i CAUSES DE l'essor INDUSTRIEL ET COMMERCIAL
les, fondé en 1887 et adjoint à l'Université de Berlin, est aussi fort utile à l'expansion allemande dans tout l'Orient. Il a un but analogue à notre Ecole des langues orientales vivantes, mais il est beaucoup mieux organisé en vue de la pratique. Pendant l'hiver 1897-98 ce séminaire avait 160 élèves inscrits.
Ces indications sommaires sur le développement des écoles industrielles et commerciales de l'Allemagne seront utilement complétées par un exemple emprunté à une des villes où j'ai eu à plusieurs reprises l'occasion de séjourner. Voici quelles ressources offre la ville de Nuremberg (qui n'est pas une ville universitaire) au point de vue qui nous occupe.
Il y a d'abord deux gymnases, un realgymnase, et une Reakchule (elle compte 800 élèves) qui fait une large place à l'enseignement moderne, et à laquelle une importante section industrielle a été annexée.
On y trouve ensuite une école industrielle royale figurant dans la catégorie des technischen Mittelschulen. Elle sert d'école préparatoire pour entrer dans une école supérieure [Ilochsc/mie), et comprend trois sections : 1° section de mécanique, 2° seclion chimique, 3° section des constructions. La première prépare les jeunes gens qui se proposent d'entrer dans des établissements métallurgiques : ils font surtout des travaux de construction, de moulage, des dessins de machines, etc..
La seconde s'adresse à ceux qui aspirent à entrer dans des fabriques de produits chimiques, de couleurs, de porcelaine, ou encore dans une verrerie, teinturerie, tannerie, etc.. Dans la troisième on étudie surtout la construction des fabriques, des ateliers, des monle-charges, des ponts, etc.... Les éludes durent deux années. Il faut pour y entrer être âgé de quinze ans au moins, sortir d'une Realschiile et présenter un certificat de bonne conduite et de moralité. L'école industrielle de Nuremberg comptait cette année 101 élèves en première année et 79 en seconde.
Il y a encore à Nuremberg une grande école commerciale libre, connue sous le nom d'Institut Gombrich, qui n'a pas moins de 350 élèves, et une école commerciale municipale d'un degré moins élevé.
On y trouve enfin toute une série d'écoles ^vo- (essionneWe?) [Fachschiilen) et de cours d'adultes qui ne comptent pas moins de 2.500 auditeurs i^).
Ce seul exemple suffira. à montrer quelle extension l'enseignement industriel et commercial re-
(1) Le gouvernement, non content de déclarer que la fréquentation de l'école primaire est obligatoire de 6 à 14 ans, a provoqué la créatiiin de cours d'adultes dans toutes les localités de plus de 1.000 habitants. Les élèves sont groupés d'après leurs métiers et reçoivent un enseignement scientifique basé sur des faits relatifs à leur occupation journalière. Aux termes de l'article 140 de la Gewerbeordnung les ouvriers industriels âgés de moins de 18 ans peuvent être obligés de fréquenter les cours d'une école d'adultes industrielle ou professionnelle. Plus de la moitié des communes industrielles de Prusse ont décrété l'obligation.
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çoit aujourd'hui dans les villes allemandes. L'État, comme nous le verrons, aide au besoin, mais le peuple allemand comprend l'importance d'un enseignement qui semble faire partie de sa vie au même titre que les écoles primaires. Il fait même au besoin de gros sacrifices d'argent pour le soutenir.
L'Allemand passait jadis ajuste titre pour manquer d'initiative et d'idée. L'idée lui vient peu à peu, grâce à toutes ces leçons qui ouvrent son esprit, grâce à cet entraînement, auquel il se soumet d'ailleurs volontiers. Il est sans cesse sur le qui-vive, il lit beaucoup et accepte de bonne grâce les conseils qu'on lui donne (i).
