‹ L'essor industriel & commercial du peuple allemandChapitre 40 sur 61 · IMPORTATIONS EXPORTATIONS · texte numérisé non relu

IMPORTATIONS EXPORTATIONS

francs francs

V. sur la « Conquête de la Belgique par les Allemands » Réforme économique^ 4 avril 1897, p. 432. Le port d'Anvers n'a reçu en 1897 que 105 bâtiments français, alors qu'il en recevait 342 en 1875! C. le rapport de M. Carteron, Monileur officiel du commerce, 9 mars 1899, p. 378. Les dernières statistiques concernant le mouvement du port d'Anvers indiquent dans le relevé des navires des divers pays, pour 1899, 892 Allemands contre 125 Français, Moniteur officiel du commerce, 25 janvier 1900, p. 125.

i>20 l'essor commercial.

(dont la moitié à Londres) et surtout ils y expédient leurs produits. Partout on dénonce, à la suite de M. Williams, l'invasion de ceux-ci : elle a augmenté de 30 0/0 dans les vingt dernières années.

L'exportation allemande en Angleterre croît beaucoup plus vite que l'exportation anglaise en Allemagne. Les fabricants allemands déploient un grand zèle pour amener sur le marché anglais des objets de style anglais.

Ce qu'on reproche au contraire le plus en Allemagne aux Anglais, c'est leurmanque d'adaptation au goût du client et le peu de bonne volonté qu'ils mettent à se conformer à ses désirs.

La France n'est pas le pays avec lequel l'Allemagne se flatte le plus de développer ses relations commerciales*^^). Le mouvement d'affaires entre les deux nations s'est cependant notablement accru en 1898. Ainsi l'Allemagne nous a envoyé 123.000 quintaux de fer brut de plus qu'en 1897 ; l'augmentation a été de 220.000 quintaux pour les céréales, de 149.000 pour les farines, de 300.000 pour la houille.

Quand à nos exportations en Allemagne elles ont augmenté eetté année (1899) de 34.486.442 francs ce qui tient en partie au développement de la prospérité et de la richesse chez nos voisins.

Nos objets manufacturés jouissent heureusement encore en Allemagne d'une excellente réputation, le malheur est que nous ne savons pas les faire

(1) Jahresbericht des Ilandels-Muieums zu Frankfurt fiir 1898, p. 21.

valoir, el notre commerce n'a plus dans ce pays la situation à laquelle il serait en droit de prétendre.

Ce qu'il est intéressant de constater c'est que l'Allemagne nous vend déjà presque autant qu'elle nous achète : 309 millions contre 380 (0. Partout en France, chez nos boutiquiers comme dans les foires on trouve des objets allemands (jouets, quincaillerie, livres, gravures, lampes).

Une partie des articles àbon marché de nos bazars sont encore d'origine allemande, on les fait passer pour articles « de Paris » et le patriotisme est ménagé. Le commerce allemand est d'une adresse merveilleuse pour tourner les obstacles. Il a su s'entendre avec certaines fabriques pour y organiser des dépôts qui ne laissent pas soupçonner la provenance exotique de certains objets. Je connais même en Allemagne des fabriques de drapeaux tricolores qui ne sont assurément pas destinés au marché intérieur.

On sait quelle quantité d'allemands il y a à Paris. Ils n'y ont jamais été plus nombreux que mainte-

(1) Tableau sommaire de nos relations commerciales avec l'Allemagne :

Importation Exportation

de France en Allemagne d'Allemagne en France

en millions 0/0 de l'im- en millions 0/0 de l'imde marcs portation totale de marcs portation totale

nant. Le faubourg Saint-x\ntoine en particulier est plein d'ouvriers allemands; les employés de commerce allemands pullulent chez nous et ne se font pas faute de communiquer à leurs compatriotes des modèles de nos meilleures maisons. La finance allemande tient à la Bourse de Paris une place considérable. La France reste le pays d'Europe oii l'émigration allemande est la [)lus forte.

Dans toute l'Europe centrale les produits allemands sont fort répandus. L'Allemagne s'efforce depuis longtemps de s'insinuer en Suisse : le percement du Saiut-Gothard lui a rendu la tâche plus facile. Elle a d'ailleurs des représentants officiels dans le conseil d'administration de la compagnie. Le transit allemand a fait la richesse des chemins de fer suisses. Et pendant que nous avions rompu nos traités séculaires avec ce petit pays, qui avait cependant une préférence marquée pour nos produits, les Allemands se sont enpressés de prendre notre place. « L'importation comme l'exportation, dit M. Soulange-Bodin, accusent des plus-values remarquables. L'exportation allemande a beaucoup plus augmenté que l'importation suisse: elle a eu surtout pourobjetles produits de l'industrie textile, les drogues, les produits chimiques, les objets de consommation, les cuivres, les bois, les houilles, les produits de l'agriculture et le bétail ».

L'importation croissante de l'Allemagne en Suisse, s'est particulièrement affermie en 1898. Son exportation a augmenté dans une proportion très considérable. Elle se place sans conteste au premier rang.

Son exportation représente 30 0/0 du total des produits importés sur le territoire de la confédération (314 millions au lieu de 306 en 1897) qui à son tour expédie pour 194 millions de marchandises (i). L'augmentation a été, par rapporta 1897, de 10 0/0 à l'importation et de 3 0/0 à l'exportation.

Nous n'avons pu malgré un léger progrès de 14 millions reconquérir le marché que notre guerre douanière avec la Suisse nous a fait perdre au profit des Allemands; la situation de l'Allemagne est maintenant bien forte dans ce pays.

Il suffira pour se rendre compte du mouvement d'affaires de l'Allemagne avec l'Autriche de parcourir les rapports consulaires autrichiens insérés dans le H andels -Muséum. Plusieurs séjours dans ce pays m'ont permis de reconnaître moi-même l'importance qu'y ont prise les produits allemands de toute sorte (~).

En Hongrie les Allemands font aussi de grands progrès; une partie notable des sommes nécessaires pour la construction de nouveaux établissements industriels à Budapest est souscrite par des maisons de Berlin.

Dans l'Europe méridionale l'Allemagne fait chaque année plus d'affaires : « En Espagne, nous

(1) Rapport de M. A. de Chateauneuf, Moniteur officiel du commerce, 21 décembre 1899. Notre imporlalion en Suisse ne représente que 11,5 0/0 du total des produits étrangers que reçoit ce'pays.

(2) Cf. Rapport de M. Gauthier. Moniteur officiel du commerce, 23 mars 1899, p. 455. V. aussi Antichauvinis liche magyarische Wirthschaflspolilik Export, 17 août 1899, p. 403.

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dit un de nos consuls, l'article français est délaissé depuis que la production allemande a envahi les marchés... Les Allemands, ajoute-t-il, excellent dans la fabrication d'articles d'une certaine apparence extérieure, et par suite d'une vente facile... et puis ils savent se plier aux exigences de l'acheteur : l'Allemand fabrique et livre ce que demande le client » (*).

11 convient d'ajouter cependant que le retard apporté à la conclusion d'un traité de commerce entre les deux pays a été préjudiciable à l'industrie et au commerce allemands.

En Italie les exportations de l'Allemagne sont de près de 150 millions. La Chambre de commerce française de Milan signale énergiquement « l'infiltration des produits allemands qui ont accaparé la place que la France occupait jadis dans ce pays(2) ».

Les ventes allemandes en Italie ont décuplé depuis la guerre. Les Allemands fondent en ce moment dans ce pays des fabriques de sucre et se jettent sur les entreprises agricoles(3).

On m'écrivait naguère qu'à Rome, les objets de

(1) Sur l'accroissement du commerce allemand en Espagne, v. le rapport de noire consul général, M. Lacoste, Moniteur officiel du commerce, 2 mars 1899, p. 309 et sur le nouveau traité conclu entre l'Espagne et l'Empire, v. Export, 22 juin et 6 juil et 1899, p. 305 et

(2) Quand l'Italie rompit avec nous ses relations commerciales, l'Allemagne saisit avec empressement l'occasion qui lui était offerte et ses exportations augmentèrent de tout ce que les nôtres perdirent. Deutsche Fortschritte in Italien, £a;jDor^ 21 juillet 1898, p. 350.

(3) Rapport du baron Rousseau, Moniteur officiel du commerce, 16 novembre 1899, p. 732, v. Ibid, 14 juillet 1898, p. 40.

piété dont s'approvisionnent les magasins de cette ville à l'occasion du Jubilé de 1900 sont pour la plupart de provenance allemande.

Ce sont des Allemands qui effectuent les travaux de percement du tunnel du Simplon. L'Allemagne est entrée en pourparlers avec la Suisse afin d'utiliser le mieux possible à son profit cette voie nouvelle de pénétration (0.

L'Angleterre se plaint d'ailleurs comme nous. Un rapport de l'attaché commercial de l'ambassade anglaise à Rome nous dit cjue l'importation des produits chimiques, des marchandises en fer, de l'acier et des fleurs artificielles de provenance allemande va toujours augmentant; môme « les cotonnades anglaises, qui, jusqu'ici, n'avaient rien à craindre, paraissent en souffrir par l'empressement que montrent les Allemands à se conformer, autant que possible, aux désirs de leurs clients, par rapport à la qualité et à l'emballage des marchandises, ainsi que par l'habitude des négociants et industriels allemands de tenir leurs comptes en monnaies italiennes et de prendre à leur charge les oscillations qui se produisent dans le change, ainsi que parles renseignements plus complets et en même temps plus exacts qu'ils savent se procurer sur la solvabilité des gens avec lesquels ils sont en affaires. Il y a aussi, dit-il, plus de rapi-

(1) Rapport de M. de Clercq, consul général à Gênes, Moniteur officiel du commerce, 9 mars 1899, p. 62i. Cf. J. Michel, Le percemenl du Simplon, Correspondant du 25 novembre 1899, p. 732.

