrique de Seidel et Neumann, à Dresde, a donné 30 0/0 de dividende à ses actionnaires. L'exportation surtout, qui était jadis insignifiante, a fait
(l) Le nombre total des personnes occupées par la œaison Krupp au 1" janvier 1899 était de 41.750 (dont 25.133 à Essen). V. les statistiques données dans la Zeitschrift fiir Socialwissenschafl, 16 octobre 1899, p. 745.
de grands progrès, et les fabriques sont bien pourvues de commandes^). — L'industrie allemaûde du vélocipède, écrit encore ce môme consul, a occupé en 1898 plus de 100.000 personnes. Il s'est tenu celte année à Leipzig, une foire aux vélocipèdes, où il a été établi pour la première fois que les vélocipèdes allemands ne le cèdent en rien aux. produits similaires anglais ou américains. Cette foire a eu un beau succès : on ne se serait pas figuré que celte branche compte un tel nombre de fabriques (2) ». La fabrique de billes d'acier de Schweinfurt, la plus importante aujourd'hui de ce genre, a fourni en 1897, 4 millions et demi de grosses au lieu de 1 million et demi en 1896 (3).
(1) Recueil consulaire du royaume de Belgique, t. XCIX (1898), p. 417.
(2) Même Recueil, t. 104 (1899), p. 103. Les fabriques sont maintenant si nombreuses que quelques - unes réussissent médiocrement.
(3) V. Die Zunahme der deutschen Fahrradexport. Export, 21 juillet 1898, p. 331. V. aussi le Moniteur officiel du commerce, 2S août 1898, p. 241. Le Journal du Board of trade, juillet 1898, p. 20, se plaint amèrement de la concurrence que les bicyclettes allemandes font maintenant à celles de son pays. L'exportation de machines anglaises est tombée, en effet, en 1897 à 1.430.320 liv. st. au lieu de 1.855.604 en 1896, et l'année 1898 a marqué un nouveau recul : pour le 1" semestre les chiffres étaient descendus de 837.186 liv. sterling (1897) à 553.051 (1898). Le syndicat des fabricants de bicyclettes avait d'abord demandé qu'on élevât les droits d'entrée à 50 marcs par machine afin d'empêcher l'importation. Mais la chambre de commerce de Nuremberg a refusé d'appuyer cette demande en montrant que cette industrie pouvait aujourd'hui se suffire et n'avait pas besoin d'être protégée. Cf. Jàhresbericht der Handelskammer zu Liegnitz fur 1897, p. 17 et 18. [L'Allemagne ne prélève actuellement qu'un droit
Je visitais dernièrement Solingen et la contrée si intéressante au point de vue industriel dont cette ville est le centre. C'est la région par excellence où s'est développée la Klemeiseiiindustrie : quincaillerie, ferronnerie, coutellerie, outils de toute espèce. C'est un foyer d'activité et de vie d'une rare intensité : on y fabrique des charrues, des faux, des haches, des outils et des engins de toute sorte v^). La grande spécialité, ce sont les armes blanches et les couteaux. On prétend que ce sont des croisés revenus de Damas qui ont appris aux gens de cette contrée l'art de tremper les lames des épéeset des sabres (2). Jadis simple bourg, Solingen est maintenant une ville de 42.000 habitants qui ne renferme pas moins de 40 fabriques, dont 10 pour la fabrication des armes blanches. Le nombre des ouvriers occupés à la coutellerie est de 8.000 ('^). La fabrication des aiguilles à coudre a
de 3 marcs par machine ifioportée, tandis que pour une machine valant par exemple 230 marcs, l'Amérique prélève environ 112 marcs, le Portugal 67, l'Autriche 50, la Russie 38, la Belgique 3S, l'Italie 34, la France 20]. Cf. une récente monographie Zur Lageder Fahrrad industrie, Deutsche Industrie Zeitung, 24 août lS99,p. 473. V. aussi Monde économique, 11 novembre 1899, p. 621.
(1) Sur le développement de la Kleineisenindustrie depuis 1892, V. Jahresberichl der Handelskammer zu Solingen fiir 1898, p. 11. Sur la fabrication des objets en laiton, v. un article de la Deutsche industrie Zeitung, o octobre 1899, p. 545.
(2) La fabrication des armes (spécialement des fusils) est également très prospère dans d'autres régions, notamment à Suhl et en Thuringe, V. Jahresbericht der Handels-und Gewerbekammer in Erfurt, p. 14.