Écoles spéciales et bonnes méthodes de travail, ce sont là deux points par lesquels l'Allemagne est aujourd'hui supérieure à l'Angleterre elle-même. Les Anglais en font l'aveu : « L'absence d'un enseignement commercial, disait lord Roseberry à l'inauguration de l'école des hautes études commerciales de Golchester, a été très préjudiciable à l'Angleterre ; c'est le motif pour lequel des étrangers (les Allemands) sont en train de supplanter
(1) Ces écoles techniques et commerciales n'ont qu'une valeur relative; prises individuellement, elles n'offrent rien d'extraordinaire; mais il ne faut pas oublier que leur but n'est pas de faire des savants, mais de former le plus grand nombre possible d'industriels, de contre-maîtres, de négociants, de commis ayant les connaissances nécessaires pour exercer avec profit leur profession. On trouvera d'utiles indications sur les écoles industrielles ou professionnelles dans le petit manuel de C. Reymann. Fùhrer fur das gewerUichi Leben, Berlin, 1899.
les Anglais dans beaucoup d'emplois (•). )> Les résultats que l'Allemagne a obtenus, elle les doit en grande partie à ces méthodes scientifiques, qui l'ont amenée peu à peu à une exploitation rationnelle de ses chemins de fer, à l'application de tarifs mieux étudiés, à une élude attentive des grands courants commerciaux, à un aménagement excellent de ses cours d'eau et de ses canaux.
C'est avec raison que M. Fouillée insiste, dans ses récentes études sur la réforme de l'enseignement, sur la croissante nécessité des études scientifiques : « Nous faisons déjà, dit-il, l'épreuve de
(1) Les rapports consulaires anglais (V. nolamment, Foreign office, novembre 1897, n" 434) conslatent la supériorité de l'enseignement technique de l'Allemagne sur celui de l'Angleterre. Cf. ibid., n° 1977, juillet 1897, p. 19. Sur l'éducation technique des Anglais, V. Journal du Board of Trade, octobre 1897, p. 406. V. aussi Friedrich MûUer, Britische Schulen und die Bedrdngung britischer Industrie, dans la Revue Die Nation, 18 et 25 juin 1898. Le consul anglais sir Charles Oppenheimer constate que si l'ouvrier allemand était jadis inférieur à l'anglais sous le rapport delà conduite, de l'aptitude etde l'endurance, cette différence a aujourd'hui disparu. Les Anglais se préoccupent beaucoup en ce moment de l'insuffisance de leurs commis-voyageurs. V. une intéressante correspondance envoyée de Londres à la Monatssclirift [ûr Textil-industrie et reproduite Handels-Museum, 21 juillet 1898, p. 367. « L'infériorité des commis-voyageurs anglais est, dit-elle, une des raisons pour lesquelles, dans sa lutte contre les autres nations et surtout contre l'Allemagne, l'Angleterre semble en train de perdre de plus en plus la première place qui lui avait été si longtemps reconnue sans conteste ». Cf. un article de Fleischner, Ilandels-Museum, 14 juillet 1898, p. 349, et un autre encore plus curieux de B. Gibbins, « Made in Germumj and hoio to stop it. Fortnightly Beview, ^uio 1899, p. 1004. Le publiciste Sidney Low demande la transformation des armées modernes en « écoles d'industrie ». ISineteenth Cenlury, septembre 1899.
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notre insuffisance pour nos industries chimiques autrefois si florissantes, et qui ne peuvent plus soutenir la concurrence allemande Les programmes de 1893, imposant une mauvaise orientation à la partie de la jeunesse qui avait du goût pour les sciences, l'ont canalisée malgré elle vers le droil et la médecine qu'elle encombre alors qu'elle manque à l'industrie (i). »
Mais fortifier les études scientifiques ce n'est pas simplement charger les programmes de sciences. Ce qu'ilfaut «c'est rendre les esprits scientifiques », c'est leur donner ce souci simultané du théorique et du pratique, qui a jusqu'ici, comme le fait encore remarquer M. Fouillée, dirigé les Allemands et constitue le secret de leur force.
