CAUSES DE l'essor industriel et commercial
parution à rétude d'une branche de connaissances particulières. Il commence donc par étudier sérieusement son sujet et, s'il veut faire des affaires à l'étranger, il s'y prépare en étudiant la langue de ce pays, sa géographie, ses institutions et ses mœurs. Mais après cela, quand il a conscience de sa force, il ne recule plus devant rien, et persévère sans se laisser décourager même par quelques échecs. Les jeunes Allemands, je l'ai maintes fois constaté, sont élevés aujourd'hui beaucoup plus que nos jeunes Français pour le travail, la vie active, l'effort de tous les instants. Pendant les séjours que j'ai faits en Allemagne en pénétrant dans l'intimité d'un certain nombre de familles de la bourgeoisie, et en causant de l'éducation des enfants, j'ai dû reconnaître que les parents étaient plus préoccupés d'armer ces enfants pour la lutte de la vie que de les mettre à l'abri de cette lutte. On cherche moins qu'en France à économiser pour eux, à leur rendre l'existence facile, à leur préparer un nid confortable. On n'en fait pas des paresseux bien pourvus; on tâche d'en faire des individus capables de pourvoir eux-mêmes à leur existence (i).
C'est ainsi que des milliers déjeunes Allemands intelligents, et souvent riches, quittent chaque année leur pays pour s'employer quelque temps
(1) Le professeur James E. Russel de la Colombus-University de New-York fait grand éloge dans un récent ouvrage de l'éducation donnée aux jeunes allemands ; German Higher schools. The hislory, 07-ganisation andmethods of secundary éducation in Germany,
l'éducation. 295
dans les affaires, magasins, fabriques, usines situés sur tous les points du monde. Ils partent fréquemment comme volontaires, sans aucun salaire, pour une période plus ou moins longue. « Ces jeunes gens, dit un rapport américain, sont généralement notés pour leur travail et leur sobriété. Quelques années plus tard, ils rentrent chez eux avec la connaissance d'une langue étrangère, de nouvelles méthodes d'affaires et très souvent d'importants secrets techniques ». « Peut-être ferousnous quelque figure dans le monde écrivait, il y a quelques années, M. Cherbuliez, le jour où nous ne croirons plus que la sagesse suprême consiste à se soustraire autant que possible aux difficultés de la lutte pour l'existence, le jour où il n'y aura plus de pères et de mères disant à leur fils : « Mon enfant tu peux compter sur nous. Vois comme nous économisons pour assurer ton avenir. Compte aussi pour faire ton chemin sur nos parents, sur nos amis qui se feront un devoir de te pousser, de te recommander. Compte aussi sur le gouvernement qui dispose d'un grand nombre de places. Il faudrait vraiment jouer de malheur pour ne pas en attraper une. Mais comme l'État rétribue chichement ses fonctionnaires, et qu'il est bon d'avoir du beurre à étendre son son pain, tu devras épouser une femme riche. Nous en faisons notre affaire, repose-toi sur nous de ce soin, nous te la chercherons. »
A Hambourg, notamment, dans cette ville opulente^ je puis affirmer qu'à peu d'exceptions près,
S96 CAUSES DE l'essor INDUSTRIEL ET COMMERCIAL.
les familles de raristocratie commerciale envoient leurs enfants passer quelque temps à l'étranger, alors que chez nous tant de fils de familles usent leur jeunesse dans de stériles jouissances, étouffant en quelque sorte cette vitalité qui en Allemagne pousse au travail, jusque dans les pays les plus lointains, les fils de négociants et d'armateurs, déjà pourtant riches à millions.
§ 3.. — La méthode.
Celte éducation pratique donne des fruits d'autant meilleurs qu'elle est dirigée non pas au hasard, mais avec une méthode scientifique remarquable. C'est par la méthode que l'Allemand compte suppléer à l'adresse et au nerf qui lui manquent. Et dans sa confiance il n'a pas tort. Aucun peuple ne se jette plus avidement que lui sur toutes les méthodes qui permettent de remplacer par une application machinale l'habileté et le talent : les victoires économiques des Allemands sontdues aux mêmes causes que leurs victoires militaires.