(3) Sur l'industrie de la coutellerie à Solingen, v. le rapport de M. Pingaud, Moniteur officiel du commerce, 3 décembre 1896,
pris aussi dans cette région une grande importance. La seule ville d'Aix-la-Chapelle en fabrique SO millions par semaine. Cette industrie non seulement est maîtresse du marclié allemand mais fait aujourd'hui concurrence aux produits de l'Angleterre (i).
Les usines d'électricité méritent une mention à part ; elles sont parmi celles qui se développent le plus. Rien qu'en Saxe , il s'en est, depuis deux ou trois ans créé de nouvelles àMeerane, Plauen près de Dresde, Meissen,Mylau, Colditz, Dôbeln, Flôha, Lugo, Waldenburg, etc. Du 1"" mars 1898 au l"mars 1899,103 nouvelles stations d'électricité ont été organisées en Allemagne un peu partout, principalement dans les provinces de l'ouest. Et le mouvement loin de se ralentir, ne fait en ce mo-
p. 1259. Cette industrie fort intéressante à tous égards mériterait de faire l'objet d'une étude particulière. Les derniers rapports de la chambre de commerce de Solingen se plaignent du tort que le Bill Dingley a fait à l'exportation de la coutellerie aux Etats-Unis, Les droits qui étaient de 45 à 50 0/0 de la valeur des marchandises se sont élevés à 225 et même pour certains couteaux à 235 0/0 ! Aussi la diminution de l'exportation est-elle sensible. Les fabricants de Solingen espèrent néanmoins voir succéder au régime actuel un régime plus libéral et ne perdent pas courage. Comme les chambres de Cologne, de Stuttgart, de Nuremberg, de Sonneberg, celle de Solingen dissuade énergiquement les esprits trop ardents d'une guerre douanière avec les Etats-Unis, elle souhaite la conclusion d'un traité analogue à celui qui a été conclu en juin 1898 avec la France sur les bases de la section III du Bill Dingley.
(1) Rapport du Marquis d'Héricourt, Moniteur officiel du commerce, 31 mars 1899. Sur les perfectionnements apportés par les Allemands dans la fabrication des objets en métal, v. Foreign office, Consular reports, n» 1977, juillet 1897, p. 12.
ment que s'accentuer. C'est surtout l'emploi des transmissions de la force électrique qui se propage rapidement (1). Des maintenant, sans compterles installations privées et les usines de traction électrique pour les tramways, il n'y a pas moins de 560 établissements dont la plupart sont de création récente (il n'y en avait encore que 30 en 1890). Le plus important est l'usine de transmission de force installée à Rheinfelden qui a un débit de 12.000 kilowatts. L'usine de Hambourg occupe le second rang avec un débit de 7033 kilowatts.
« Un grand nombre de villes saxonnes, écrit le consul de Leipzig, ont fait construire l'année dernière des tramways électriques dont les résultats financiers seront satisfaisants au moins dans les grandes villes... Les essais tentés pour l'application de l'électricité à l'agriculture ont réussi au point que déjà de grandes installations ont été commandées. Les tramways électriques se multiplient de toutes part (2)». L'éclairage électrique se
(1) Les Allemands, n'oQt fait ici cependant aucune découverte essentielle, ils ont seulement tiré un merveilleux parti des découvertes d'autrui. C'est en France que la possibilité de la transmission de la force à grande distance a été démontrée par Marcel Deprez et Fontaine, et expérimentée dès 1883. C'est en Allemagne qu'on a tiré le meilleur parti de cette découverte! Cf. Blondel, Annales des ponls et chaussées, Mémoires 1898, 1. 1, no 3. V, aussi Georges Michel, VÉleclricilé force motrice, Économiste français , 24 septembre 1898, p. 403. Le nombre des moteurs électriques dans la seule ville de Berlin est passé de 928 en 1896 à 1.699 en 1897 : ils ont une force totale de 6.110 chevaux. Us sont très employés maintenant dans la Kleineisenindustrie.
(2) Quelques chiiïres donneront une idée de l'extension des tramways
répand également de tous côtés. En quatre ans le nombre des lampes à incandescence a passé de 500.000 à deux millions. 11 y a près de 500 villes bourgs ou villages, éclairés aujourd'hui à l'électricité.