Les industriels et les commerçants de l'Allemagne ontmieux compris que les nôtres quelerôle de la science dans l'industrie devenait chaque jour plus grand et serait bientôt prépondérant ; ils sont aujourd'hui convaincus que la victoire dans la lutte économique appartiendra à celui qui possédera le meilleur outillage et les procédés de fabrication les plus perfectionnées.
« Les industriels, dit M. Haller, sont à l'affût eti au courant des originalités qui se révèlent, et sont' prêts à faire les offres les plus brillantes aux laborieux qui par leurs découvertes peuvent ajouter à la prospérité de leurs établissements. »
(1) Fouillée, Les Eludes classiques et la démocratie, 1898. Cf. lievue Politique et Parlementaire, 10 juin et 10 juillet 1898, p. 517 et p. 19.
C'est pour cela que les Allemands ne redoutent pas tant la concurrence des peuples jeunes, qu'ils espèrent au contraire exploiter pour leur plus grand profit. Ils concentrent leurs efforts pour se procurer cet outillage, et pour employer ces procédés scientifiques. Ils augmentent pour cela le nombre des écoles techniques afin d'avoir un plus grand nombre d'entrepreneurs et de patrons qui comprennent la nécessité de faire des sacrifices pour avoir un bon matériel, de bons contre-maîtres et des ouvriers instruits W.
Qu'il nous suffise, pour compléter ces observations générales, de reproduire quelques passages de l'un des derniers rapports de M. Soulange-Bodin. Il renferme des renseignements fort instructifs sur la façon dont les Allemands procèdent et sur l'habileté avec laquelle ils essaient de conquérir pour leur industrie métallurgique la fourniture du matériel destiné aux. constructions navales. M. Soulange-Bodin nous montre les métallurgistes et constructeurs se réunissant en un Congrès pour examiner la situation. Chacun renonce à quelques avantages pour le bien commun; les métallurgistes se déclarent prêts, pour parvenir à la conquête du marché naval, à travailler sans bénéfice et même à perte légère. Les représentants des chantiers de constructions déclarent de leur côté que non seulement ils donneront la préférence auxpro-
(1) V. Wirrainghaus, Die nationalxkonomische Wissenschaft und der deutsche Kaufmannstand, léna, 1898.
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duits allemands en cas d'égalité de prix, mais qu'ils sont même prêts à faire un sacrifice et à concéder aux usines allemandes des prix dépassant de 3 à 5 0/0 les prix des fabricants anglais.
On discute, on étudie, on en vient à se convaincre que, pour arriver à un résultat, il faut une réduction des tarifs de transport entre les usines et les chantiers. Le représentant de l'administration des chemins de fer qui préside la réunion assure l'assemblée de son bon vouloir en se bornant à demander l'établissement d'un bureau de contrôle, pour constater qu'il n'y a pas de fraudes. Il comprend sans doute qu'en dépit des réductions ainsi accordées, les chemins de fer feront encore dés bénéfices, à raison du travail nouveau apporté aux usines, travail qui nécessitera le transport de matériaux, minerais, houilles, etc. Tout le monde finit par tomber d'accord,
M. Soulange-Bodin n'a-t-il pas raison de mettre en relief cette activité incessante et cette solidarité raisonnée, dont les industriels allemands, d'accord avec l'État, font ainsi preuve?
C'est encore cette étude méthodique à laquelle se livrent les Allemands des besoins et des nécessités de leur temps qui les a amenés à des transformations considérables dans leur marine de commerce. « Partout dans la mer Baltique, écrit notre consul de Danzig, la navigation à vapeur tend à se substituer à la navigation à voile... La plupart des armateurs allemands vendent à tout prix leurs navires à voiles et se font construire des vapeurs
en fer, calant peu d'eau, qui sont plus aptes à charger rapidement les bois et les grains que leurs devanciers, et qui leur rapportent des frets plus rémunérateurs. »
J'ai constaté en effet partout en Allemagne l'union féconde entre la science et l'industrie. Le savant aide l'usinier et tous deux, je crois, comprennent mieux que nous ce caractère de l'industrie moderne qui est le perpétuel changement.