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dite dans l'exécution des commandes, de la part des Allemands, dont la main-d'œuvre est aussi moins chère ».

« La bonneterie de coton de Chemnitz, dit un autre rapport, a pris la place de nos marchandises. Nosimportations detissusde chanvre sont tombées presque à rien! ».

Depuis le percement du Saint-Gothard le nombre des négociants allemands qui se sont établis dans les principales villes du pays est considérable; ils ne prennent même pas la peine de dissimuler leur objectif qui est de se substituer aux Français. La situation financière de l'Italie étant d'ailleurs peu brillante, on comprend que les Italiens, tout en reconnaissant la supériorité des produits français, donnent la préférence aux marchandises allemandes en raison de leur bas prix.

En Grèce la situation des Allemands a depuis quelque temps singulièrement grandi. Une foule de maisons allemandes sont représentées dans les principales villes de ce pays. « Elles ont, nous dit un rapport consulaire, l'habileté d'offrir aux négociants grecs des facilités de paiement qui sont très tentantes pour ceux-ci ». La Grèce qui était surtout une bonne cliente de l'Angleterre est en train de lui retirer sa pratique (i).

Depuis quelques années le mouvement d'affai-

(1) Il est question en ce moment d'acheter les pièces Krupp qui sont disponibles en Allemagne par suite de l'introduclion du canon à tir rapide dans l'armée allemande.

res entre l'Allemagne et la Turquie avait un peu fléchi (1). Les troubles d'Arménie, la guerre gréco-turque, les mesures de quarantaine à l'égard des navires, avaient ralenti les opérations commerciales. En novembre 1898, Guillaume II a trouvé le moment opportun pour ranimer le mouvement des affaires et se ménager de nouveaux avantages pour l'avenir. iVlettant une sourdine à ses élans de sentimentalité religieuse, il a voulu profiter de son voyage à Jérusalem pour rendre visite, avec une politesse qui a paru excessive, au Sultan rouge, au grand massacreur des Arméniens : l'intérêt politique et économique avant tout! Le terrain d'ailleurs avait été soigneusement préparé. Les marchands de Salonique avaient une préférence marquée pour les produits français. « Maintenant, écrit un consul, l'importation française diminue au profit d'autres pays. L'Allemagne a dépassé la France. Les produits chimiques allemands en particulier sont très réputés. Dans tous les pays soumis à la domination turque l'influence

(1) Importations allemandes en Turquie :

Quintaux métriques Marcs

V. Handels-Miiseum, 1 juillet et 29 septembre 1898, p. 430. Cf. le Moniteur officiel du commerce du 23 août 1898, p. 240, et l'article Deulschland" s Export nach der Balkanhalbinsel, 1897, dans la revue Export du 19 mai 1898, p. 248.

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allemande augmente considérablement. Le rôle joué par l'Allemangne dans la guerre gréco-turque a fortement contribué à ce résultat (i) ».

On vend beaucoup d'armes à Gonstantinople. « Ces armes (il s'agit de pistolets de poche), nous dit la Chambre de commerce, Tenaient autrefois de la France, ensuite de la Belgique. Actuellement c'est l'Allemagne qui les importe. Ces pistolets sont réexpédiés dans l'intérieur, ils n'ont absolument aucune valeur ofTensive... Quant aux armes de guerre et aux munitions elles viennent toutes d'Allemagne depuis quelques années..., et atteignent un chiffre considérable. Actuellement l'infanterie ottomane a le fusil Mauser. Les canons sont fournis par l'usine Krupp. Les sabres et lames de sabre pour officiers viennent aussi d'Allemagne (2) ».

Les rapports des Chambres de commerce allemandes parlent fréquemment du profit que beaucoup de maisons allemandes retirent déjà et espèrent retirer plus abondamment encore pour l'avenir, de la création de chemins de fer dans la presqu'île des Balkans (3).

Le voyage de Guillaume II a causé une grande

(1) Handels-Museum, 9 juin 1898. Cf. le rapport de M. Dubreuil, Moniteur officiel du commerce, 8 février 1900, p. 216.

(2) Moniteur officiel du commerce, 13 janvier 1898, p. 34. Le consul de Sculari nous apprend de son côté que les Austro-Allemands font à eux seuls les deux tiers de l'importation en Albanie.

(3) V. notamment Jahreshericht der Handels-und Gewerbekammer zu Chemnilz fur 1897, p. 49. V. aussi Heintze. Eisenbahnen in der Tûrkei, 1896.

impression en Turquie et les Allemands y sont traités maintenant avec une déférence particulière. Ce sont des officiers de Berlin qui ont servi d'instructeurs à l'armée ottomane, l'escadre a été remise en état de navigation parles soins de l'amiral Von Hofe détaché à cet effet de la marine allemande. « Les Allemands jouissent d'une grande faveur auprès du sultan. Par contre, les Anglais sont vus d'un très mauvais œil dans toute la population musulmane. Les dernières mesures prises en Crète, à l'instigation du gouvernement britannique et que la situation rendait impérieusement nécessaires ont contribué à entretenir ce sentiment hostile. Le sultan compte maintenant beaucoup sur son ami l'Empereur d'Allemagne ».

Pour flatter le goût bien connu de ce dernier pour la représentation on lui a fait passer une revue de troupes : 10.000 hommes ont été habillés de neuf pour la circonstance ; le sultan a fait éclairer les appartements préparés pour son hôte à la lumière électrique : c'est une maison allemande, la maison Siemens et Halske, qui a été chargée de ce travail.

Le Hamburger Correspondent envisageait, il y a quelques jours, sous les couleurs les plus brillantes, l'avenir commercial de l'Allemagne en Turquie, en déclarant que le voyage de l'Empereur avait contribué dans une large mesure à assurer son succès futur (^).

(l) Il y a actuellement une reprise sensible des affaires. L'industrie

L'Allemagne va créer une chambre de commerce à Constantinople.

En Serbie, en Roumanie, en Bulgarie, les progrès des Allemands sont aussi très notables.

En Serbie, tandis que notre commerce d'importation reste à peu près slationnaire, celui de l'Allemagne, grâce à des tarifs de transport à prix réduit (surtout les tarifs par voies fluviales), grâce aux nombreux commis-voyageurs qui viennent deux fois par an s'informer des besoins de la clientèle, grâce aux crédits de six mois et plus, ne cesse de se développer W.

Le Serbe, disait naguère Arvède Barine, d'après un rapport consulaire anglais, est très attaché aux formes et aux modèles que lui ont transmis ses ancêtres. Il tient beaucoup plus à avoir un couteau à l'ancienne mode qu'un couteau bien

textile allemande est parvenue à « remporter de véritables succès sur le marché turc « (Rapport de M. E. Cor, Moniteur officiel du commerce, 2 février 1899, p. 136; 24 avril, p. 239). Ce sont des maisons allemandes qui ont obtenu la concession de l'éclairage électrique dans plusieurs villes de Turquie.

Sur le progrès des importations allemandes dans la péninsule des Ballkans en 1898, v. Handels-Museum, 23 mars 1899, p. 140. Cf. sur l'avenir de la Turquie, Contemporary Reoisio, avril 1899, et sur notre déclin commercial dans ce pays, Science sociale, mai 1899, p. 111,

(1) Rapport de M. Patrimonio, ministre de France, Moniteur officiel du commerce, 6 janvier 1898, p. 23. Les importations allemandes en Serbie ont été en 1897 de 4.808.235 francs (au lieu de 3.549.774 en 1896). Elles sont redescendues, il est vrai, à 4.288.112 francs en 1898. C'est encore un beau chiffre par comparaison avec celui de la France qui n'est que de 632.000 francs. L'Allemagne vient immédiatement après l'Autriche dans le mouvement d'affaires de ce pays. V. Moniteur officiel du commerce, 2 novembre 1899, p. 638.

trempé, mais d'une forme nouvelle, et ce n'est pas par pur caprice desapart: étant donnée sa manière de s'en servir, il se coupe moins les doigts avec le vieux modèle. Les fabricants anglais (nous pouvons ajouter les fabricants français) n'ont pas voulu se soumettre. Survient un Allemand qui s'empresse de copier un vieux couteau. Les siens ne coupent pas et ceux des Anglais coupent, mais ce n'est pas l'important!... La question de modèle ajoute le consul anglais, est également décisive pour les autres instruments (0.

En Roumanie, l'Allemagne occupe aujourd'hui le premier rang parmi les pays importateurs : ses importations métallurgiques par exemple ont triplé depuis huit ans. Les Allemands se jettent aujourd'hui sur ce pays et y ont déjà placé beaucoup d'argent : 760 millions de francs, alors que la France n'en a que 220 et la Roumanie elle-même que 200. « La Roumanie, dit M. Stroell dans une remarquable étude sur les rapports politiques et économiques de l'Allemagne avec la Roumanie, est un débouché excellent pour le commerce allemand, et doit se féliciter de s'être affiliée à la politique commerciale des dernières années ayant pour but d'unir tous les États de l'Europe centrale pour en faire comme un seul terrain économique ayant des intérêts communs (2) ».

(1) Hevue des Deux-Mondes, 15 septembre 1896.

(2)Jahrbuch fur Gesetzgebung, Verwallung und Volkswirlhschaft de Schmoller, t. XIX, 2e semestre, 1895, p. H 43. Cf, Deulsch-Fiumànischer Handel, Handels-Museum, 27 janvier 1898, p. 46.

232 l'essor commercial.

Les relations commerciales de l'Allemagne avec la Roumanie avaient même jusqu'en 1896 pris des proportions vraiment inouïes. Les importations avaient décuplé en quelques années : de deux millions de francs, elles avaient passé à 18 millions. Il y avait eu en 1897 un léger recul(i). Mais le Centralblatt fur die Walzwerke nous apprend que la plus grande partie des crédits (60 millions de francs) votés par le gouvernement de Roumanie pour construction de chemins de fer, de ponts et travaux de fortifications ont été consacrés à des commandes faites en Allemagne.