C'est surtout pour ce qui touche à l'industrie électrique que les rapports des chambres de commerce sont catégoriques. « L'industrie électrique allemande, dit le dernier rapport de celle de Stuttgart est en train de conquérir la première place sur le marché du monde. Les capitalistes ont pleine confiance dans l'avenir de nos grandes maisons. Et celles-ci ont maintenant à leur disposition des capitaux assez abondants pour ne pas être obligés de faire appel à des fonds étrangers ». Quelques chiffres donneront une idée de l'importance de certaines maisons :
A Nuremberg, la fabrication de machines électriques de tout genre est une des principales industries. La maison la plus importante est la Société anonyme d'électricité (ancienne maison Schuckert et C"). Cette maison se développe de jour en jour. Elle a construit en 1896, 4.149 machines représentant une force de 91.000 chevaux, elleaaugmenté le nombre de ses succursales dans les divers pays d'Europe, a créé de nouvelles stations
électriques en Allemagne. Voici quelle a été depuis sept ans la progression des villes qui en sont pourvues : 1891,3; 1892, 5; 1893,11; 1894, 19; 1895, 32; 1896, 44 ; 1897, 61; 1898, 70. Cf. sur les tramways électriques, Moniteur officiel du commerce, 6 juillet 1899; p. 31.
centrales d'éclairage et de nouvelles lignes de tramways, non seulement en Aile magne, mais à l'étraDger à Witebsk , à Livourne, même en France à Toulon. Elle a fait des installations considérables de fabriques de produits chimiques obtenus par des procédés électro-techniques (chlorate de chaux et de potasse, chlorure de chaux, potasse, soude, etc.) (i). Le mouvement d'affaires de cette maison a été en 1897-98 de 46 millions 1/2 de marcs (au lieu de 33,8 en 1896-97); elle a distribué à ses actionnaires plus de 1 million de marcs, soit un dividende de 14 0/0. La transformation des tramways à chevaux en tramways électriques est pour elle une source de gros bénéfices. Elle se porte de plus en plus vers les entreprises à l'étranger.
La « Société continentale pour installations électriques ))de la même ville a fait un bénéfice net de 4.758.000 marcs (au lieu de 1.190.230 en 1896- 97) et a distribué un dividende de 1.235.000 marcs.
La fabrique de machines électriques Lahmeyer, à Francfort, a fait pour 1.342.000 marcs d'affaires, et, avec un bénéfice net de 419.000 mares, a distribué 10 0/0 de dividende.
(1) Jahi'esbericM der Handels-und Gewerbekamer fur Miltelfranken fur 1897, p 174. Le rapport de cette même chambre de commerce pour 1898 nous apprend que le nombre des ouvriers employés dans cette société s'est accru cette année de 1200 et que les salaires ont été augmentés de 10 à 15 0/0, ce qui est un indice de prospérité (v. p. 138-139). La population de Nuremberg est maintenant de 240.000 âmes ; les entreprises industrielles s'y multiplient prodigieusement {même rapport, p. 338). V. aussi Monileur officiel du commerce, 1 septembre 1899, p. 116.
LÎAligemeine Electricitàtsgesellschaft fondée à Berlin, il y a quelques années à peine, a déjà un capital de quarante millions : elle a reçu pour 97 millions de commandes en 1897 au lieu de 60 en 1896 (1). Non moios prospère est la maison Siemens et Halske à la tête de laquelle se trouve le D"" Boediker, l'ancien président de FOffice impérial des assurances.
Toutes ces maisons s'efforcent en ce moment de multiplier leurs succursales à l'étranger, spécialement en Russie. 11 y a déjà 43 ans que la maison Siemens et Halske avait créé une succursale à Saint-Pétersbourg. Cette succursale s'est récemment transformée en une société par actions au capital de 4 millions de roubles et à son tour elle est en train d'organiser différentes usines en Russie. Une autre société, VElektj'icitàtsgesellschaft Union constituée au capital de 6 millions de roubles dirigea Riga une grande fabrique éleclroteclinique qui va recevoir des agrandissements. La Kontùientale Gesellschaft fur electrische JJnlernehmungen de Nuremberg vient de créer une usine à Liban. La maison Lahmeyer et C® de Francfort en a une à Varsovie.