(( Nous en sommes encore à penser, écrivait, il y a quelques années, M. Jacques Siegfried, que le commerce est si peu de chose qu'il n'est besoin d'y préparer personne et qu'il lui suffira toujours des fruits secs des autres professions. La science du commerce a été dédaigneusement traitée de science d'épicier. Et ce mot a fait tout le mal qu'un mauvais mot peut causer. Nous le payons aujourd'hui d'une infériorité commerciale qui compromet gravement notre situation économique. »
La science joue au coniraire un rôle décisif dans la vie économique des peuples. L'agriculture, l'industrie, le commerce sont de véritables sciences, qui demandent à être étudiées, qui ont leurs lois et leurs méthodes.
Or, les sciences qui touchent à l'industrie et au commerce sont cultivées en Allemagne avec un soin extrême. L'Allemagne a apporté dans le développement de son outillage commercial le même esprit de méthode que dans les autres matières. Pour arriver à la prépondérance économique, elle suit sa marche en avant, en ne négligeant aucun des moyens propres à assurer son succès.
De ces moyens, le plus important, c'est l'école. Écoles industrielles d'une part, écoles commerciales d'autre part, méritent de fixer notre attention.
Les écoles industrielles sont de trois sortes : les technische Hochschulen ou Polytechiica, les InduUries chilien proprement dites, et la série des écoles spéciales professionnelles ou Fachschulen.
Il y a en Allemagne une dizaine d'écoles techniques supérieures, donnant un enseignement qui correspond à peu près à celui de l'École centrale, de l'École des ponts et chaussées, de l'école supérieure des Mines, du Conservatoire des arts et métiers, j'ose à peine ajouter de nos écoles nationales d'arts et métiers dont le niveau est beaucoup moins élevé. J'ai visité récemment plusieurs d'entre elles : toutes sont prospères. Elles se développent
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même d'une façon étonnante: le nombre des élèves avait augmenté pendant l'année scolaire 1897-98 de près de 1.100. Il n'était encore en 1887 que de 2.523 (y compris les auditeurs libres). Jl était en 1898 de 11.204 dont 8.4S3 étudiants proprement dits (1). Aussi parle-t-on maintenant de Ueberfûllung et on propose de créer trois nouvelles écoles à Danzig, à Breslau et à léna (2). Le nombre des professeurs est partout d'ailleurs considérable, les laboratoires sont parfaitement outillés (3).
Ces écoles se divisent en plusieurs sections; à Stuttgart il y en a sept : 1° architecture; 2" section des ingénieurs pour constructions ; 3° section des ingénieurs pour machines; 4° travaux chimiques; S° mathématiques et sciences naturelles; 6° arts plastiques; 7" service des chemins de fer, postes et télégraphes. A Hanovre il y a cinq grandes sections : architecture; ingénieur pour construction; ingénieur pour machines ; chimie et électrotechnique ; mathématiques et sciences naturelles.
Partout l'organisation est à peu près la môme ; les programmes sont très bien conçus, et je puis
(1) V. Industrielle Enlwicklung im Osten Deutschlands, Handels-Museum, 26 oclobre 1899, p. 513.
(2) Statistique (en 1897) du nombre des élèves dans les technischen Hochschulen (non compris les auditeurs libres) : Berlin 2.292 (3.207 avec les auditeurs libres, ce chiffre s'est élevé en 1898 à 3.428), Munich 1.492, Darmstadt 1152, Karlsruhe 841, Hanovre 775, Stuttgart 731, Dresde 659, Aix-la-Chapelle 284, Brunswick 267.
(3) Il y avait, à Stuttgart, en 1898, 27 professeurs titulaires, 25 professeurs-adjoints, 2 répétiteurs, 10 assistants, et 18 Privaldozenten ; au total, 82 maîtres.
dire qu'il sort par centaines de ces écoles des jeunes gens, peu brillants quelquefois au premier abord, mais bien préparés en somme aux divers services qu'on attend d'eux, aptes à construire, à organiser, à diriger même, dans un esprit sérieux et scientifique, les fabriques et les usines les plus importantes soit en Allemagne soit à l'étranger W.
