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INDUSTRIES TEXtiLES. 73

C'est dans quelques parties de la Saxe seulement que la situation est vraiment mauvaise (l). A Crimmilschau et à Werdau les filateurs ont été durement atteints par les élévations de tarifs. Leur exportation a diminué de moitié. Ils m'ont avoué aussi qu^ils avaient souffert par contre-coup des lois sociales nouvelles qui les ont empêchés d'employer dans la même mesure qu'autrefois des enfants ou des jeunes gens et ont rendu par suite la main-d'œuvre plus coûteuse (2).

(1) Sur la situation difficile de l'industrie textile en Saxe, v. V, le Jahresbericht der Handelskammer zu Chemnitz, t. I,p. xxi.xxix.xxxi" xxxiv; t. II, p. 101-138. Cf. Recueil consulaire du royaume de Belgique t. 104 (1899), p. 58. V. aussi le rapport du Consul d'Autriche à Leipzig, Handels-Museum, 16 novembre 1899, p. 674.

(2) Le malaise de l'industrie textile rend la situation des tisserands d'autant plus intéressante à étudier au point de vue social, qu'on peut encore saisir sur le vif, dans plusieurs contrées de l'Allemagne, la trau' sition, souvent si difficile pour l'ouvrier, entre le tissage à la main et la fabrication mécanique. Le tissage à la main s'efforce vainement de soutenir la lutte, les tiandweber sonl vaincus. Dans la circonscription de la chambre de commerce de Schweidnitï, une des régions de l'Allemagne où il y en a encore le plus, leur nombre a fortement diminué depuis deux ans. De 1895 à 1897 il a baissé de près d'un millier : 6. .310 au lieu de 7.300. Ces pauvres gens, sur la vie desquels j'ai fait de curieuses observations, sont profondément dignes d'intérêt. On ae saurait leur reprocher leur obstination : peut-on leur demander d'embrasser d'un coup d'œil les conditions (si difficiles à saisir même pour les hommes intelligents et instruits) de la vie économique moderne. Il y a chez eux un fond d'atavisme dont il faut tenir compte. Us lèguent à leurs enfants leur vieux « métier », leur profession et leur misère, et leurs salaires baissent toujours! Leurs moyens de subsistance, surtout dans le comté de Glatz et VEulen Gebirge, sont tellement modiques que la moindre réduction mènerait vite à la misère noire. Nulle industrie n'est plus propre que l'industrie textile à fournir des arguments aux adversaires de la théorie mancheslérienne » de la

Et encore y a-t-il des fabriques très prospères. Telle par exemple la fabrique de bonneterie de M. Esche à Cliemnitz que je visitais récemment. Cette maison tient la tête de cette industrie (qui originaire d'Angleterre fut introduite en Saxe au siècle dernier). Elle exporte ses produits dans le monde entier, elle est pourvue d'un outillage extrêmement perfectionné, par exemple de machines faisant à la fois de 12 à 16 bas, et elle occupe tant à la fabrique que dans les villages environnants plus de 2.000 ouvriersC).

La situation est dans la région du Rhin meilleure qu'en Saxe, comme le montre le tableau suivant :

Nombre de fabriques.

Brocbes (en millions)

Production (en millions de balles).

Prusse rhénane. 40 46 52 Westphalie 15 22 33

compensation », d'après laquelle le progrès du machinisme, en rendant inutiles dans une industrie un grand nombre d'ouvriers, appellerait immédiatement à la vie d'autres industries qui seraient pour les travailleurs éliminés de nouvelles sources de gain.

(1) J'ai pu constater que la maison était dans une situation très favorable grâce à la demande de bas rayés et écossais dont la mode s'est imposée si soudainement qu'on a dû se borner à exécuter une faible partie des commandes. Les fabricants avaient d'abord pensé que cette mode serait passagère, mais ayant reconnu que les dessins écossais étaient très goûtés, ils se sont empressé de confectionner des assortiments de ce genre. V. sur l'exportation des articles de bonneterie, Moniteur officiel du commerce, 23 nov. 1899, p. 760 .