Il ne suffit pas pour un peuple de posséder des savants éminents, il faut que les méthodes des savants pénètrent le plus rapidement possible au sein des masses, que leurs découvertes soient transformées en richesses par les industriels et les travailleurs. Or l'Allemagne s'est ingéniée à mettre la science à la portée de tous.
Les grandes usines ne se contentent même pas de leur propre personnel. Elles s'attachent encore régulièrement, comme conseils, les professeurs d'universités les plus renommés, ou s'assurent la propriété de leurs découvertes éventuelles. Les savants allemands ne dédaignent point d'ailleurs de prendre eux-mêmes et en leur nom des brevets qu'ils cèdent ensuite aux fabriques qui désirent les exploiter. C'est un vrai drainage de la production scientifique au profit de l'industrie. Et si les progrès de la chimie pure ont exercé une influence féconde sur l'industrie, celle-ci à son tour a fait bénéficier la science de nombreux perfectionnements réalisés dans les usines. Par l'étendue et la puissance des moyens qu'elle met en
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œuvre elle a permis à bien des savants allemands de mener à bonne fin des recherches qu'il eut été impossible de réaliser sans de fortes dépenses et de grandes pertes de temps dans les laboratoires des universités.
L'Allemand est à l'afrùl de toutes les nouveautés. Sa connaissance des langues étrangères lui permet de suivre les publications scientifiques étrangères et il en lire largement parli. Sa volonté arrêtée de s'adapter à tous les besoins et de se plier à tous les goûts développe en lui une vigilance infatigable, qui ne laisse échapper ni l'espoir d'un débouché ni la chance d'une commande.
A l'instruction technique l'Allemand joint l'instruction pratique que donnent les voyages. Dans mes pérégrinations à travers l'Europe j'ai voyagé souvent avec des Allemands, et des Allemands dans une situation de fortune modeste, voyageant économiquement, mais pour s'instruire, observant avec méthode les pays qu'ils parcourent, et retirant de leurs voyages un tout autre profit que la plupart des Français. Aujourd'hui l'habitude des voyages est répandue en Allemagne dans toutes les classes de la société. Les Allemands estiment avec raison que rien n'est plus utile pour acquérir des connaissances variées et combattre les erreurs de jugement résultant d'une vie trop sédentaire.
Les méthodes scientifiques reçoivent aussi leur application dans les musées industriels et dans ces musées d'échantillons qui, depuis quelques
années, se multiplient dans toutes les grandes villes.
L'Allemagne possède des musées industriels remarquables. On s'y occupe moins que chez nous de réunir des collections ayant un intérêt historique, on s'efforce de présenter au public des collections de modèles nouveaux, et où tous les métiers même les plus modestes, sont représentés. Ces musées sont soigneusement tenus au courant, et lorsque des objets ou des machines sont surannés, on les enlève immédiatement pour les remplacer par d'autres plus perfectionnés.
Ces musées reçoivent souvent le nom <( d'expositions industrielles permanentes ». Le nombre des visiteurs est considérable. « Notre musée, écrivait un journal de Leipzig, reçoit une grande affluence d'acheteurs accourus non seulement de toutes les parties de l'Allemagne mais aussi de l'étranger. Tout article vraiment digne d'être exposé, et confectionné avec soin, est sûr de trouver preneur. Aussi le nombre des exposants continuet-il à s'accroître. »
Il faut signaler aussi la création des musées d'échantillons [Ex'portmusterlager) qui ont spécialement pour but d'affaiblir le rôle des commissionnaires et des intermédiaires. Les échantillons ne jouent même qu'un rôle accessoire dans la plupart de ces musées qui servent surtout à donner des renseignements sur les questions pratiques de transport, de tarifs, de douane, etc., et font l'office d'intermédiaires pour la conclusion d'affaires, soit sur place, soit au moyen d'agents envoyés au loin.