(S. Les conséquences de la grande diffusion de l'enseignement techaique, dit avec raison le marquis d'Héricourt, sont considérables. C'est à lui qu'on doit l'emploi si répandu des machines. Les patrons, en effet, instruits autrement que par la routine^, sont accessibles au progrès. Ils ont appris la nécessité d'avoir un bon outillage, et ils n'hésitent pas à faire des sacrifices pour se le procurer; et comme, d'autre part, ils ont des contre-maîtres et des ouvriers connaissant la théorie et l'ensemble du métier, ils peuvent faire des modifications ou des changements complets dans leur matériel de fabrication, sans craindre d'apporter trop de troubles dans le travail de leurs usines. C'est également le grand nombre d'ingénieurs sortant chaque année des écoles allemandes qui fait que les maisons importantes en ont souvent un ou plu-
(1) P.-F. Damm, Die technischen Hochschiilen in Preussen, Beûin, 1899. Riedler, Lie technischen Hochschulen und ihre loissenschaftlichen [iestrebungen (Rektoralsrede, Leipzig), 1899. L'Empereur a institué dernièrement un nouveau litre de docteur-ingénieur, qui paraît devoir être assez recherciié. On aime tant en Allemagne s'entendre appeler Herr Doktor! (Ce diplôme est décerné par les technische Hochschulen dont l'importance va encore grandir).
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sieurs qui leur sont attachés pour étudier les procédés nouveaux et même pour en chercher. »
« L'industrie chimique allemande, écrit le professeur Fischer dans son étude sur Y Enseignement de la chimie technique, doit sa position prépondérante uniquement à la haute préparation scientifique de ses collaborateurs. Le capital intellectuel que ces hommes représentent constitue la base la plus sûre de notre florissante industrie. La vraie raison de la prospérité de Tindustrie chimique allemande n'est un secret pour aucun des autres corps industriels, et on y a fait dans ces derniers temps de grands efforts pour rattraper le temps perdu par la création de laboratoires pourvus de tout l'outillage moderne ... Si l'Allemagne veut conserver sa situation actuelle elle doit multiplier les moyens d'enseignement et de recherches chimiques. »
Les écoles industrielles d'un degré moins relevé ijndustrieschulen) sont de valeur très inégale, mais il y en a qui sont remarquablement organisées; on y fait une place considérable aux arts du dessin (i). Le nombre des élèves s'accroît chaque année et elles rendent certainement de grands services. On s'efforce surtout de montrer aux élèves les procédés de fabrication des divers produits industriels, la composition et les usages de ces produits et de les tenir au courant des progrès actuels de l'industrie. L'enseignement est complété non seulement par
[{) Notamment en Saxe. V. par exemple Bêriclit ûber die koniglich-sàchsische Industrieschule zu Plauen i. V.
des manipulations, mais par des excursions et des visites à des établissements industriels ou commerciaux (1),
Les écoles industrielles sont les unes générales les autres spéciales; parmi ces dernières on peut signaler les écoles spéciales d'électricité. Le nombre des élèves de ces écoles augmente considérablement; je pourrais citer par exemple l'institut électro-technique d'Ilmenau en Thuringe qui, récemment, a dû être considérablement agrandi.
Mais c'est l'enseignement professionnel surtout qui m'a paru remarquablement développé.
Le rapport de M. 0. PyfTeroen (2) montre d'une
(1) Une commission qui s'est réuoie cette année (1899), à Munich, vient de s'entendre sur les moyens de réformer l'enseignement dans les écoles industrielles allemandes. Les conclusions sont que ces nouvelles institutions doivent avoir deux buts principaux : 1» préparer des élèves à l'entrée immédiate dans la pratique, c'est-à-dire former de jeunes industriels possédant des connaissances générales; 2" préparer des jeunes gens aux écoles polytechniques supérieures et par suite, leur fournir les moyens de devenir plus tard des techniciens de premier ordre. Dans le premier cas, les élèves devront passer 3 ans à l'école, dans le second ils n'y resteront que deux ans. Les jeunes gens qui sortiront de l'école, après leur troisième année, recevront un diplôme de chimiste, de second ordre, pour être placés dans une grande fabrique, sous les ordres d'un chimiste de première classe, sortant d'une école polytechnique supérieure. On veut ainsi former entre l'ingénieur proprement dit et l'ouvrier une catégorie d'employés de fabrique munis de connaissances à la fois théoriques et pratiques approfondies.