UAllgemeine Elektricitàls-Gesellschaft de Berlin a aussi fondé à Saint-Péterbourg, avec un capital provisoire de 1 million de marcs, une société ana-
(1) V. sur cette société les détails donnés par M. R.-G. Lévy, Revue des Deux-Mondes, 15 février 189S, p. 836. Elle a, de 1883 à 1896, porté son capital de 5 à 35 millions, elle a amorti près de 4 millions, placé 8 millions à la réserve et distribué 16 millions de dividendes.
logue à elle-même, qui a trouvé son champ d'exploitation surtout dans la Pologne russe et a érigé à Sombkowice de grands ateliers. La société Hélios de Cologne se porte dans une autre région. La maison Hartmann a de son côté établi en Russie une succursale qui prend une extension considérable; les actions de la maison-mère à Chemnitz ont par suite beaucoup monté (i).
Nous pourrions multiplier les citations. En dépit des efforts de quelques-uns de nos électriciens, qui au point de vue scientifique, n'ont aucune comparaison à redouter avec les ingénieurs allemands (2), nos entreprises françaises n'ont pu jusqu'ici progresser d'une façon aussi remarquable, et cela surtout parce que nos capitaux français se sont montrés d'une regrettable timidité (3).
(1) Recueil consulaire de Belgique, t. XCIX (1898), p. 377 et suiv.
(2) Nous avons des techniciens de premier ordre et on a tenu depuis l'année dernière à donner un plus grand développement à l'enseignement de l'électricité dans nos écoles nationales d'arts et métiers. Il ne s'agit pas d'y former des spécialistes, mais ainsi que cela a été exposé par le ministre « il n'est plus possible, dans une usine, quelle qu'elle soit, de ne pas connaître la pratique et la théorie des arts électriques; le dernier atelier s'éclaire aujourd'hui à l'électricité, et il faut que dans l'atelier de construction lui-même on puisse réparer la machine électrique et les dynamos sans avoirà faireappel auxélec. triciens de profession». Cf. Wilke Die ElekrizUrit, ihre ErzeiKjunrj und Anwendung in Industrie und Géwerbe, Seédit., 1898. W. Vogel, Die Eleclricitdt in Gewerbe und Industrie, Leipzig, 1899 (avec 182 gra. vures). Aussichtcn der Entwicidung der Electrotechvik, Zeilschrift fiir Socialwissenschaft, 20 février 1899, p. 131. Romolo Pozzi, VAvvenire délie industrie elettrotecniche, Rassegna nazionale, 1 octobre 1899.
(3) D'après le professeur Wan der Borght, le montant total des capitaux engagés dans les sociétés allemandes d'électricité dépasse aujourd'hui 550 millions de marcs. De 1891 à 1898, le nombre des
Il est très intéressant au contraire de voir comment s'est développée en Allemagne cette industrie nouvelle pour laquelle le langage courant a même inventé Texprcssion « Electrotechnik » (i). « L'industrie électro-teclinicjue écrit le consul général de Belgique à Leipzig(2) a été en 1898 plus occupée que jamais. La création de nouvelles entreprises, la transformation de certains établissements en sociétés anonymes et les demandes de capitaux, se sont rapidement succédé. On établit actuellement dans une série de villes de nouvelles usines électriques pour la production de l'éclairage électrique et de la force motrice, ainsi que pour l'exploitation des tramways. Quantité de projets en partie réalisés, ont pour but de relier de petites villes entre elles au moyen de chemins de fer électriques à voie étroite, ainsi que d'établir par voies transversales des communications entre des localités situées entre des lignes de chemin de fer. L'Allemagne est au premier rang des nations pour les applications de l'électricité. En janvier 1898 elle comptait déjà H38 kilomètres de lignes électriques en exploitation contre 347 en France ». L'étude des conditions financières dans lesquelles certaines sociétés se sont constituées, puis développées, est bien curieuse. Elles ont dû au démachines à vapeur servant à la production de l'électricité en Prusse a quadruplé. Leur force a quintuplé!