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Ce sont en réalité moins des musées que des agences, constituées elles aussi sous forme d'associations. Des renseignements sont fournis aux membres qui en font partie sur la solvabilité de la clientèle. On leur facilite le recouvrement des créances et le règlement des affaires contentieuses avec des clients du dehors, de même que les rapports avec les autorités des autres pays (^).
« L'Allemagne, écrit un de nos consuls, a pensé qu'un des meilleurs moyens de développer son commerce extérieur, était de créer des bureaux commerciaux ayant pour mission de fournir aux exportateurs des renseignements sur les marchés étrangers ouverts à leurs marchandises et de seconder les imporlateurs en leur donnant des informations exactes sur les formalités douanières. La création d'attachés commerciaux près des légataires et des ambassades, de musées commerciaux dans les villes importantes, d'agences commerciales et autres institutions du même genre (2) sont les anneaux d'une chaîne tendue pour soutenir le commerce d'exportation. Tandis que la France crée un office national du commerce extérieur dans
(1) J'ai visité en 1898 le musée d'échantillons de Stuttgart, qui est très fréquenté et a servi d'intermédiaire en 1897 pour 358 marchés. Les derniers rapports sur VExporlmuslerlager àe Francfort sont aussi satisfaisants. V. sur les musées d'échantillons, les articles deK. Rathgeu dans le Wôrterbuch der Volkswirthschafl d'i^.lster, t. I (1898), p. 248, et de F. E. Huber dans le Handwôrterbuch der Siaatswissenschaften, t. I, p. 958.
(2) Allusion aux agences de renseignements appelées Auskunfleien, qui sont parfaitement organisées.
le but de fournir à ses commerçauls des renseignements convenables en matière d'exportation, l'Allemagne organise un bureau de renseignements douaniers auprès duquel les négociants désireux d'introduire de nouveaux articles du dehors peuvent obtenir des indications authentiques. Le bureau allemand doit venir surtout en aide aux importateurs (1). »
C'est ainsi que la société pour favoriser les progrès des Allemands à l'étranger, qui a pour organe la revue Exporta a créé à Berlin [Dresdeiierstrasse, 34) à la fois un musée d'échantillons et un bureau de renseignements, où l'on peut trouver les catalogues des grandes maisons allemandes rédigés en plusieurs langues, et l'indication de celles qui désirent des représentants (2).
Quant aux musées d'art industriel ils sont annexés à des écoles d'art industriel [Kunstgewerheschulen) (\\i\ tiennent le milieu entre les écoles des
(1) Moniteur officiel du commerce, 26 mai 1898.
(2) La mission allemande envoyée dans l'Extrême-Orient a organisé à son retour dans l'une des salles du Reichstag une remarquable exposition (18-30 avril 1898) pour montrer aux industriels allemands quelles affaires ils peuvent espérer faire avec la Chine. V. le compte-rendu du Ilandels-Museum, 2 juin 1898, p. 280, Les musées commerciaux allemands se mettent en relations avec les musées commerciaux analogues créés dans d'autres villes par exemple le Weltliandelsmuseiim de Philadelphie qui a pour but de réunir autant que possible tous les produits du monde, d'indiquer d'une façon systématique quelles sont les ressources naturelles de tous les pays et de montrer le parti qu'on en peut tirer. L'Allemagne profite de toutes les occasions de montrer où en est l'industrie allemande. Il est question de créer un Reichshandelsmuseum, V. Raché (Paul), Was thul Deutschland fur seinen aussenhandel. Berlin, 1899.