« L'xAllemagne, écrit le consul allemand de Kustendje, prend une large part au mouvement d'importation de ce pays. Il n'y a qu'un an que les charbons allemands ont fait leur apparition ici et maintenant le gouvernement roumain fait des commandes à un syndicat de Westphalie. Les charbons westphaliens arrivent en Roumanie par le port de Rotterdam. L'ouverture de la Deutsche Levante-Lxnie facilite singulièrement les relations avec l'Allemagne. Les marchandises qui demandaient jadis des mois pour arriver à Kustendje y parviennent maintenant en 20 ou 25 jours. Aussi rimportation allemande fait-elle ici de grands progrès ».

La compagnie Fives-Lille avait été appelée il y a quelques mois par les fondateurs de l'usine de

(1) Rapport du consul G. Wiet, Moniteur officiel du commerce, 3 mars i898.

Marasesei pour collaborer à la direction. Elle n'a pu vaincre la concurrence desindustriels allemands qui en échange de la fourniture du matériel ont souscrit le tiers du capital social (i).

Et il paraît que pour les produits textiles la situation est encore meilleure que pour les produits métallurgiques (2). L'x\llemagne semble actuellement redoubler d'efforts pour s'assurer le marché de toute cette région (3).

En Bulgarie il en est à peu près de même, à tel point qu'au dire de notre consul, la langue la plus usitée commercialement dans ce pays, c'est aujourd'hui l'allemand. De 1896 à 1897 l'Allemagne y a réalisé un progrès de 1.100.000 francs (4).

« De toutes les nations européennes l'Allemagne est celle qui a le plus développé son mouvement d'affaires avec ce pays; il a triplé depuis dix ans »i^).

L'augmentation du mouvement du port de

(1) Rapport de M. Descos, Moniteur officiel du commerce, 14 décembre 1899, p. 922. Cf. ci-dessous, notes additionnelles.

{2) Deutsche Textil-Waaren in Rumànien, Deutsche Induslrie-Zeitung, 5 oclobre 1899, p. 547.

(3) Versuche zur Hebung des deutsch-rumdnischen Handels-und Passagier Verkehrs, Handels-Museum, 19 octobre 1899, p. 500. V. aussi Moniteur officiel du commerce, 23 novembre 1899, p. 755. La situatioQ est un peu difficile en ce moment (décembre 1899) par suite d'une mauvaise récolle : on évalue le déficit de celte année à 200 millions. Le bétail roumain, jadis facteur important dans l'e.xportation du pays, est aussi en décadence. De 89 raillions dans la période 1880- 1885, l'exportation est tombée à 24 millions. La Banque nationale a dû élever l'escompte à 8 et même 9 0/0.

(4) Boris Minzer, Zwei Jahrzehnte deutsch-bulgarischer llandels- .beziehungen, Die Nation., 27 janvier 1900, p. 232.

(5) Rapport de AL Eugène Dubief, Moniteur officiel du commerce,

234 l'essor commercial.

Bourgas avec l'Allemagne a été cette année de 495. 951 francs; aucun autre pays n'arrive à un tel chiffre (i).

2° En Asie.

C'est surtout lorsqu'on jette les yeux sur le commerce de l'Allemagne dans les autres parties du monde qu'on est étonné de ses progrès. L'Allemagne estime en effet que l'Europe ne saurait lui offrir un marché comparable à ceux qui s'ouvrent à elle en Asie, en Afrique, dans les deux Amériques et même en Océanie. « La Chine, le Japon, l'Amérique centrale et méridionale, me disait un commerçant allemand, nous offrent à tout prendre des débouchés supérieurs à ceux des marchés européens réunis ». Quelques chiffres suffiront pour édifier le lecteur à cet égard.

Commençons par la Turquie d'Asie.

Il y a déjà plusieurs années que l'Allemagne a commencé à préparer le terrain commercial pour elle dans l'Asie mineure. Comme mesures préliminaires elle a poussé ses nationaux à coloniser l'Asie mineure. Elle a fondé à Brème la Gerinan Persian coîiimercial association quia une agence à Bushir sur le golfe Persique, a signé un arrangement avec la Roumanie pour avoir entre Berlin et Bukharest un service rapide, qui permet de ga-

9 mars 1899, p. 385. Cf. Industrie undGeicerbe in Bulgarien, Handels- Museum, 14 décembre 1899, p. 595.

(1) Rapport de M. Aldrovandi, Moniteur officiel du commerce, 18 janvier 1900, p. 94.

gner Constantinople depuis Berlin en 48 heures, et un nouveau service postal a été également établi entre les deux villes.

« Les marchandises importées par les ports de Smyrne et de Constantinople, dit notre consul de Rhodes, sont toutes allemandes... car elles se vendent encore meilleur marché que nos produits similaires français ». Mêmes lamentations de la part de notre consul de Trébizonde : « Le commerce allemand se développe chaque jour dans cette partie de la mer Noire ». Le consul d'Alep nous apprend que l'Allemagne depuis une dizaine d'années est en train de nous remplacer. « Les fabricants allemands, nous dit-il, mettent un soin jaloux à flatter les goûts de leur clientèle. Ils vont même parfois jusqu'à créer, sur une simple demande, des articles nouveaux appropriés aux besoins de la vie que mènent les Orientaux; ils sont servis en cela par une multitude de commis-voyageurs, dont les investigations scrupuleuses et fréquentes éclairent les fabricants sur toute amélioration à réaliser » (i).

Le consul anglais de cette dernière ville soumettait naguère à son gouvernement ces réflexions significatives : « Je suis malgré moi de moins en moins anglais. Mes chaussures sont françaises, mes habits allemands, les chaises de mon bureau sont de fabrication allemande, il en est de même de mes plumes, de mon papier et de mon tapis. La

(1) GruDzel, Die wirlhschofllichen Verhàlinisse Kleinasiens, 1897.

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bière que je bois est aussi allemaude. Il ne restera bientôt plus d'anglais dans ma maison que ma chair et mes os et les sentiments immuables qui m'animent. Oui, je dois le reconnaître avec tristesse, le commerce anglais en Syrie recule tous les jours (^) ».

« Nos voyageurs de commerce, écrit de son côté notre consul, continuent à laisser le marché de Damas à l'entière discrétion de leurs rivaux... Nous pourrions vaincre cette concurrence, si nos industriels s'occupaient aussi activement quêteurs concurrents du placement de leurs produits. On évalue déjà à 20 0/0 la part de l'Allemagne dans le commerce des étoffes dans le Levant, et Jaffa port jadis si français est en voie de devenir allemand » (2),

C'est la question des chemins de fer qui préoccupe aujourd'hui le plus les Allemands. On sait que la compagnie des chemins de fer d'Anatolie, qui représente en Asie les intérêts de la Deutsche Baïik, a obtenu la construction et l'exploitation de la ligne de Koniah à Bagdad. C'est un succès pour la diplomatie allemande. Et nous devons nous fé-

(1) Cf. le rapport du consul général d'Autriche à Trébizonde. Handels-Museum, 9 juin 1898, p. 393, et le Bulletin de la Chambre de coraraerce français de Smyrne. Plusieurs membres de la Société de colonisation allemande viennent de constituer un groupe spécial pour la colonisation de l'Anatolie.

(2) Le Bulletin de la Chambre de commerce française de Conslantinnple déclare aussi que nous pourrions encore, si nous le voulions, lutter facilement dans le Levant, avec le commerce allemand, V. Réforme économique, i^^ octobre 1899, p. 1015.

liciter que la Banque ottomane qui représente les intérêts français ait pu se réserver de souscrire une part importante du capital de fondation. Le chemin de fer de Bagdad doit être prolongé par les Allemands jusqu'au golfe Persique qui va être ainsi bientôt à 5 ou 6 jours de Berlin (D.

L'Allemagne ne perd pas son temps. Elle a déjà envoyé en octobre 1899 une mission d'études : le consul général Stenwich après s'être rendu à Alep est allé rejoindre le reste de la mission dans la vallée de l'Euphrate où les ingénieurs von Knapp, Mackensen et Habich étudient le tracé de la voie et son prolongement jusqu'à Bassorab (2).

Le nombre des consulats allemands en Asie mineure doit être augmenté et il s'est formé une Deulsch-Onentalische-Exportgesellschaft qui a son siège à Berlin avec des succursales à Constantinople, Smyrne et le Caire, et doit organiser dans un certain nombre de villes des entrepôts allemands. Les usines métallurgiques se félicitent déjà des résultats obtenus.

Mais c'est en Palestine surtout, dans ce pays oii notre influence a été si longtemps prépondérante,

(1) Kleinàsiatische Eisenbahnen, Handels-Museum, 14 décembre 1899, p. 399. Cf. Oberhammer uncl Zimraerer. Diirch Syrien imd Kleinasien, Berlin, 1899, Max von Oppenheira, vom Miltelmeer zum Persischen Golf, 1900, et Revue d'Orient, 10 janvier 1900, p. 14. V. aussi t6i(/., 20 novembre 1899.

(2) On estime que plus de 70 0/0 des dépenses nécessaires iront en Allemagne. La prolongation jusqu'à Bassorah en doublant la longueur de la ligne doublerait aussi le bénéfice des industries germaniques.

-238 l'essor commercial.

où l'on reconnaît encore unanimement notre protectorat moral, que la situation des Allemands a grandi. Depuis plusieurs années déjà, le mouvement de nos importations diminuait, alors que celui de l'Allemagne augmentait(^). Dès 1897, la mauvaise volonté du sultan pour les clients de la France s'est manifestée en plusieurs circonstances. Les Allemands ont été les ouvriers d'une sorte de conspiration générale contre notre influence. Le voyage de l'Empereur a notablement accru l'importance des relations de l'Allemagne avec cette contrée (-).