(2) Dans la collection des rapports publiés par le ministère de l'industrie et du travail en Belgique, 1897. V. aussi le livre de M. Orner Buyse. « Les écoles professionnelles en Allemagne et en Autriche » et son excellent rapport sur « les Ecoles techniques de l'Industrie du
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façon lumineuse les progrès faits par rAllemagoe à cet égard depuis vingt-cinq ans. Les hommes d'Etat de ce pays ont compris qu'il s'agissait là d'une œuvre patriotique. Ils ont pensé aussi, avec Schmoller, que la véritable cause du danger social ne résidait pas tant dans la différence des richesses que dans l'opposition de l'éducation. Relever les connaissances et les aptitudes des classes inférieures, c'est là une des conditions indispensables de la réforme sociale (i).
M. Buyse (2) a montré l'œuvre « patiente, tenace et habile par laquelle les Allemands cherchent à éveiller chez leurs artisans cette esthétique latente, sans cependant leur faire perdre le goût du travail manuel ».
Il reconnaît qu'au point de vue artistique les Allemands ont encore beaucoup de progrès à faire, mais il fait remarquer justement que la concurrence internationale ne se produit pas seulement au point de vue de la valeur artistique mais aussi au point de vue de la valeur technique. « C'est par l'éducation technique de toute la population ouvrière que les Allemands peuvent déjà faire aux Anglais une concurrence redoutable sur tous les marchés du monde. »
bâliment et de l'industrie du bois ». Bruxelles, 1898. Cf. Trigaut, Eludes sur l'enseignement professionnel, Binche 1897.
(1) Cf. Von Welck. Das Fabrikschulwesen im Konigreich Sachsen... Jahrbuch fiir Geselzgebung, t. xxiii, 1899, p. 53.
(2) Etudes sur les Ecoles techniques de l'industrie du bâtiment et de l'industrie du bois, p. 1-8.
M. Buyse insiste avec raison sur les modifications profondes qu'a subies en ces derniers temps dans tous les pays industriels le « travail manuel qualifié ». 11 montre comment la grande industrie a battu en brèche la classe des artisans, et comment l'Allemagne cherche actuellement à restaurer le système d'éducation ouvrière par la corporation.
L'élan en faveur de l'enseignement professionnel est parti des patrons.
Les neuf dixièmes des Fachschulen (et il y en a aujourd'hui plus de 1.000, rien qu'en Prusse) et des cours professionnels sont issus des écoles de corporations. Mais aujourd'hui les pouvoirs publics s'attachent avec une remarquable ténacité à faire pénétrer jusque chez les plus humbles travailleurs l'éducation scientifique si utile à la puissance de l'industrie.
Tous les gouvernements de l'Allemagne comprennent aujourd'hui l'importance de cette question, ils voient dans l'enseignement professionnel un moyen non seulement d'accélérer le développement déjà extraordinaire de l'industrie allemande, mais encore de soutenir la petite industrie contre la grande, peut-être aussi le moyen d'aider un certain nombre de jeunes gens de la bourgeoisie qui fussent sans cela restés inactifs, à trouver soit dans leur pays, soit à l'étranger, des emplois lucratifs.
Le développement des écoles professionnelles a contribué à son tour à accroître les progrès scientifiques de l'industrie qui profite de toutes les inno-
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valions : c'est aux écoles de tissage par exemple que l'iadustrie textile allemande doit une bonne partie de sa force et de son extension^*). L'essor prit par les industries chimiques est dû au grand nombre de techniciens, et d'ouvriers instruits que les écoles d'enseignement professionnel ont formés. Comme ledit fort bien 31. Pyfferoen, si l'Allemagne a vaincu sur les champs de bataille du commerce, les écoles professionnelles sont les casernes oia se forment les soldats qui sont les artisans de ces victoires (2).
« C'est l'enseignement professionnel, dit de son côté M. Buyse, quia fécondé l'activité industrielle et qui a donné au travailleur allemand son maximum d'énergie et de productivité... L'instruction dans toutes les Fachschulen est essentiellement pratique; elles s'inspirent directement des procédés d'industries ou de métiers déterminés et y puisent leurs matières d'enseignement... Depuis la plus humble école des corporations jusqu'aux écoles supérieures des industries d'art, toutes s'appliquent à faire de l'industrie, c'est-à-dire à appliquer à chaque fabrication le procédé le plus rationnel et le plus économique ».