Si les prix des filés ont subi une forte baisse et sont presque descendus à la limite où ils cessent d'être rémunérateurs, cette situation défavorable est due en grande partie à l'augmentation énorme des broches (i). L'offre des fils s'est accrue dans de telles proportions qu'il y a une véritable surproduction. « Et pourtant, dit notre consul, la vente des fils retors laisse encore un bon bénéfice. On trouverait difficilement une filature de coton qui n'ait pas en activité un certain nombre de broches à retordre. Et en ce qui concerne les fils d'imitation de Saxe et de fantaisie, la filature n'a pas à se plaindre des prix. La difficulté actuelle de la situation, ajoute-t-il, tient peut-être surtout à ce qu'il règne entre l'industrie des filés et celle des tissus le même désaccord que dans la métallurgie entre les matières premières demi-brutes et les produits ouvrés, là oii les usines ne sont pas syndiquées. Ce qui manque le plus c'est la régularisation des prix et la réglementation des débouchés : le fabricant isolé est impuissant à lutter contre les offres souvent dérisoires qui sont la

(1) Il y avait, au 1er janvier 189G, 90.685 métiers à tisser dans l'Allemagne du Sud, soit 25 0/0 d'augmentation sur les chiffres de l'année précédente, et 79.248 métiers dans l'Allemagne du Nord, soit une augmentation de 37 0/0 sur les chiffres de l'année précédente. Le progrès a été si rapide qu'on se préoccupe aujourd'hui, nous dit M. Pingaud, d'arriver à une limitation générale de la production; la consommation n'a pu se développer aussi rapidement qu'elle. Les mesures protectionnistes de quelques-uns des pays importateurs ont en outre fermé des débouchés sur lesquels les fabricants croyaient pouvoir compter. L'exportation des cotonnades a été en 1896 de 166,3 millions de marcs (au lieu de 183 en 1895 et 141 en 1894).

conséquence de ce défaut de réglementation. Les intéressés se préoccupent aujourd'hui de s'associer ainsi qu'on l'a fait dans l'industrie du fer, et il est permis de croire qu'ils y réussiront. Tous comprennent aujourd'hui que l'offre étant trop abondante, tant que durera le manque d'équilibre la situation ne pourra s'améliorer (i). »

Si la situation est moins bonne dans quelques branches de l'industrie allemande, nous dit pareillement un rapport anglais, c'est parce que certains prix ont été maintenus d'une façon artificielle. En Youlant atteindre un niveau trop élevé les producteurs ont « glissé, non seulement entre les mains des spéculateurs, mais même des consommateurs, qui, en criant à la surproduction et en retirant des ordres donnés ont fait baisser les prix outre mesure. Mais la création des syndicats est un moyen de corriger ces inconvénients : l'expérience est décisive à cet égard (2) ».

(1) Moniteur officiel du commerce, 30 décembre 1897, p. 840. Cette situation n'est pas dépeinte sous des couleurs bien inquiétantes dans les autres rapports consulaires. Cf. Moniteur officiel du 10 février 1898, d'après les statistiques réunies par la chambre de commerce de Leipzig; //a«de/s-jl/useum, 28 juillet 1898, p. 381; et sur l'industrie textile dans la vallée de la Wupper en 1898, un rapport de M. Pingaud, Moniteur officiel du commerce, 23 février 1899, p. 277. V. aussi Ibid., 27 juillet 1899, p. 115.

(2) Diplomatie and consular reports. Annual séries, n° 2043, avril 1898. Le ralentissement qui s'est manifesté dans les industries textiles n'a point entraîné d'ailleurs de chômage appréciable. Il y a eu, au contraire, « pénurie de main-d'œuvre dans les filatures et les tissages mécaniques, parce que beaucoup d'ouvriers ont trouvé dans d'autres branches de l'industrie un travail plus rémunérateur ».

Dans la circonscription même de Schweidnilz, quoiqu'on se plaigne toujours, le nombre des métiers n'a pas cessé d'augmenter comme le prouve le tableau suivant :

La situation en ce qui concerne les nappes et le linge de table y est particulièrement satisfaisante. Les blanchisseries, teintureries, et les établissements d'apprêt y sont très convenablement occupés. L'importation des tils de lin et des toiles brutes paraît encore augmenter (*).

A Langenbielau l'un des principaux centres de l'industrie colon ni ère, ainsi qu'à Reichenbach, on se plaint même dans les fabriques .du manque d'ouvriers (2).

Voici, d'ailleurs, d'après les relevés faits par la chambre de commerce de Schweidnitz, quelle a

(1) Fils de lin Toiles brutes par

parlOOkil. 100 kil.

(2) Jahresberichl der Handels-und Gewerbekammer zu Schweidnitz fur 1897, p. 8. Ce sont seulement les filatures de laine peignée {Kammgarnspinnereien) qui ont vraiment souffert car elles travaillent beaucoup pour l'exportation. Elles ont dû restreindre leur production. Leurs bénéfices qui, jusqu'en 1889 avaient été de 10 à 16 p. 0/0, sont tombées à 2 ou 3 p. 0/0. Quelques fabriques même ont depuis deux ans travaillé à perte. V. rapport de M. Pingaud, Moniteur officiel du commerce, 9 mars 1899, p. 376.

été pour les fils et les toiles la situation pendant la dernière période de neuf ans (en 100 kil.).

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