Tout récemment encore (janvier 1900), il se constituait à Stuttgart, à l'instigation du baron de Ellrichshausen, un <<. Deutscher Hilfsverebi fur Palàstina, qui se propose surtout de fournir de l'argent (à 4 0/0) aux Allemands installés en Palestine pour qu'ils puissent agrandir leurs entreprises ». On a déjà recueilli plus de 100.000 marcs et le roi de Wurtemberg' en a promis 10.000. Dès aujourd'hui les Allemands forment des groupes importants en Palestine et en Syrie (3),

Les voici qui pénètrent en Perse. Ils veulent profiter de l'intervention de la Russie pour y développer leur commerce et se substituer le plus possible aux Anglais. Il ne peut que nous être utile, écrivait il y a quelques jours la Gazette de

(1) E. Lamy, La France du Levant; Les causes de déclin. Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1899, p. 837.

(2) V. ci-dessous, appendice II.

(3) Questions diplomatiques et coloniales, 15 décembre 1899, p. 483.

Cologne, qu'une main ferme comme celle de la Russie, apporte de l'ordre et de la stabilité dans le pays et rende possible la mise en valeur rationnelle des grandes richesses inexploitées que renferme le sol de la Perse. Cela peut être surtout fort avantageux pour nous, en raison de l'entreprise allemande des chemins de fer de Bagdad W .

Les Allemands ne sont pas mécontents de leur mouvement d'affaires avec les Indes, en dépit de la situation qu'y ont les Anglais et des perturbalions si préjudiciables aux Européens dues aux variations du change l2).

« Il y a aux Indes, dit M. Klobukowski, quatre ou cinq maisons françaises contre une trentaine de maisons allemandes. Celles-ci travaillent également pour des maisons françaises, mais de façon à les éliminer progressivement. Elles se renseignent, recueillent des documents, et leur activité, qui inquiète si fort les Anglais, fait contraste avec notre incurie. Aussi, de la meilleure foi du monde, nos fabricants déclarent-ils que l'Inde est un pays perdu où il n'y a plus rien à faire (3)».

Notre consul faisait remarquer dans un rapport

(1) On enseigne maintenant rallemand à côté de l'anglais et du français à l'école polytechnique de Téhéran.

(2) V. rapport du consul allemand de Bombay du 27 juin 1897. Cf. Jahresbericht der Handels uni Gewerbekammer zu Chemnitz fur 1897, p. 37-39.

(3) Moniteur officiel du commerce, 20 mai 1897. Signalons toutefois une récente diminution dans les importations allemandes de lainage et de quincaillerie (Rapport de M. Vizzavona, Moniteur officiel du commerce, 18 janvier 1900, p. 96).

240 l'essor commercial.

antérieur que la plupart des articles envoyés aux Indes par les Allemands étaient de « très médiocre qualité, mais d'un bon marché extraordinaire. Les natifs, ajoutait-il, se laissent séduire par la modicité des prix, ne s'apercevant pas qu'ils font un très mauvais calcul ». Peut-être était-il un peu sévère en prétendant que « l'apparition des produits allemands sur un marché déprécie immédiatement la valeur des articles de bonne fabrication européenne et détermine au grand détriment de l'industrie consciencieuse et probe le triomphe de la camelote (1) ».

« L'Allemagne, disait plus récemment le comte de Potier, a vu son commerce de quincaillerie s'accroître considérablement aux Indes dans cette dernière année, avec les outils, qu'elle livre à 30 0/0 meilleur marché que les autres pays. Sous le nom d'articles de Paris nous n'importons que pour 85.000 francs de marchandises, et l'Allemagne en importe pour plus de 300.000. Nous n'importons que pour 350.000 francs de tissus de laine, l'Allemagne en introduit pour 2. 411. 000 francs(2). L'Allemagne est même arrivée à supplanter en partie l'industrie indienne du cache-

(1) Moniteur officiel du commerce, 15 avril 1897. Cf. sur l'exportation de machines allemandes aux Indes, Expert, 9 septembre 1897.

(2) Les dernières statistiques indiquent pour l'importation allemande de lainages un million et demide roupies, et pour l'importation française, 182 845. Handels-Museim, 14 décembre 1899, p. 592. J. A. Robertson, lieview and Tables relaling lo the Trade of Brilish India wilh British Possessions and Foreign Counlries for the year 1893-94 to 1897-98. Le mouvement général d'affaires de l'Aile-

mire en imitant les tissus employés comme châles, l'article bon marché seulement, mais c'est celui qui se vend le plus (i) ».

La conquête par les Allemands des marchés de rindo-Chine et des îles de la Sonde fait également des progrès ; l'Allemagne y a plus que décuplé ses ventes depuis dix ans. « Au Siam même, écrit le consul Hardouin, nous sommes maintenant dépassés (2) ».Aux portes de Saigon, dans notre Indo-Chine, les principaux moulins à riz appartiennent à une société allemande (3), Et à Haïnan, aux portes du Tonkin, il entre plus de vaisseaux allemands que de français.

Quanta la Chine, il y a déjà longtemps que les Allemands ont engagé d'importantes relations avec ce pays. Il y a un demi-siècle que des maisons de Hambourg y ont des succursales. Déjà en 1889, 712 navires allemands entraient dans le port de Hong-Kong contre 73 navires français W.

Le commerce de l'Allemagne avec l'Extrême- Orient s'est depuis trois ou quatre ans prodigieusement accru.

magne avec les Indes est triple de celui de la France. Handels-Museuni, 9 mars 1899, p. 109.

(1) Moniteur officiel du commerce, 16 juin 1998.

(2) Moniteur officiel du commerce, 17 mars 1898.

(3) Questions diplomatiques et coloniales, lerjanv. 1899, p. 13.

(4) Au premier janvier 1898, il y avait dans les ports de la Chine ouverts aux Européens, U.667 Européens installés et 636 maisons de commerce. Sur ce nombre, on comptait 950 Allemands et 104 maisons allemandes, contre 29 maisons françaises et 50 Français seulement. Sur la concurrence industrielle dans l'Extrême-Orient, v. Moni^ leur officiel du commerce, 9 septembre 1897, p. 326.

242 l'kssor commercial.

« En Chine, écrit notre consul de Canton, toutes les maisons étrangères qui s'occupent de la vente des articles de quincaillerie sont allemandes (*) ».

« Les relations commerciales de l'Allemagne avec la Chine et le Japon, nous dit de son côté le marquis d'IIéricourt (2), ne cessent de s'accroître. Les envois de l'Allemagne ont presque doublé dans ces 8 dernières années. On s'occupe beaucoup ici (à Leipzig) de ces deux marchés. Des livres spéciaux sont publiés sur ces contrées. Dans les journaux, dans les lettres des consuls, dans les rapports des sociétés d'exportation, dans les conférences faites aux sociétés de marchands, partout on invite les négociants à diriger leurs efforts vers ce pays, et on leur donne des renseignements et des conseils pour assurer la réussite (3) ».

« Le pays se transforme, écrit notre consul de Hankéou... Les Allemands ont pris une place considérable. Les maisons existantes, Melchen, Karberg, Carlowitz ont augmenté le nombre de leurs employés, de nouvelles maisons se sont créées; actuellement trois Allemands installent

(1) Cf. le rapport du consul allemand de Canton, résumé dans le Handeîs-Museum, 7 décembre 1899, p. 581.

(2) Moniteur officiel du commerce, 23 décembre 1897, p. 806.

(3) Mouvement d'atTaires (en millions de marcs) :

Imporlalioas Exportations

une albuminerie ». Un éditeur de Brème, M. Max Nôssler, qui s'est rendu lui-même au Japon, pour étudier Ja situation, a eu l'idée de publier un journal allemand-japonais Japanisch-deutscher Industrie Anzeiger, ainsi que des catalogues et des prix-courants en langue japonaise qu'il fait distribuer au Japon. Il vient d'en faire autant pour la Chine. Les consuls allemands de Yokohama, de Hiogo, d'Osaka, de Nagasaki, et de Shanghaï ont été officiellement invités à lui venir en aide. Ce journal, qui se tire à 1.500 exemplaires, paraît tous les trois mois, et donne une vue d'ensemble de toutes les branches d'exportation, en même temps que l'indication des prix à Yokohama et à Shanghaï. Il paraît d'autre part un journal chinois à Berlin (cà la Internationale Verlagsaiistalt). Ce journal qui porte le titre de Go-Goa-Chien- Weng, est patronné par les partisans des entreprises coloniales, et a pour but essentiel le développement de l'exportation allemande en Chine; il est expédié à tous les grands négociants chinois, aux vice-rois, aux mandarins et aux autorités W. Il y aurait une longue et curieuse étude à faire sur les efforts que font aujourd'hui les Allemands pour prendre pied en Chine. Nous en dirons quelques mots en parlant de la récente acquisition de Kiao-Tchéou i~). C'est aussi la question des chemins de fer qui est au premier plan.

(1) Das deutsche Exportgeschâft nach China, Export, 21juillet 1898, p. 365.