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beaux-arts et les écoles professioanelles, et où on n'admet que ceux qui ont déjà exercé un métier (i). Ces musées, qui sont très visités, contribuent à faire naître chez l'ouvrier le goût du beau. Nous pouvons citer ceux de Berlin, de Munich, de Stuttgart, de Dresde, de Nuremberg, de Diisseldorf.
Enfin l'Allemagne a conservé la tradition des foires dont le principal avantage réside dans le contact personnel des industriels avec les clients, contact qui permet aux uns et aux autres d'apprécier en très peu de temps la situation du marché, de connaître les nouveautés et les modifications imposées par la mode, et de traiter leurs affaires avec célérité (2).
Le marquis d'Héricourt, consul général de France à Leipzig, asignalé à plusieurs reprises l'importance des foires. Il rappelle que les fabricants d'articles de Paris, se rendant compte de la difficulté de faire connaître leurs produits, et voulant éviter aux clients les visites d'atelier, avaient cherché il y a quelques années à établir un musée d'échantillons. Celte tentative, autour de laquelle on n'avait guère fait de réclame, n'a pas réussi. Et pourtant peut-être l'idée était-elle juste. Les dernières foires de Leipzig ont eu un grand succès : à celle de 1897 il n'y avait pas moins de 1.300 exposants; 200 fabricants y ont pris part. L'indus-
(1) Les écoles d'art industriel m'ont paru (à Berlin, Hambourg, Hanovre, Stuttgart, très bien organisées. V. Buyse, Les écoles professionnelles el les écoles d'art industriel, Bruxelles, 1896.
(2) Cf. Funke, Die Leipzig ermessen, Leipzig, 1897.
trie de la verrerie et de la porcelaine, et les industries céramiques y ont tenu une place considérable. Le nombre et la nature des affaires qui se sont faites à cette occasion attestait un progrès énorme du commerce d'exportation de l'Allemagne (1).
« La foire de 4898, écrit notre consul, a été encore plus visitée que celle de l'année dernière. Non seulement on y était venu de toutes les parties de l'Allemagne, mais encore de toutes les contrées de rp>irope, des Etals-Unis, du Mexique et de l'Australie... Les affaires ont été très satisfaisantes et fort peu de négociants'ontété mécontents. Dans la céramique surtout, dont la situation est actuellement très prospère en Allemagne, on a été très content de la vente. Les échanlilloos des fabriques royales de Saxe, de Bavière et de Berlin étaient particulièrement remarqués... Ce sont les articles courants et de moyenne qualité qui ont eu le plus grand débit. Les commandes de vaisselle ont été fort nombreuses. Les faïences ont donné lieu à de bonnes affaires. On en peut dire autant de la verrerie, des jouets, des instruments de musique et des meubles (2). »
(1) V. les rapports de la Chambre de commerce de Leipzig. Cf. Recueil consulaire de Belgique, t. 99 (1898), p. 376.
(2) Moniteur officiel du commerce, 28 avril 1898. Cf. les conseils précédemment donnés par lui, ibid., 10 février 1898, p. 177. Il se tient généralement à Leipzig quatres grandes foires en janvier, mars, avril ou mai, et août ou septembre, V. Moniteur officiel du commerce, 15 juillet 1897, 3 novembre 1898, et 2 février 1899, p. 157.
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§ 4. — L'action du Gouvernement.
Caractère et éducation, ce ne sont pas là les seules causes qui expliquent l'essor industriel et commercial du peuple allemand. L'intervention de rÉtat et la politique commerciale suivie par lui sont aussi pour beaucoup dans ce remarquable épanouissement que nous venons d'étudier.
On conçoit aisément que dans un pays devenu comme l'Allemagne la terre classique du socialisme d'Etat, le gouvernement soit disposé à intervenir constamment dans la vie économique de la nation.
De même qu'il a beaucoup fait, comme nous l'avons montré dans un autre ouvrage (^) pour mieux mettre en valeur le sol de l'Allemagne, de même aussi il travaille avec ardeur à tirer le meilleur parti possible des ressources naturelles ou acquises des régions si diverses qui forment le territoire actuel de l'Empire.