(i) V.à cet égard le remarquable rapport de M. Jacquemin de Nuremberg, analysé dans VÉclairage électrique, supplément du 10 décembre 1898, t. XVII, p. xcvju (2) Recueil consulaire du royaumede Belgique, t. CIV (1899), p. 63.
but ne compter que sur elles-mêmes, mais elles ont trouvé l'aide des banques et des banquiers, à défaut du public un peu liésitant, et de très ingénieuses combinaisons ont pris naissance. Les capitaux français au contraire ne veulent toujours pas se porter franchement de ce côté, tandis que l'industrie électrique a maintenant derrière elle en Allemagne autant d'argent qu'elle le désire (i). Le mouvement provoqué sur le marché financier allemand par les applications de l'électricité est des plus curieux. Et les optimistes déclarent qu'on est au début seulement. Après l'éclairage des villes et des particuliers, après la traction appliquée aux tramways urbains et suburbains, on prévoit dans un avenir prochain l'utilisation des forces hydrauliques, la création de puissantes stations centrales pour répartir la force électrique dans lesdistricts miniers et les groupes industriels, ainsi que la transformation des moteurs à vapeur de toute sorte. « A chaque société purement électrique sont attachées maintenant une ou plusieurs filiales, véritables banques ou trusts, chargées de financer l'affaire, se constituant un portefeuille d'actions d'entreprises anciennes achetées en vue de transformation, ou d'actions d'entreprises déjà transformées » (2).
(1) A. Raffalovich, Le marcU financier en 1897-98, p. 322. V. cidessous, Appendice V,
(2) « Les électriciens français, m'écrivait il y a quelques jours un ingénieur, sont en élat d'en faire autant que les Allemands, ils le feront lorsque la finance aura confiance en eux. Celte année même plusieurs so-
Industries textiles.
L'industrie textile est certainement l'une des plus typiques dans l'évolution économique contemporaine : réduction progressive de la maind'œuvre, accroissement du travail des femmes et des enfants, substitution de la machine au travail humain, développement malsain de la production poussée jusqu'à la surproduction, tels senties faits principaux qui la caractérisent.
C'était l'industrie du lin qui tenait jadis assez modestement la place prépondérante dans les industries textiles de l'Allemagne. La toile de lin filée par la mère de famille elle-même, c'était le
ciélés ont pu doubler leur capital, parce que leurs actions ont triplé et que cela a amorcé quelques banquiers de Lyon, place où se cotent en Bourse presque toutes les actions... 11 n'existe pas en Allemagne une région comparable au point de vue de l'électricité aux Alpes du Dauphiné où les usines électrochiraiques poussent en ce moment comme des champignons... Les Rothschild n'ont rien compris au développement de l'industrie, sans quoi ils auraient pu faire naître en France une maison aussi importante que les maisons allemandes. Ils se sont montrés bien médiocres en dehors du commerce de l'argent... Voyez donc l'industrie des automobiles. Elle est encore toute française et a fait des progrès merveilleux. Pourquoi cela? par suite d'un certain engouement des gens riches pour ce sport. Les capitaux que les actionnaires ont engagés (on les évalue à plus de 1 00 raillions) ont rapporté de beaux dividendes. L'argent est le nerf de l'industrie comme le nerf de la guerre ». Voy. aussi la préface de M Alfred Potier au récent ouvrage de MM. A. Blondel et P. Dubois, sur la Tradion électrique. Paris, 1898. Cf. sur le développement de l'industrie électrique en 1898, une note du Journal du Board of Trade, octobre 1898, p. 413. Le progrès s'accentue en ce moment même d'une façon étonnante.
vêtement historique des Allemands. L'industrie du coton l'a supplantée. C'est une industrie moderne, favorable à l'emploi des machines, à l'universalisation de la marchandise. L'Allemagne fait venir la matière brute des pays où la culture du coton peut se développer sans limites. Partout où cette industrie s'est établie, j'ai constaté, sinon sa prospérité actuelle, au moins son prodigieux essor en même temps que le triomphe de la grande production mécanique, avec les avantages qu'elle entraîne pour soutenir la concurrence sur le marché du monde. Il convient d'ailleurs de rappeler que par l'annexion de l'Alsace-Lorraine, l'Allemagne a soudain accru de près de moitié l'importance de son industrie cotonnière; elle a en outre largement bénéficié de la réputation de finesse des fils et tissus fabriqués en Alsace.