« 11 est permis de penser, disait récemment une grande revue américaine, que la nation qui a les
(1) Y. sur les écoles de tissage, Moniteur officiel du commerce, 28 décembre 1899, p. 982.
(2) Pyfferoen, op. cil., p. 5. — Sur l'insuffisance de la préparation des électriciens à Paris, v. le journal l'Industrie électrique, du 25 septembre 1897, p. 394.
meilleurs physiciens et les meilleurs chimistes, sera à la loiij^ue la plus prospère et la plus grande. Elle aura au plus bas prix la meilleure nourriture, les meilleurs produits fabriqués, les meilleurs fusils, les explosifs les plus puissants, Tarmement le plus capable de résistance. Ses habitants sauront utiliser au mieux les ressources du sol, ils seront les plus sains, les mieux protégés contre les maladies. La culture d'un peuple en chimie et en sciences physiques est le meilleur placement que puisse faire une nation ».
Oui, l'avenir appartiendra à la nation la plus instruite, à celle qui saura le mieux appliquer au travail les données de la science, à celle enfin dont les citoyens sauront faire produire à leur travail le plus d'effet possible. Et il faut reconnaître que dès maintenant il s'est constitué en Allemagne par la collaboration scientifique du travail, des capitaux, de l'Etat, une puissance industrielle qui pèse d'un grand poids sur les marchés du monde. Pour faire prospérer notre industrie, me disait-on naguère à Berlin, il ne nous suffit plus de former des ingénieurs, des constructeurs et même des artistes, il nous faut cultiver les aptitudes techniques des travailleurs manuels. Aussi aujourd'hui chaque métier en Allemagne a-t-il ses écoles techniques, organisées en vue de l'application. Ainsi la Caisse de prévoyance des mineurs de Westphalie entretient 15 écoles préparatoires au métier de mineur; Chemnitz a une magnifique école de tissage préparatoire à cette industrie ; à Iserlohn et à Remscheid
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on a créé des écoles spéciales pour la ferronnerie et la fabrication des bronzes; une autre à Annaberg en Saxe pour la passementerie; il y a une importante école à Sonneberg en Thuringe pour la fabrication des jouets(i) ; il y en a à Sorau, à Dittmannsdorf et à WListogiersdorf en Silésie pour la filature et le tissage; celle de Hauen vient de recevoir celte année même de notables agrandissements.
Et ces écoles sont d'autant plus utiles que l'ancienne forme de l'apprentissage s'est modifiée à mesure que se développait la grande industrie. Le patron ne désire pas apprendre à ses apprentis tous les détails du métier comme autrefois, car il redoute d'en faire des concurrents. C'est maintenant le triompbe de la spécialisation et de la division du travail. Cette orientation nouvelle a donné à l'enseignement technique une importance qui peut avoir, au point de vue social, quelques inconvénients, mais qui, au point de vue de la concurrence industrielle, a de grands avantages (2).
Le développement de l'enseignement commercial se fait parallèlement au développement de l'enseignement industriel et technique.
Nous avons en France onze écoles supérieures de commerce avec un nombre total de 1296 étu-
(1) Elle est modelée d'une façon curieuse sur les industries qui existent dans la contrée, spécialement sur la tabrication des poupées. Elle compte actuellement 60 élèves.
(2) W. Berdrow, Die Technik an der Jahrhundertwende, Gegenwart, t. 57 (1900), p. 8.
diants. Elles sont pour la plupart bien organisées et bien dirigées, et nous donnent un état-major de commerçants distingués. Mais nous n'avons que 23 écoles pratiques ou préparatoires, à peine dignes du nom d'écoles moyennes, avec un nombre total de 1727 élèves (i). C'est vraiment trop peu.
11 y a aujourd'hui en Allemagne 365 écoles de commerce avec un total de plus de 31.000 élèves. Dans le seul royaume de Saxe il y en a 64, ayant ensemble 6.315 élèves (^l
Malgré cela on se plaint encore. On signale avec un zèle infatigable les lacunes ou les défauts dans l'organisation (3).