Dans cette ardente mêlée économique qui caractérise la fin de notre siècle, les Allemands sont convaincus qu'il n'est pas trop des forces combinées de l'individu, de l'association et de l'État pour sortir vainqueurs de la lutte. Ils sont convaincus aussi que l'intervention de l'Etat est nécessaire pour porter à son maximum de puissance les inventions heureuses qui ont pu être faites par
(1) V. nos Études sur les populations rurales de l'Allemagne, 2" partie, chap. IV et V.
l'action du gouvernement. 3:29
les particuliers. Ce n'est sans doute pas l'État qui a, en Allemagne, doté le commerce et l'industrie de l'outillage perfectionné dont nous avons parlé plus haut. Les Allemands sont justement fiers de ce qu'ils ont fait avec leurs seules ressources, ou par la vertu bienfaisante de l'association. Le travail, l'efTort, la prévoyance, l'économie, tout cela en définitive, ce sont des qualités individuelles, et ce n'est pas l'Etat qui pourra beaucoup pour les communiquer à ceux à qui elles font défaut. Mais tout le monde reconnaît que le gouvernement doit aider l'industrie privée à se développer ou à mieux faire. Personne ne soutient que son devoir soit purement négatif et qu'il consiste dans une abstention rigoureuse. Aurait-on pu se passer, par exemple, de son concours pour le développement des chemins de fer et le perfectionnement des voies navigables qui ont favorisé dans des proportions énormes le commerce général du pays? Et qui donc aujourd'hui devant la difficulté de certaines entreprises pourrait contester que l'État ait non seulement le droit mais le devoir de venir en aide aux industriels et aux commerçants? A supposer d'ailleurs que certaines associations puissent se constituer avec la puissance voulue, il n'est pas démontré qu'elles fonctionnent plus avantageusement que lui.
L'Allemand accepte d'ailleurs volontiers (et il faut tenir compte de cette prédisposition naturelle) cette ingérence du gouvernement. « L'amour de la liberté, avait déjà dit M"* de Staël, n'est point
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développé chez les Allemands; ils n'ont appris ni par la jouissance, ni par la privation, le prix qu'on y peut attacher... Ils voudraient que tout leur fût tracé d'avance en fait de conduite; moins on leur donne à cet égard l'occasion de se décider par euxmêmes, puis ils sont satisfaits. »
Nous ne pouvons étudier ici tous les encouragements que les gouvernements de l'Allemagne donnent aujourd'hui à l'industrie et au commerce. Après avoir indiqué brièvement quelques-unes des principales formes sous lesquelles leur intervention se manifeste, nous dirons spécialement quelques mots des encouragements donnés aux. écoles industrielles ou commerciales; puis nous insisterons sur la politique commerciale suivie par l'Allemagne depuis trente ans en montrant surtout l'importance que les derniers traités de commerce ont eu pour le pays,
a. — Sollicitude témoignée au commerce.
C'est aujourd'hui sous les formes les plus diverses que se manifeste la sollicitude des gouvernements de l'Allemagne pour la prospérité économique de la nation. L'activité déployée par les ministères du commerce des divers États est remarquable.
Il serait curieux de suivre année par année les efforts faits par les gouvernements et spécialement par le gouvernement impérial pour aider le commerce à prendre un plus grand essor.
l'action du gouvernement. 331
C'est en 1880 qu'on résolut de créer une sorte de conseil supérieur économique {Volksioh^thschaftsrat) qui élabore des projets de loi et prépare des règlements. Il se compose de 75 membres nommés par l'Empereur pour 5 ans (dont 45 sur la présentation des chambres de commerce et de diverses associations). Mais cette institution qui fut l'objet de certaines attaques, surtout parce que Bismarck essaya plusieurs fois de s'en servir contre le Parlement, ne paraît pas avoir rendu de très grands services. Elle n'a joué qu'un rôle effacé dans l'essor économique de l'Allemagne.