2) V. ci-dessous, appendice III,

Déjà, la ligne Woosung-Shanghaï-Nankin (environ SOO kil.), est entièrement aux mains des Allemands : elle a été exécutée par les frères Hildebrand, ingénieurs prussiens, et les travaux ont été effectués avec une étonnante rapidité. Les Allemands aujourd'hui ne cherchent pas tant à écouler les produits manufacturés qu'à placer à des conditions avantageuses leurs capitaux dans les riches mines de cette contrée, et à prendre une large part dans cette œuvre grandiose de la civilisation de la Chine à laquelle les peuples occidentaux sont appelés. Le terrain est si vaste qu'il y a, disent-ils, place pour tous les peuples. Et il y a bien du travail pour un siècle! Ils veulent être prêts en tout cas à profiter du mouvement d'affaires que l'ouverture prochaine du Transsibérien va amener avec ce pays(iV

Les Allemands se sont encore d'un autre côté rapprochés de la Chine depuis qu'ils ont acheté (juin 1899) les îles Mariannes, Carolines et Palaos. Leurs progrès dans l'Extrême-Orient sont considérables (^) : ils sont devenus de sérieux concurrents

(1) Von Miller, Der Krieg zwischen China undJapan, 189S,

(2) Les Allemands viennent maintenant en Chine immédiatement après les Anglais. Ils y exportent déjà pour plus de 50 millions de marcs de marchandises, alors que dans la dernière période quinquennale nos exportations n'ont pas dépassé 3 millions et demi. « Nous ne comptons pour ainsi dire pas, dit M. Henri Breuner, nous avons en Chine des maisons religieuses, mais pas d'établissements commerciaux. Je ne pense pas en effet, ajoute-t-il, que le nombre des maisons françaises dépasse huit ou dix. Nous continuons à payer des commissions à des maisons étrangères soit à l'aller, soit au retour ».

LE COMMERCE EXTÉRIEUR. 'ii^

pour le commerce britannique. 11 y a aujourd'hui 107 maisons de commerce allemandes en Chine occupant 1.600 personnes.

Le développement des rapports maritimes de l'Allemagne avec la Chine, écrit M. Cor, s'accentue d'année en année. La marine marchande allemande a pris le deuxième rang dans les eaux de la Chine, immédiatement après l'Angleterre. Elle englobe plus de 55 0/0 du mouvement afférent aux marines des états européensen dehors de la Grande- Bretagne. La France et la Suède-Norvège suivent d'assez loin. La navigation au cabotage assure aussi de larges profits aux armateurs allemands. On donne pour le dernier exercice le chiffre de 1901 voyages accomplis entre ports chinois par des navires allemands.

Les entreprises allemandes dans la province de Chan-toung ne peuvent qu'aider à une expansion encore plus considérable de la navigation allemande dans ces parages. On compte beaucoup sur l'importance des mines de charbon de cette région pour assurer à la marine allemande dans les eaux de l'Extrême-Orient, \di prééminence sur les pavillons des antres nations européennes (^).

On vient de décider l'établissement d'un service de vapeurs allemands dans le bassin du Yang-Tse- Kiang monopolisé jusqu'ici par des compagnies de navigation à vapeur anglaises (2).

(1) Moniteur officiel du commerce, 8 février 1900, p. 221.

(2) V. German commercial Steamers for the Yaurj-tse-Kiang, Journa

246 l'essor commercial.

Depuisquelques années d'ailleurs les Allemands ont mis un grand nombre de petits \apeurs en circulation sur les côtes de Chine et « se sont faits les rouliers des mers chinoises (') ».

Ils viennent en outre d'acheter les deux lignes de steamers qui relient la Chine et le Siam, les ports de Singapour, de Bangkok et de Hong-Kong. Cette acquisition contribuera à faire passer à l'Allemagne la suprématie commerciale détenue jusqu'ici par l'Angleterre.

Les Allemands bénéficieront en outre des transports considérables qui se font du Siam en Chine.

Les Allemands cherchent aussi à multiplier leurs relations avec le Japon. « L'Allemagne, nous dit le vicomte du Dresnay (2), se partage maintenant avec l'Angleterre le commerce d'exportation dans cette contrée ». Les importations allemandes y augmentent cinq fois plus vite que les importations anglaises (3).

duBoanl of Traf/e, juillet 1899, p. 32. C'est la maison Melchers et C'e de Brème qui a celte entreprise, et quatre vapeurs allemands doivent circuler sur ce fleuve à partir de mars 1900. Cf. Divers articles du Di'orih China Hei-ald de Slianghaï, notamment 10 janvier 1900, p. 43. « The Bristish Merchanl service » .

(1) R. Pinion, La Chine qui s'ouvre, 1900, p. 43.

(2) Moniteur officiel du commerce, 6 janvier 1898, p. 26.

(3) Cf. sur les progrès du commerce allemand avec le Japon, Handels-Museum, 13 janvier 1898, p. 19, et 2 décembre 1897, p. 627. L'introduction des cotonnades allemandes au Japon grandit chaque année au détriment des cotonnades anglaises. Cf. Ernest Oppert, Oslasialisclie Wanderungen, Stuttgart, 1899; H andels- Muséum, ii avril 1899, p. 174, et Moniteur officiel du commerce, 23 novembre 1899,

Le mouvement comparé des affaires du Japon avec la France et l'Allemagne donne les chiffres suivants : la valeur des produits japonais à destination de la France a été en 1896 de 19.027.889 yens, tandis que le Japon n'a importé que pour 7.682.346 yens de produits français. La valeur des produits japonais à destination de l'Allemagne n'a été au contraire que de 2.972. 136 yens, mais le Japon a reçu des produits allemands pour 17.183.953. C'est-à-dire que nous avons reçu sept fois plus de produits japonais que l'Allemagne, mais que nous avons expédié au Japon 60 0/0 de moins que ce dernier pays. La France, en dépit de ses vieilles relations avec ces Japonais que l'on appelle quelquefois les « Français de l'Orient », ne figure plus que pour 4 1/2 0/0 dans les importations au Japon; l'Allemagne figure déjcà pour 10 0/0, et elle expédie dans ce pays quatre fois plus qu'elle n'en reçoit (^).

p. 739. Quelques chiffres donneront une idée des progrès qu'a faits l'importation de machines allemandes depuis 4 ans au Japon (en 1000 yens).

Ânoées.

(1) Byron Brenan, consul d'Angleterre à Canton, dans un récent rapport sur le commerce de son pays avec le Japon, fait de curieuses comparaisons entre les méthodes adoptées par les Allemands et celles suivies par ses compatriotes. V. Journal du Board of Trade, janvier 1898, p. 15. Sur l'iraportalion des produits chimiques allemands en Corée, v. Moniteur officiel du commerce, 16 novembre 1899.

248 l'essor commercial.

On comprend que l'Allemagne ait jugé utile d'organiser une grande mission d'études pour se rendre un compte aussi exact que possible des ressources que ces pays d'Extrême-Orient peuvent offrir à son industrie. Subventionnée par un certain nombre de chambres de commerce et pourvue de toutes les ressources nécessaires, cette mission est revenue en Allemagne après une absence de plus de treize mois. Les principaux centres d'opération ont été la Chine et le Japon. Elle a séjourné environ cinq mois dans chacun de ces pays. Elle a également parcouru la Corée, et sur la fin du voyage quelques membres sont allés aux Philippines, au Siam, à Java et dans une partie de l'Inde.

La mission a fait un long séjour à Hong-Kong et à Shanghaï, elle a étudié la vallée du Yang-Tse- Kiang, visité ses principales villes, en particulier celle de Schesi, récemment ouverte, qui, comme centre de l'industrie domestique chinoise et comme point de jonction de plusieurs grandes routes commerciales, prend une place importante dans la vie économique de la Chine intérieure. Elle a étudié surtout de près la riche province de Tche-Kiang et le sud de celle de Kiang-Si au point de vue de l'utilisation des canaux, et visité les deux grandes villes d'antique renommée Hang-Tchéou et Su- Tchéou.

Le Japon a été ensuite parcouru dans toute son étendue de l'île d'Yéso à celle de Riou-Siou; les membres de la mission ont même jugé à propos de se séparer à cause des très grandes diversités

qui se présentent dansla vie économique de ce pays.

Toutes ces entreprises inquiètent fort l'Angleterre, qui, se défiant de plusen plus de l'Allemagne, proteste de ses boa nés intentions.

L'Angleterre, écrivait récemment le major Cavendish, ancien attaché militaire à Pékin, ne rêve nullement un partage du céleste Empire, elle entend seulement assurer la meilleure situation possible à son commerce, et s'assurer des débouchés dans toutes les parties de la Chine. Or l'empire chinois est actuellement menacé par la Russie : les efforts de la France et de l'Allemagne sont peu de chose à côté de ce danger. La Mandchourie entière est déjà pour ainsi dire russifiée. Les Anglais ne sauraient espérer que la Chine, dont les fonctionnaires sont si corrompus, offre à l'invasion russe la moindre résistance. La guerre de 189.5 avec le Japon a montré la faiblesse militaire de la Chine. L'Angleterre ne doit compter que sur elle-même pour maintenir l'intégrité de l'empire chinois. Elle doit suivre la politique qui lui a réussi en Egypte. Les Anglais le comprennent parfaitement. Ils travaillent à se faire donner par le gouvernement chinois la permission d'organiser une armée chinoise avec des cadres en partie anglais, et espèrent obtenir cette permission sans trop de difficultés, car le gouvernement chinois comprend mieux chaque jour le danger qui le menace. La Chine a ofTert Wei-Hai-Wei à l'Angleterre, précisément parce qu'elle sentait l'impossibilité de maintenir cette position contre la Russie.

250 l'essor commercial.

L'Angleterre, ajoute Cavendish, saura s'appuyer au besoin sur le dernier traité aux termes duquel la Chine s'engage à ne permettre à aucune puissance de prendre pied dans la vallée du Yang-Tse- Kiang. Si la Chine ne peut offrir aucune garantie à cet égard, l'Angleterre doit se charger d'assurer le respect de cet engagement (^).