(1) V. l'arlicle de MM. Jourdan et Duraont, Bulletin de l'enseignement technique, 3 juin 1899, p. 278. Cf. Foreign office. Report on commercial éducation in Germany, Miscellaneous séries, n° 483, novembre 1898.
(2) Et je ne comprends pas dans ces chiffres les Realgymnasien et les Realschulen qui ont des sections d'études commerciales fort biea organisées. D'après une autre statistique le nombre total des écoles de commerce en Allemagne s'élèverait au chiffre de 478 (en y comprenant 47 Fortbildungsschulen pour les femmes). Rapport présenté par le professeur Messien au congrès de Venise, 4 mai 1899. Atti del congresso internationale per l'Insegnamento commerciale, p. 397.
(3) V. notamment Beigel, Die Mdngel unseres gegenwàrtigen kaufmunnischen Bildungsivesens, 1895. Les élèves sont en général admis dans ces écoles à l'âge de 14 ans, ils doivent avoir terminé les 8 classes d'une école bourgeoise (Bûrgerschule) ou la quarta d'un gymnase. La durée des études est de 3 ans. Sans doute, sur ces 3G5 écoles il y en a beaucoup de médiocres, mais c'est aller trop loin que dire qu'il n'y en a que 37 dignes de ce nom (Jourdan et Dumont, loc. cit., p. 287). Il n'est pas douteux en tout cas que la multiplicité de ces écoles de commerce n'ait contribué à orienter l'esprit public en Allemagne vers le négoce sous toutes ses formes. C'est, comme nous le montrerons dans un autre volume, au point de
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Peut-être quelques-unes de ces imperfections viennent-elles de ce que ces écoles sont, les unes des créations particulières, les autres des créations dues aux municipalités ou aux chambres de commerce (1). Mais cette diversité même a quelques avantages. En matière d'enseignement commercial, la variété des connaissances à acquérir, et la diversité des applications de ces connaissances, exigent qu'une grande liberté soit accordée aux difTérentes écoles. C'est ici surtout qu'il est permis de croire à la nécessité de l'émulation et aux bienfaits de la concurrence (2).
En Saxe, par exemple, j'ai pu être témoin du zèle avec lequel les chambres de commerce du royaume travaillent à développer l'enseignement commercial (3). Partout elles cherchent à faire pé-
vue de renseignement commercial secondaire que nous ne nous développons pas suffisamment. On a aussi organisé dans beaucoup de villes allemandes des « Cours du soir » faits à des employés et commis, travaillant la plus grande partie de la journée dans des magasins ou des bureaux. Quelques patrons consentent à accorder 2 ou 3 heures de liberté par jour aux plus intelligents de leurs employés pour aller suivre certains enseignements.
(1) Quelques-unes de ces écoles sont dues à des associations de marchands, comme celle créée par la Kaufmannschaft de Dresde.
(2) V. Beigel, Der Kampfum die Handelshochschuie, 1898. Boehmert, Handelshochschulen, Dresde, 1897. Cf. Stegemann, Kaufmànnisches Forlbildungswesen, 1897. Riedier, Unsere Hoclischulen und die Anforderungen des zwangzigsten Jahrhunderls. Berlin, 1898. L'auteur préconise l'idée plusieurs fois déjà mise en avant d'une section technique dans les universités. Mais l'idée d'une sorte de section ajoutée à une université ne sourit pas à tout le monde et on a proposé de créer pour la Prusse une grande école supérieure de commerce indépendante.
(3) V, notamment le Jahresberichl der Handels-und Gewerbekammer
nétrer dans l'esprit des populations la nécessité d'un enseignement scientifique pour assurer l'essor économique de l'Allemagne (i).