J'ai étudié cette industrie sur place dans les régions où elle s'est le plus développée, dans la Prusse rhénane, en Silésie, en Saxe, dans le Wurtemberg. Et je dois dire d'abord que partout j'ai recueilli beaucoup de doléances (i),
(1) Il faut se défier de ces doléances. « Tous nos établisseraenls, me disait un grand filaleur, travaillent à perte », Or, sept grandes filatures de Saxe ont donné en 1898 11,7 0/0 à leurs actionnaires ; celle de Mitwerda a donné même 28 0/0. Les filateurs m'ont paru en tout cas dans une meilleure situation que les tisserands. Les uns et les autres, entraînés dans le tourbillon du protectionnisme à outrance, se préoccupent trop peu des consommateurs et cherchent dans des mesures arbitraires le remède aux difficultés de l'heure présente (V, l'arlicle de M. W. ter Meer, Die Nation, 9 décembre 1899, p. 136. Cf. Waller Borgius, Spinner vnd Weber in Deulschland, llandels- Museum, 30 novembre 1899, p. 565.
Mais il convient de faire trois observations : c'est d'abord que le commerce d'exportation seul a diminué, le marché intérieur est toujours satisfaisant (1). C'est, en second lieu, que la situation n'est difficile que depuis 1896 et cela principalement à cause des mesures protectionnistes prises par divers États, surtout par les États-Unis. Jusqu'à cette époque la situation était excellente; les commandes, exceptionnellement importantes, qui s'étaient produites à la suite du bill Wilson se sont brusquement ralenties après l'adoption du tarif Dingley (2). C'est enfin quecertaines branches seulement des industries textiles sont sérieuse-
(1) Le ralentissement du commerce d'exportation s'explique d'une façon générale par le développement de la culture du coton et des industries textiles dans un grand nombre de pays. Y. sur la culture du coton dans le monde l'arlicie de MM. Lederlin et L. Galloig (avec une excellente carte), Annales de géographie, 15 juillet 1898, p. 289. Il y a 23 ans les États-Unis produisaient 70 0/0 du colon récolté dans le monde entier. Ils en produisent aujourd'hui 85 0/0.
(2) V. un article d'ensemble sur l'évolution de l'industrie textile de 1895 à 1898, Deutsche Industrie Zeitung, 26 octobre 1899, p. 577.
(3) Les Allemands sont d'autant plus contrariés des conséquences qu'a pour leur industrie textile le bill Dingley qu'il leur sera très difficile de trouver dans l'avenir un marché qui remplace pour eux les Etats-Unis. « Les marchés européens comme le faisait remarquer le dernier rapport de la chambre de commerce d'Elberfeld,se ferment aux tissus allemands par suite du progrès des industries textiles dans tous les pays. Les fabriques qui produisaient en vue des États- Unis doivent aujourd'hui lutter pour vendre leurs marchandises aux nationaux, et la concurrence intérieure devient de plus en plus vive ». Faisons toutefois remarquer qu'un certain nombre de maisons sllemandes sont allées établir des succursales en Amérique. Y. Deutsche Textilfabriken in den Vereinigten Staaten, Handels-Museim, 12 octobre 1899, p. 490.
ment atteintes. Dans l'Allemagne du Nord c'est surtout la fabrication des futaines [barchent] ou étoffes grossières analogues, qui rapporte peu. En Saxe et dans l'Allemagne méridionale ce sont les fabriques de tricots qui se plaignent. Le chiffre de leurs affaires avec l'Amérique a fortement baissé. Elles n'ont plus guère de débouchés au dehors que la Suisse et la Russie. Ainsi, pour le district consulaire américain de Ghemnilz, l'une des villes les plus importantes de l'Europe au point de vue des industries textiles, l'exportation aux États-Unisabeaucoup faibli, comme le montre le tableau suivant.
(eu Dollars) 1895 1896 1897 1898
7.463.793 5.160.420 5.235.691 5.076.549 La diminution porte surtout sur les articles de bonneterie (bas et gants de laine notamment). On en avait exporté pour 297.400 dollars en 1895, on n'en a exporté en 1898 que pour 94.080 dollars seulement.
La diminution est à peu près la même dans le district consulaire d'Annaberg. Même recul dans celui de Plauen. Ses exportations aux Etats-Unis n'ont été pendant le premier semestre 1898 que de 743.207 dollars, tandis qu'elles avaient été pendant le premier semestre 1897 de 1.599.381 et pendant le second semestre 1897 de 830.719 (i). La situation m'a paru un peu meilleure en Si-
(1) Cf. Moniieur officiel du commerce, 22 oct. 1898.
lésie, mais elle n'est pas non plus très brillante. L'industrie textile de cette province cherchait il y a quelques années des débouchés du côté de l'Asie orientale, de la Chine, du Japon, des colonies hollandaises. La dépréciation de l'argent a rendu l'exportation dans ces pays presque impossible W. Du côté de la Russie, des pays Scandinaves, de l'Espagne et de l'Italie, elle a aussi fortement diminué par suite de la création d'industries similaires dans ces contrées (2). Il y a certainement aujourd'hui quelques établissements qui travaillent à perte (3).