La Sibérie prenant chaque jour plus d'importance au point de vue économique, l'effort des Allemands se porte également sur ce vaste pays. Sous le nom de Deutsche Sibirische Handels-imd Schiff'fahrtsgesellschafton a créé à Hambourg une société de capitalistes etd'industrieisqui s'efforce d'organiser un trafic maritime régulier entre l'Allemagne et la Sibérie en utilisant les fleuves de l'Obi et de riénisséi. On cherche en outre à développer les relations commerciales déjà existantes entre l'Allemagne et la région de l'Amour ; on a établi des agences commerciales à Moscou, Tiumen et lénisseisk, agences où seront réunies des collections d'échantillons de toutes les marchandises susceptibles

(1) Le major Cavendish a élaboré au surplus tout un projet d'organisation de l'armée anglo-chinoise : elle devra comprendre une armée du Nord et une armée du Sud. La première qui aura pour base d'opérations Wei-Hai-Wei, sera chargée de défendre le territoire du Yang-Tse contre les Russes. L'autre, avec Hong-Kong pour base, défendra Canton contre toute tentative d'invasion de la France. Cette force militaire ne devra pas être inférieure à 200.000 hommes (répartis en 100 régiments de 2.000) sans parler de l'artillerie indispensable et de troupes montées dans le genre de la cavalerie égyptienne. Il devrait y avoir dans chaque régiment en moyenne 5 officiers, et 5 sous-officiers anglais, ainsi qu'un médecin. Cavendish indique même la façon dont cette armée devra se recruter.

LE COMMERCE EXTÉRIEUR. "loi

d'être échangées contre les nouveaux produits sibériens (^). Les Allemands n'hésitent pas à chercher à se créer de nouveaux marchés dans ces immenses territoires à peine ouverts à la civilisation et ils font certainement preuve de clairvoyance en s'établissant dans des régions qui ont devant elles beaucoup d'avenir.

La maison Kunst J. Albers de Hambourg a installé une succursale à Vladivostock et cherche de là à répandre ses produits dans toute la contrée. C'est une sorte de « Bon Marché » en miniature qui vend de tout et fait même de la banque. A Keurgane, un industriel allemand achète des boyaux de mouton pour y mettre de la charcuterie à l'usage des troupes (^).

§ 3. — En Afrique.

Les progrès des Allemands en Afrique, bien qu'ils soient moins accentués qu'en Asie, sont aussi notables. Sur la côte de la Méditerranée, en Egypte, en Tripolitaine, enTunisie,enAIgérie, ilstrouvent devanteuxles Anglais, les Français et mêmeles Italiens, dans des positions trop fortes pour qu'ils puis-

(1) V. Foreign office, Annual séries, 1898, n»2104. Cf. Keyserlingi Vom Japanischen Meer zum Ural. Breslau, 1898. B. Schwarz, Quer durch sibirien, 1898. Les Allemands ayant conscience de noire supériorité au point de vue du goût font croire que les articles qu'ils tâchent d'écouler en Sibérie viennent de la France. Communication de M. Mangin, Bulletin de la société de géographie commerciale, 1898, nos 7-9, P.401.V. aussi Moni/ewr officiel du commerce,! nowemhre 1898.

(2) Cf. J. Legras, En Sibérie, 1899.

sent du jour au lendemain les en déloger. Et pourtant dans ces pays mêmes, où leur nom était jadis à peine connu, ils sont déjà parvenus à s'introduire en grand nombre.

Les importations dans la Tripolilaine, qui ne dépassaient guère 200.000 francs en 1890, atteignent aujourd'hui près d'un million.

En Egypte, elles ontplusque Iriplédepuis quinze ans (0. M. 0. Horowitz, secrétaire de la chambre de commerce d'Alexandrie, prodigue aux fabricants allemands les exhortations et les avis. Ses conseils concordent tout à fait avec ceux que donnaient récemment à nos nationaux, M. de Lacretelle à Alexandrie et M. Gérard au Caire, leur recommandant de s'occuper davantage des goûts de la clientèle, de la faire visiter par des gens sérieux, d'accorder des facilités de paiement, d'organiser des dépôts bien dirigés, enfin de soigner l'intermédiaire et de lui laisser un assez large bénéfice i-). Ces conseils, les Allemands les suivent malheureusement beaucoup mieux que nous (3).

L'Allemand jette aussi son dévolu sur le Maroc. Le traité de commerce qu'il a conclu en 1890, lui assure de précieux avantages (^). Déjà deux lignes

(1) Rapport de Rennell Rodd, Foreign office, 1896, Miscellaneous séries, n» 391.

(2) V. Bulletin de la Chambre de commerce française d'Alexandrie. Cf. Moniteur officiel du commerce, i\ janvier 1900, p. 69.

(3) V. Handels-Museum, 13 janvier 1898, p. 21.

(4) Sur le mouvement du commerce allemand à El Arisch, Rabat, Masighan, Mogador, Algadir, Fez, v. Schwob, op. cit., p. 91-95. Cf. la récente étude de M. Gustave Wolfrom. Une ambassade spéciale a

de navigation allemande, la C'^ Woermann, et la G'^ Oldeoburg-portugiesische font le service de la côte atlantique du Maroc, et le nombre des maisons allemandes, et surtout des employés de commerce allemands s'accroît notablement (i).

L'Allemagne va être bientôt reliée par un cable allemand aux Açores. C'est un ancien projet français qui a été abandonné et que l'Allemagne a repris à son compte. Des Açores le câble allemand ira aux États-Unis, et, dans quelques mois sans doute, l'Empereur pourra échanger des messages directs avec l'Amérique.

Les résultats obtenus par les Allemands dans l'Afrique méridionale sont encore plus satisfaisants pour eux que dans l'Afrique du Nord, parce que là ils s'attaquent directement aux Anglais dans leur propre domaine, et c'est jusqu'ici dans les colonies anglaises, à la faveur d'un régime économique plus libéral, qu'ils avaient pu faire les meilleures affaires. Les exportations allemandes vers le Cap, vers Durham, vers Natal, chez les Boërs, à Zanzibar, sont considérables et la position des Allemands se consolide chaque jour. Ce sont actuellement des usines allemandes qui fournissent en grande partie le

été envoyée auprès du gouvernement chériffien (juin-juillel 1898) afin d'obtenir, soi-disant pour un dépôt de charbon, la cession, à bail ou autrement, d'un territdlre sur la côte du Maroc.

(1) Rapport de M. H. Gaillar, Moniteur officiel ducommerce, 25 janvier 1900, p. 125, mais le commerce allemand se développe difficilement dans ce pays. Cf. Victor CoUin. Le Maroc et les iïitérêls belges, Louvain 1900, chap. V. Les convoitises européennes.

254 l'essor commercial.

matériel des lignes de chemins de fer en construcliou dans celte région (i).

Au cours des quatre dernières années les envois allemands au Transvaal et au Cap ont triplé de valeur. L'Allemagne ne fournissait à ces deux pays en 1892 que pour 4 millions de machines et de matériel de chemins de fer. Elle en fournit pour plus de 12 millions aujourd'hui (2).

L'exportation totale de Hambourg au Cap a passé en 5 ans de 8.600. S80 marcs à 22.830.300 marcs, soit une augmentation de 230 0/0 (3). « Nulle part, dit M. Cor, les relations commerciales de l'Allemagne ne se sont développées plus rapidement qu'au Transvaal. Le port de Hambourg qui, en 1891, n'exportait au Transvaal que 273 quintaux métriques de marchandises valant 42.990 marcs, en a, en 1896, exporté 53.417 valant 6.081.060 marcs. Sur ce chiffre les machines figurent pour 461.520 marcs, les fusils et munitions pour 2 millions 125.650 marcs. La ligne Ost-Afrika créée en 1890, qui a son débouché principal dans

(1) Zum Export nach Sudafrika, Export, 24 août 1899, p. 418. Des négociations ont lieu actuellement entre l'État indépendant du Congo et l'Allemagne qui désire étendre ses possessions jusqu'au lac Kifu, et porter sou influence au pays de Ruanda situé au nord du Tanganika.

(2) « Le commerce français n'a au contraire, au Transvaal, fait aucun progrès». Rapport de M. Aubert. Moniteur officiel du commerce, 14 décembre 1899, p. 908.

(3) Moniteur officiel du commerce du 6 janvier 1898. Cf. Trade between Ilamburg and Afrika. Eoreign office, Micellaneous séries, septembre 1898, n" 479.

la baie de Delagoa, rend de grands services (*). Elle attire le plus possible le commerce qui était jusqu'alors aux mains de négociants anglais du Cap. Les relations commerciales allemandes avec la république des Boërs paraissent appeler à un grand avenir ».

Les Allemands ont à Johannesburg une société d'assistance et une sorte de club. Ils sont nombreux, aujourd'hui dans cette ville et dans les environs (2).

Les journaux allemands ne manquent pas d'appeler l'attention du commerce allemand sur la situation nouvelle dans laquelle va se trouver l'Afrique méridionale après la guerre. Ils engagent les négociants à prendre dès maintenant leurs mesures pour profiter du discrédit dans lequel vont se trouver leurs concurrents anglais, et pour se glisser à leur place.

Dansl'Afrique orientale la rivalité des Allemands et des Anglais s'accentue. Le gouvernement allemand a informé le conseil colonial qu'il veut prendre en main la construction du chemin de fer qui partant de Dar el Salam se dirigera vers l'intérieur.

§ 4. — En Amérique.

En Amérique, les Allemands ont trouvé un champ d'action plus favorable pour eux que l'A-

(1) Deiitschlands Postdampferverbindungen mit Sudafrika, Handels-Museiim, 7 décembre 1889, p. 588.

(2) F. Reginald Slalham, Sud-Afriha wie es isl. (Trad. Ballzer, Berlin, 1897). V. aussi E. Foa, L'invasion européenne en Afrique. Bulletin de la société des études coloniales et maritimes, 31 mars 1899.

frique dont le climat les éprouve beaucoup.

Oq sait combien ils sont nombreux dans toute l'Amérique du Nord. Depuis soixante ans plus de six millions d'Allemands se sont établis aux États- Unis. A New-York môme, il y en a plus de 400.000 et près de 300.000 à Chicago. Depuis la guerre de sécession surtout, ils ont réalisé des progrès étonnants, surtout aux dépens de notre exportation française. Encore en 1880 nous avions sur l'Allemagne une avance de V20 millions de francs ; douze ans plus tard la proportion est renversée. De 189i à 1895, la moyenne des affaires de l'Allemagne avec les Etats-Unis a été de 591 millions dé marcs par an; l'Allemagne vient immédiatement après l'Angleterre, et même dans quelques ports son trafic est plus important que celui des Anglais (0. L'exposition de Chicago a encore augmenté l'afflux aux États-Unis des produits allemands.