Pour remédier à certains inconvénients qu'entraînait la diversité extrême des écoles de commerce(2), reste de l'ancien morcellement politique du pays, et pour donner plus de cohésion à un enseignement destiné à favoriser le développement du commerce germanique tout entier, les négociants allemands ont eu l'heureuse idée de s'entendre, sans s'adresser d'abord au gouvernement impérial. Le Congrès de Brunswick fut suivi
in Chemnilz fur 1897, p. 114. Les écoles de commerce sont organisées d'une façon très remarquable dans le royaume de Saxe. La plupart ont été fondées par des associations diverses, mais elles sont aujourd'hui aidées par l'État qui leur alloue une somme annuelle de 175.000 marcs. V. Dietrich, Das kaufmànnische Unterrichtawesen im Kiinigreich Sachsen, 1897. Le royaume de Bavière suit de près la Saxe. La Prusse est en retard, à tel point, écrivait récemment M. H. Lissauer (mémoire présenté au congrès de Venise, 4 mai 1809), que son essor commercial doit être attribué plutôt à l'enseignement des matières pratiques qui est donné dans les écoles ordinaires, au caractère consciencieux du peuple, et à la façon dont les patrons ont rempli leurs devoirs d'éducation vis-à-vis de leurs apprentis. Atti del concjresso inlernazionale per l'Insegnamento commerciale, Venezia,
(1) On pourra aussi consulter sur l'enseignement commercial en Allemagne le livre de Léautey, L'enseignement commercial, p. 503, la Réforme économique du 7 février 1897, p. 169, et surtout l'excellent mémoire de M. Beck, bourgmestre de Mannheim. Die Reform des kaufmànnischen Bildungswesens, Mannheim, 1899. V. aussi l'analyse du rapport sur les Handehhochschulen de R. Ehrenberg dans le Jahrbuch fur Geseizgebung de Schmoller, t. xxiii, 1899, p. 369.
(2) Elles n'ont aucun lien entre elles, disait M. Lommer au congrès de Brunswick (4 octobre 1895), les expériences faites par l'une ne profitent nullement aux autres.
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de plusieurs réunions où Ton mit à l'étude la constitution dedeuxvastes associations. Alasuite du congrès d'Eisenach (octobre 1896), on créa : T l'union allemande en faveur de renseignement commercial [Deiitscher Verband fur das kaufmdimische Unterrichtsweseii) ; 2° l'union des directeurs et professeurs desétablissements d'enseignement commercial de l'Allemagne [Verband der Directoren imd Lehrer kaufmdnnischer Unterrichtsanstalten Deiitschlands). Ces deux sociétés ont leur siège à Brunswick ; elles s'efforcent « d'éveiller en faveur de l'enseignementcommercial l'intérêt du monde commerçant et des cercles influents, provoquent entre les intéressés un échange continuel d'idées, à l'aide de périodiques, de conférences et de congrès, donnent les renseignements désirables sur les questions importantes, par l'intermédiaire d'un office central et favorisent la publication d'ouvrages et de livres destinés aux établissements d'enseignement commercial ». C'est ainsi qu'on a organisé à Leipzig età Dresde des cours de vacances qui ont eu beaucoup de succès. Un congrès des plus intéressants s'est tenu cette année (du 5 au 7 octobre 1899) à Hanovre (i).
L'union n'agit pas seulement par des conférences et des congrès, mais encore par de remarquables publications. Elle fait paraître (depuis avril 1897) une revue, [siZeitschriftfûr dasgesammte
(1) V. indépendamment du compte rendu officiel, les articles publiés à ce moment dans la Frankfurter Zeitung, n°^ des 6, 7 et 8 octobre 1899.
Kaufmànnische Unterrichtswesen qui compte des collaborateurs dans tous les pays, et des fascicules trimestriels qui, sous ce titre : Verôffentlkhungen des deutschen Verbandes fur dm kaufmànmsche Unterrichtswesen, donnent des renseignements précieux sur l'enseignement commercial dans le monde entier.
Cette union, qui est une des sociétés les plus fécondes de l'Allemagne, a trouvé, en la personne du D'' Stegemann un secrétaire général d'une remarquable activité (i).
L'Enseignement commercial allemand forme dès maintenant un grand nombre de commis qui, trouvant difficilement à se placer dans leur pays, sont disposés à aller à l'étranger comme voyageurs ou représentants à des conditions de bon marché incroyables. Ils consentent aussi à travailler dans des maisons étrangères oh. on les reçoit sans peine à cause de leur peu de prétentions, de leur instruction spéciale et de leur connaissance des langues. Ils s'efforcent alors, et souvent avec succès, d'introduire les marchandises allemandes, cherchent ainsi à se procurer un supplément de ressources par les bénéfices quelquefois considérables de la commission.