(1) Sur l'industrie du colon dans l'Extrême-Orient, v. Journal du Board of Trade, septembre 1898, p. 290. C'est probablement cette industrie qui se développera le plus dans l'avenir au Japon et en Chine. « A Schanghai on a monté depuis trois ans plus de quatre cent mille broches pour filer le coton, et à l'heure actuelle au Japon on tisse presque tous les tissus allemands, anglais ou français, sauf quelques modèles de luxe qui restent encore l'apanage des fabriques europénnes. »
(2) Sur la fabrication des cotonnades en Russie, v. Moniteur officiel du commerce, 23 août 1898, p. 236. Cf. Dierussische Baumwollindustrie, Handels-Museum, 28 septembre 1898, p. 477.
(3) Jahresbericht der Handels-und Gewerbekammer zu Schweidnilz fur 1897, p. 15. Rapport du consul d'Autriche à Rreslau, Handels- Museum, 18 août 1898, p. 612. L'Allemagne n'est pas seule à souffrir de cet état de choses. L'Angleterre voit aussi se fermer pour elle une partie des nations civilisées. Cf. Handels-Museum, 7 et 21 octobre 1897, p. 509 et 541. L'exportation des cotonnades anglaises a, depuis 1890, diminué de plus de 6 millions de livres sterling. V. sur la décadence (relative) de l'industrie cotonnière en Angleterre, Réforme économique, 24 octobre 1897, p. 1179 et 1238. V. aussi le rapport du consul d'Autriche à Londres, Handels-Museum, 23 juin 1898, p. 437. Ceux qui connaissent notre région du Nord savent qu'en ce moment l'industrie textile y traverse une forte crise.
Il faut pour juger équitablement de la crise que traversent en ce moment les industries textiles en Allemagne tenir compte des progrès peut-être trop rapides que ces industries avaient faits jusqu'en 1896. Les créations avaient été trop nombreuses et la production trop intense (U.
La période 1891-1895 attestait pour l'industrie cotonnière une production double de celle de la période 1875-1880. Le progrès avait dépassé tellement l'accroissement de la population que la production était en 1895 de 73 0/0 supérieure par tête d'habitant à ce qu'elle était en 1876-1880 et que la consommation avait passé de 2 kil. 86 à 4 kil. 95. Le nombre des métiers s'était élevé à plus de 80.000, le nombre des broches à plus de 6 millions. L'exportation surtout s'était fortement accrue comme le montre le tableau suivant :
Importation Exportation
en tonnes.
Un ralentissement était inévitable; mais il faut du moins reconnaître que la consommation intérieure continue à s'accroître et que le nombre
(1) F. Zahn, Die Enlwickelung der deutschen Textilindustrie, Jahrbûcher fur Natiomlœlconomie 3e série, t. XV (1898), p. 781. Les statistiques fort intéressantes réunies par l'auteur ne dépassent malheureusement pas l'année 1895.
des broches augmente toujours (*). Les commandes de l'intérieur sont nombreuses, même la vente à l'étranger s'est accrue. C'est ainsi que pendant les trois premiers trimestres de 1897, l'exportation s'est élevée à 166.767 doubles quintaux valant 58.883.000 marcs, tandis que, pendant la même période de l'exercice précédent, elle n'avait été que de 153.820 doubles quintaux estimés 53.86i.000 marcs, soit en faveur de 1897 un excédent de 12.947 doublesquintauxet de 5.019.000 marcs.
Les principaux pays de destination ont été en 1897 :
Doubles qumtaux.
L'Angleterre qui a reçu 31.453
Les Pays-Bas 14.686
La Suisse 12.440
Le Chili 9.638
La Roumanie 8.609
Les États-Unis 8.328
La France 8.290
La Belgique 8.091
Les articles dont le commerce à l'étranger est de beaucoup le plus important, sont les étoffes de coton teintes ou imprimées. 11 en a été exporté en 1897 133.149 doubles quintaux évalués à 45.936.000 marcs.
(1) Années.
Nombre
Consommation
de broches.
annuelle.