Un syndicat de capitalistes allemands a acheté près de cette ville un vaste terrain pour y installer une fabrique d'acier qui est appelée, dit-on, à dépasser toutes les fabriques américaines existantes. Les Allemands en question disposent de capitaux

^1) Mouvement d'affaires des États-Unis avec l'Allemagne :

Exportation

Importation

Pour plus de détails, v. ci-dessous appendice IV.

considérables. Ils ont compris combien la concurrence est difficile en Europe sur ce terrain et ils ont, avec l'esprit d'initiative qui les caractérise, décidé de venir sur les lieux même combattre la concurrence américaine (^).

On se plaint néanmoins beaucoup de la difficulté qu'ont aujourd'hui certaines industries à écouler leurs produits vers les Étals-Unis. Voici par exemple quel a été pour les produits textiles le mouvement des affaires dans la circonscription de Chemnitz en 1895-1896-1897 :

de coton de soie de laine

TRICOTAGES

en coton en soie en laine

La diminution est sensible, mais il y a quelque exagération à dire que le « marché américain s'est fermé (2) ». Le recul de l'année 1896 pour les pro-

(1) Rapport de M. E. Mérou, Moniteur officieldu commerce, i^'^ septembre 1898, p. 281. Une maison allemande de Crefeld, la maison Audiger et Meyer, a pris des arrangements en vue de l'installation d'une fabriquée Paterson. Le capital fixé à 100.000 dollars a été souscrit en grande partie par la Bergisch-Màrkische Industrie Geseltschaft de Barmen. Plusieurs fabriques d'étoffes allemandes sont à la recherche d'endroits propices pour installer des succursales aux États- Unis.

(2) V. sur les conséquences du tarif Dingley un article du journal du Board ofTrade, novembre 1897, p. 529, d'après les rapports de l'ambassadeur d'Angleterre à Berlin.

258 l'kssor industriel.

duits de l'industrie textile, a été en partie la conséquence d'un certain encombrement du marché des États-Unis. Mais si l'industrie textile est gravement atteinte, les autres industries allemandes n'ont pas à se plaindre. Ainsi dans le district de Francfort l'exportation s'est notablement relevée, elle a augmenté de 4,6 millions de marcs pour l'année 1897. Il en est de même dans le district de Barmeu (notamment en ce qui concerne les produits chimiques, les couleurs, les soieries et même les cotonnades) (i).

Sur 16 millions 1/2 de francs de jouets importés aux États-Unis, l'Allemagne figure pour 15 millions (et nous pour 930.000 francs seulement) (2).

Les journaux allemands ont fait aussi remarquer avec une vive satisfaction l'augmentation croissante de l'entrée des vins allemands aux États- Unis : 70.980 gallons de plus en 1897 qu'en 1896 (3).

(1) Sur l'importation allemande aux États-Unis, jusqu'au 30 juin 1899, V. Deutsches Handelsarchiv, novembre 1899, p. 817. Cf. ibid. septembre 1899, p. 426.

(2) Rapport du consul Bruwaert, Moniteur officiel du commerce, 24 février 1898. Handels-Museum, 3 février 1898, p. 59. L'exportatiou des produits divers que les Allemands appellent Galanleriewaaren (bijouterie, petite quincaillerie, articles de fumeurs, bibelots, etc.), ne cesse de grandir (Lettre du consul de Chicago, ibid., p. 57). Le commerce allemand dans le port de Philadelphie est plus que quadruple du nôtre, 6.350.746 dollars, contre 1.756.269. Moniteur officiel du commerce, 23 janvier 1900, p. 143,

(3) D'après la Bôrsen Zeilung nos vins mousseux français auraient subi un recul important. Il n'en serait entré en 1897 que 171.888 bouteilles dans le port de New-York, alors qu'en 1880 le chiffre s'élevait à 342.867.

Au total, l'exportation allemande s'eslélevée pendant l'année 1897à97.347.0001i\Tessteriingaulieu de 92.425.000 en 1 896. Les craintes qui s'étaient manifestées au début ne se réalisent donc qu'à demi (i).

Le fait le plus significatif, c'est la rapide augmentation de popularité et d'usage en Allemagne des machines et des outils américains, qui sont aujourd'hui nous dit un consul « à la mode parmi la classe la plus avide de progrès ». La faveur s'étend spécialement en ce moment aux machines pour faire des chaussures et pour tanner, aux tours et rabots automatiques, aux machines à moudre, et à toute la série des machines employées dans la construction des cycles... Le consul ajoutait, non sans quelque raison peut-être, que cette faveur accordée à l'outillage américain rendra peut-être les manufacturiers allemands plus capables et leur marché intérieur plus indépendant des importations de produits manufacturés des autres pays.

Notons aussi en passant l'influence scientifique énorme que l'Allemagne exerce aujourd'hui sur les Étals-Unis. On sait avec quelle ardeur les Américains se sont depuis quelques années jetés dans la mêlée scientifique. C'est par milliers qu'ils viennent aujourd'hui en Allemagne s'imprégner des

(1) Au fond on ne désire nullement en Allemagne une guerre douanière avec les États-Unis; on a seulement agile la question d'une conférence des grandes puissances européennes destinée à mettre un terme à la politique d'expansion des Américains. Nous donnons cidessous, Appendice IV, un aperçu de la situation économique des États-Unis, et des sentiments de l'Allemagne envers ce pays.

260 l'essor commercial.

méthodes allemandes. L'influence de la civilisalioa germanique aux Etats-Unis grandit avec une extrême rapidité (i).

11 n'y a pas aux Etats-Unis moins de 23 sociétés allemandes destinées à venir en aide aux émigrés allemands. La plus importante est la German Society of Chicago qui dispose d'un capital de plus de 40.000 dollars. A Milwaukee 66 0/0 des habitants sont allemands; viennent ensuite Hoboken (56 0/0), Davenport (46 0/0], Détroit (4i 0/0), Buffalo (41 0/0), Cincinnati (40 0/0), Cleveland (39 0/0), New-York (38 0/0), etc. Il n'y a pas moins de 833 journaux allemands aux Etats-Unis dont 101 quotidiens (2),

Au Canada les progrès des Allemands sont aussi très rapides.

(Quelques chiffres donneront une idée de la

marche croissante de l'importation (en quintaux

métriques).

Sucre brut 176.058 378.505

Porcelaines 3.382 4.270

Draps 984 1.191

Blanc de plomb 14.204 20.774

Bonneterie 821 824

Jouets 2.674 8.433(3)

(1) A Washington les Allemands, dirigés par Mgr Schrœder, ont déjà réussi à évincer Mg' Keane, l'un des ouvriers de l'œuvre de Léon Xlll aux États-Unis.

(2) Die nationale Aufgabe der Deutsçhamerikaner Gegenwarl, t. 56 (1899), p. 33.

(3) Sur le commerce des Allemands avec le Canada, v. aussi Mo-

La silualion paraît également satisfaisante au Mexique. L'effort des Allemands s'est depuis quelques années, beaucoup porté sur ce pays. Ils y ont déjà placé pour 200 millions de dollars. L'importation allemande soutient aujourd'hui la concurrence contre celle des États-Unis et le mouvement d'afiFaires entre le Mexique et l'Allemagne augmente rapidement(i).

Il en est de même au Guatemala oij les Allemands ont placé pour 140 millions de dollars et font maintenant autant d'affaires que les Anglais. Au Nicaragua il y a déjà 200 Allemands. Ils se répandent maintenant dans les Antilles. Haïti est en train de devenir une colonie de Hambourg. Le port de Cayes reçoit 52 vaisseaux allemands (contre 22

niteur officiel du commerce, .3 août 1899, p. 150. Cf. Handels-Museum, 2 février 1899, p. 59.

(1) V. Deulsches Handelsarchiv, février 1897. Cf. Mexiko als Absalzgehiet deulscher Erzeugnisse. Deutsche Industrie-Zeitung, juin 1897, p. 188 et Lie Deulschen in Mexiko. Export, 11 août 1898, p. 397. Mouvement d'affaires de l'Allemagne avec le Mexique (en marcs). Exportation Importation

Notre chiffre d'affaires, au contraire, n'a cessé de décroître, aussi bien pour les importations que pour les exportations. « Il est indispensable que nos fabricants français modifient leur manière de procéder, sous peine de perdre définitivement un marché qui présente une réelle importance ». Rapp. de M. Georges Benoit, Moniteur officiel du commerce, 9 juin 1998, p. 725.

français et 15 anglais). Les noirs de notre ancienne colonies de Saint-Domingue, qui parlent à peu près notre langue, sont maintenant tout à fait tombés sous la domination commerciale de l'Allemagne.

Dans l'Amérique du Sud, partout où ils peuvent résister au climat, les Allemands pullulent. Et s'ils ontàsouffrirparfois du désordre et des révolu lions don tu ne partie des États sud-américains sont le théâtre, ils réagissent avec une énergie incroyable contre ces difficultés (i).

Dans la Colombie, au Venezuela, à l'Equateur, ils sont encore peu nombreux surtout à cause du climat tropical (2).

Et pourtant ils ont déjà fait bien des progrès.

(I) Le mouvement d'affaires de l'Allemagne avec l'Amérique du Sud présente beaucoup de variations, comme le prouve le tableau suivant :

République Argentine

Brésil

Chili

Venezuela

Uruguay

Colombie

Equateur

Pérou

Bolivie

IMPORTATION (enmill°n' de marcs)

EXPORTATION (eDmill°n» de marcs)

(2) V. Fritz Regel, Kolumbien, 1899.