Parmi les écoles commerciales de création nouvelle et d'un type intéressant nous signalerons la
(1) Cf. W. Wolf, Der Deutsche Verband fur das kaufmànnische Unterrichtswesen und seine bisherige Wirksamkeit (rapport présenté au congrès de Hanovre, octobre 1899). Cf. J. Roux, Journal des chambres de commerce, 25 octobre 1899, p. 311.
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Handelsakademie de Leipzig qui, sous la direction du D'' Huberti, se propose, à côté d'un enseignement théorique analogue à celui qu'on rencontre partout, d'initier ses élèves par des exercices ingénieux et des opérations fictives à la pratique même de la vie commerciale. Plus de la moitié des élèves de cette école sont étrangers. On est particulièrement satisfait des Suédois; il y a un certain nombre d'Anglais qu'on m'a dit être médiocres, ainsi que les Russes et les Polonais; quelques officiers ont été autorisés à en faire partie.
Dans la même ville de Leipzig on vient de faire à l'instigation de la Chambre de commerce, un autre essai. En vertu d'une ordonnance ministérielle du 14 janvier 1898, on a organisé sous la direction du professeur Raydt, une Ecole de hautes études commerciales, qui n'est en réalité qu'une sorte de combinaison entre les cours de l'école commerciale déjà existante, et certains cours de l'Université (*). La composition de l'école est très
(1) H. Raydt, Die Handehhochschvle zu Leipzig, 1898. Le programme des éludes comporte les enseignements suivants :
1° Économie politique, affaires de banque et de bourse, politique commerciale ; 2" science financière; 3» technologie; 4° géographie commerciale; 5° histoire économique; 6° législation générale; 7° droit commercial et maritime; 8" législation des faillites; 9» législation industrielle ; 10° droit des gens ; H" politique coloniale ; 12" pédagogie pour ceux qui se destinent à l'enseignement commercial- 13° cours d'instruction générale. L'école doit se recruter parmi les i; catégories suivantes de jeunes gens : 1° jeunes gens porteurs du certificat donnant accès au service militaire d'un an; 2° élèves d'établissements supérieurs d'instruction publique comptant 9 années d'études {Gymnasien, Healgymnasieti, Oberrealschule) ; d" élèves d'écoles normales allemandes ayant satisfait au deuxième examen d'instituteur
variée. Elle attire, indépendamment d'un certain nombre d'étudiants en droit, bon nombre de fonctionnaires et d'officiers (i).
On a récemment organisé à Aix-la-Chapelle (octobre 1898) un « handelswissenschaftlicher Cursus » qui est comme une section complémentaire de la technische Hochschule de celte ville. On veut essayer de combiner les études techniques et des études pratiques du commerce (2). Des créations du même genre paraissent devoir se réaliser à Rostock et à Hanovre (3). On parle aussi de créer, sous le nom de Handels Akademie^ deux écoles de hautes éludes commerciales à Francfort et à Cologne W. Le séminaire des langues orienta-
4" étrangers âgés de 29 ans au moins et témoignant d'une instruction suffisante. L'école des hautes éludes commerciale de Leipzig comptait pendant le 1er semestre 1898, 97 élèves et 21 auditeurs; pendant le second semestre, 77 élèves (dont 28 étrangers).
Mentionnons aussi l'existence à Leipzig d'un Ueberselzungsinstilut qui se charge de traduire en 36 langues dilTérentes les prospectus, catalogues, etc., et se contente pour ce travail d'une rémunération très modique.
(1) L'Autriche aussi se préoccupe beaucoup du développement de l'enseignement commercial. V. notamment Zehden : Zur Geschichle des kommerziellen Dildungswesens in OEslerreich von 1848 bis 1898, Wien, 1898. Sur l'éducation commerciale en Europe, v. le Report of llie commissioners of Education, pour 1896-97 (Washington, 1898), chap. 6, p. 207.
(2) V. sur l'organisation de l'école à Aix-la-Chapelle, le Journal du Board ofTrade, octobre 1898, et Handels-Museum, 23 février 1899, p. 88.
(3) Jahresbericht der Ilandelskammer zu Flannover fur 1898, p. 88.
(4) Voigt. Die Akademie fiir Sozial-wid Ilandelswissenscha/len zu Franhfurta. M. 1900. — Mevissen. Deiikschriftbelreffend die Errichtung einer Ilandelsakademie in Kôln.