PRÉFACK DE LA. TROISIEME ÉDITION. V
civilisation et le progrès d'une nation ne peuvent tenir à de simples facteurs économiques et à des causes matérielles, et que Ton ne peut impunément absorber toutes les forces vives d'un peuple dans le positivisme de la science, de la finance, du commerce ou de l'industrie.
Or le génie philosophique et la puissance intellectuelle que l'Allemagne dépensait jadis en épopées métaphysiques ou en œuvres poétiques se trouvent aujourd'hui appliqués à la découverte de nouveaux moyens de production ou à la recherche de nouveaux débouchés. Dans le silence des préoccupations idéales et des pensées généreuses, les intelligences ne s'exercent plus que dans l'enceinte étroite des recherches utilitaires, les cœurs ne semblent plus battre que pour des calculs intéressés; les questions qui priment toutes les autres ce sont celles de coupons à toucher, de dividendes à augmenter, de bénéfices à accroître (^). La prospérité économique actuelle peut provisoirement dissimuler l'insuffisance d'une telle conception de la vie; mais je n'hésite pas à dire que cette évolution prépare de grands dangers.
(1) Dans un remarquable article de la Conteniporary Review, William Clarke a fait remarquer, non sans raison, que la politique de Bismarck, si remarquable à certains égards, a abouti au matérialisme le plus étroit dans la vie et dans la pensée. « L'organisation extérieure et politique de l'Allemagne, dit-il, est magnifique. Mais les tra-