« Au Venezuela, nous dit notre consul, les machines industrielles étaient jadis un monopole de l'Angleterre. Elles viennent aujourd'hui d'Allemagne. L'Allemagne envoie dans ce pays : aciers, fers, aiguilles, épingles, bonneterie, batterie de cuisine, cuirs, peaux, cordes, ficelles, coutellerie, etc. (i) ». C'est à la grande compagnie des chemins de fer vénézuéliens que l'Allemagne doit d'avoir pu démontrer à ces pays sa capacité de production.

C'est au Brésil surtout que les Allemands espèrent trouver un terrain d'action favorable (2). Depuis 1825, époque à laquelle remontent les débuts de l'émigration, ils se sont installés en grand nombre dans les trois provinces méridionales dont le climat leur convient mieux, et y écoulent avantageusement leurs produits. La province de Saint- Paul est celle où ils se portent aujourd'hui de préférence (3). 11 n'y a pas aujourd'hui moins de 250.000 Allemands au Brésil (■*) et les journaux coloniaux ont donné depuis deux ans une série d'articles sur la question de savoir dans quelle mesure

(1) Rapport de M. Quiévreux, Moniteur officiel du commerce, 31 mars 1898. Cf. i6id., 8 octobre 1896, p. 986. Les Allemands ont déjà placé au moins 200 millions de marcs dans ce pays.

(2) V. Schanz, Bas heutige Brasilien, Land, Leute undwirlhschaftliche Verhàllnisse, Hambourg, 1893.Morilz Lamberg, Brasilien. Leipzig, 1900.

(3) Cf. J. V. Siemiradzki, Der Staat Sao Paiilo in Brasilien, Geographische Zeitsclirift, V (1899), fasc. 6, p. 318.

(4) Une partie de ces Allemands a élé transformée par les slatisliques officielles en Brésiliens.

264 l'essor commercial.

les provinces de Saint-Paul et de Minas Géraes conviennent à la colonisation (i).

Beaucoup de maisons allemandes y font déjà de bonnes affaires. Une des principales industries est celle des grès vernissés que le gouvernement brésilien emploie aujourd'hui pour les travaux d'eaux et d'égouts, aux lieu et place des tuyaux de fonte qui sont plus coûteux. Or c'est une maison allemande qui s'est rendue concessionnaire et elle fait venir tous ses produits d'Allemagne (2),

Une compagnie hanséatique de colonisation a été constituée au capital de 75.000 liv. st., et s'occupe en ce moment de développer la colonisation allemande dans la province de Sainte-Catherine.

Une autre société s'est formée en juin 1898 à Hambourg pour créer aux environs de Rio Grande do Sul un territoire propre à la colonisation. On a acheté 1.645.000 hectares. Le capital primitif a été de 2 millions de marcs porté à 10 : on a obtenu du gouvernement brésilien des faveurs toutes particulières.

Il vient enfin de se fonder à Berlin une associa-

(1) Karl Ballod, Die Bedeutung von Siidbrasilien fur die deutsche Kolonisation, Jahrbuch fur Gesetzgebiing, de SchmoUer, t. 23, (1899), [I, p. 233. V. aussi Deutsche Interessen in Brasilien, Export, 30 mars 1899, p. 157. Cf. ibid., 8 juin, Erlebnisse eines deutschen Kolonisten in Sûdbrasilien. Adde Deutsche Kolonialzeilung , 8 septembre 1898, p. 237; £:a;j3or<, 18 aoùl 1898, p. 413; et le dernier rapport de M. Georges Ritl, Moniteur officiel du commerce, 23 juin 1898, p. 785. Cette région paraît beaucoup souffrir de la crise économique que traverse le Brésil et de la baisse persistante du change.

(2) Moniteur officiel du commerce, 13 janvier 1898, p. 53.

tion germano-brésilienne [Deutsch-brasilianischer Verein), dont le but est de dériver le plus possible le commerce extérieur du Brésil vers l'Allemagne.

Les femmes, paraît-il, sont nombreuses parmi les immigrants et contribuent au maintien de la nationalité; les mariages mixtes sont assez rares. La langue allemande conservée par les sociétés locales, par les agences des trois grandes sociétés allemandes qui poursuivent un but analogue à notre Alliance Française, par les églises (surtout luthériennes), par les écoles [Realschule de Porto Alègre, Huhere Lehranstall de S. Leopoldo, Waisenhaus de Taquary, etc.), par les journaux, est presque seule usitée à Blumenau, Neudorf, Joinville, Sao Bento, Badenfort, localités oii la proportion des Allemands varie de 50 à 90 0/0, ainsi que dans la région tout à fait germanisée de la Sierra Gérai. Il ne faut pas s'étonner que l'Allemagne fasse déjà un tiers du commerce des provinces méridionales du Brésil (i).

Au Parana, l'importance de l'élément germanique grandit, « grâce surtout au débouché considérable qu'assure à tous les produits d'origine allemande la multiplicité des services de navigation directe sous pavillon allemand entre Hambourg et le Parana (4 services par mois)... Les trois quarts du commerce sont aujourd'hui entre

(1) Moniteur officiel du commerce, 24 mars 1898. Cf. Sur l'importance des groupes allemands dans l'Amérique du Sud, Questions diplomatiques et coloniales, 15 décembre 1899, p. 683. — Les Allemands font en outre 40 0/0 du commerce au Paraguay.

les mains de maisons allemandes. Même pour les vins on peut dire qu'une fraction importante de cet article provient d'Allemagne, vins frelatés, travaillés à Hambourg et introduits avec des étiquettes et marques françaises. Les quelques vins français sont importés de Bordeaux par des vapeurs allemands. »

« Tout ce qui est machine est de provenance germanique, ainsi que les fers et la quincaillerie en général... Les produits pharmaceutiques viennent pour la plus grande partie d'Allemagne directement, les articles de mercerie aussi. Il en est de même des tissus, des cuirs, des papiers, des faïences... Notre rôle commercial est absolument effacé. L'Allemagne est, sans conteste, la maîtresse toute-puissante du marché. Ses négociants, nombreux dans le pays, emploient tous les moyens pour réussir. Nos capitaux contribuent à favoriser indirectement l'essor du commerce germanique dans ce pays qui, par les avantages de son climat quasi-européen et les remarquables richesses de son sol, est appelé à prendre dans un avenir rapproché un développement des plus appréciables et à constituer un des facteurs importants de la vie commerciale du Brésil méridional... »

« Ce n'est pas seulement sur le terrain purement commercial que l'Allemagne bénéficie au Parana de notre regrettable inaction. Dans le domaine industriel ses progrès sont chaque jourplus marqués. On voit des capitalistes et des entrepreneurs allemands se mettre à la tête de toutes les afTaires, in-

dustrielles et autres, susceptibles de réussir dans le pays, fabriques d'allumettes, de chaussures, de chapeaux, de savons, de bougies, tanneries, scieries, constructions de meubles, briquetteries, usines pour la préparation du malt; la plupart de ces entreprises ont à leur tête des Allemands, soit comme directeurs, soit comme commanditaires associés à des Brésiliens... C'est un envahissement général de l'élément germanique... On craint au Parana une absorption analogue à celle dont le petit Etat voisin de Sainte-Catherine est le théâtre ».

Dans une récente communication à la Société de géographie commerciale de Paris, un Français établi depuis de longues années à Buenos-Ayres, M. Daniel, a montré que le commerce de l'Allemagne avec la république Argentine avait en quelques années atteint 11 0/0 du commerce général, tandis que le commerce de la France de 23 0/0 en 1876 était descendu à 9 0/0. « Là aussi les Allemands ont soin de fabriquer des produits adaptés au goût et aux habitudes du pays, tandis que les industriels français n'envoient que des articles plus chers et ne répondant pas au goût de la clientèle indigène (1). »

(1) Cf. les conseils du consul allemand de Tucuman à ses compa- Irioles. Moniteur officiel du commerce, 1897, II, p. 70. Si le commerce de l'Allemagne avec la république Argentine a un peu diminué en 1897 (Journal du Board of Trade, janvier 1898, p. 35), l'Allemagne continue du moins à tirer de ce pays des matières premières dans les conditions les plus avantageuses pour elle. C'est ainsi que les 9 0/0 des peaux de chevaux que produit la république Argentine sont au-

268 l'essor commercial.

A Buenos-Ayres un établissement électrique de création française a dû confier une partie de ses travaux à la société générale d'électricité de Berlin.

Un récent traité commercial va encore améliorer la situation commerciale respective des deux pays W.

Des pourparlers sont engagés actuellement entre le gouvernement allemand et le gouvernement chilien en vue d'arriver à la conclusion d'un traité de commerce entre les deux pays. Le traité conclu le 1" février 1862 entre les Étals de l'union douanière allemande et la République du Chili a été dénoncé par le Chili le 25 août 1895. Il y a tout lieu de croire que le nouveau traité de commerce rétablira réciproquement pour les deux pays les rapports des nations les plus favorisées, avec quelques légères modifications. Parmi les États américains en rapports commerciaux avec l'Allemagne, le Chili vient maintenant en quatrième ligne (après les Etats-Unis, la république Argentine et le Brésil).

Le dernier rapport de M. de Sainte-Aulaire (2), nous renseigne sur l'importance du commerce entre les deux pays. Ce commerce lui semble avoir atteint son apogée « car l'importation allemande

jourd'hui vendues à l'Allemagne. H and els- Muséum, 9 juin 1898, p. 295 L'article « de Paris » dit M. Flandin, conseiller de commerce à Cordoba, vient d'Allemagne. V. aussi le rapport de M. Francastel, Moniteur officiel du commerce, 16 mars 1899.

(1) Handelsoertrag zwischen Deutschland und Argenlinien, Handels- Museum, 19 octobre 1899, p. 497.

(2) Moniteur officiel du commerce, 3 mars 1898.

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