Deux questions préoccupent depuis quelques années le gouA^ernement : la réorganisation des chambres de commerce et l'amélioration du service des consulats.
C'est en Prusse surtout que l'organisation des chambres de commerce était considérée comme défectueuse.
C'était une institution purement facultative, et qui par suite faisait défaut dans un grand nombre de villes ^^). La compétence des chambres de commerce était en outre fort restreinte et la représentation des divers intérêts du commerce et de l'industrie n'y était pas équitable. Le gouvernement,
(1) Il n'y en avait encore que 80 en Prusse en 1893. Mais il convient peut-être de remarquer que si le développement des chambres de commerce a été en Allemagne un peu lent, c'est par suite du magnifique épanouissement qu'y ont reçu les associations privées sous les formes les plus diverses.
382 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
par l'organe du baron de Berlepsch, alors ministre du commerce, avait soumis à la Chambre des députés, le 25 mars 1896, un projet fort étudié qui rendait obligatoire la création de chambres de commerce, augmentait leurs attributions et réglait à nouveau leur mode d'élection. Ce projet qui semblait fort sage et avait élé approuvé par un grand nombre d'hommes compétents dut être retiré à la suite d'une vive opposition de la Chambre des députés. Le gouvernement crut devoir se borner à solliciter quelques mois plus tard le vote d'uoe « novelle » complétant sur divers points la loi du 2 février 1870, Cette proposition reçut un accueil favorable dans les deux Chambres du Parlement; elle est devenue la loi du 19 août 1897. La différence essentielle avec le projet Berlepsch est l'abandon de l'idée de chambres de commerce obligatoires. Celles-ci restent comme auparavant des organes consultatifs, mais auxquels sont dévolus des pouvoirs réglementaires assez importants. Les chambres de commerce sont investies dorénavant de la personnalité juridique, elles peuvent recueillir des dons et legs et administrer librement leur fortune. Elles sont par suite dans une situation favorable pour encourager les progrès de l'industrie et du commerce dans l'avenir (i).
(1 ) V. Siewert, Die Neuordnung des Handeîskammerwesens in Preussen. {Handels-Museum, 11 novembre et 9 décembre 1897). Cf. Handwôrterbuch der Staatswissenschaften, 2^ supplément, 1897, p. 469 et Journal du Board of Trade, juillet 1898, p. 16. Il y a aujourd'hui en Allemagne 140 chambres. J'ai eu l'occasion de causer avec un certain
l'action du gouvernement. 333
Il existe aussi dans certaines villes (Berlin, Stettin, Magdebourg, Tiisit, Kônigsberg, Danzig, Memel, Elbing, Altona), à côté ou à la place des chambres de commerce, des collèges ou corporations de marchands dont la loi nouvelle autorise le maintien ; ces associations peuvent si elles le désirent se transformer en chambres de commerce proprementdites.
Dans les autres États de l'Allemagne l'activité déployée par les Chambres de commerce est également considérable.
De grands efforts sont faits actuellement pour créer des chambres de commerce allemandes à l'étranger. Il en existe une de fondation récente à Bruxelles. On s'occupe d'en installera Buenos-Aires, à Montevideo et dans d'autres villes de l'Amérique méridionale.
On se préoccupe en outre, avons-nous dit, de mieux organiser le service des consulats. Les consuls allemands semblent bien n'avoir eu jusqu'ici qu'un rôle minime dans le développement économique de l'Allemagne. Le nombre des consuls ou agents consulaires est sans doute assez considérable : 37 consuls généraux, 319 consuls, 232 vicenombre de commerçants de la loi nouvelle. Ils m'ont témoigné leur satisfaction sur deux points principaux, sur la liberté plus grande avec laquelle le recrutement peut se faire aujourd'hui, ce qui a permis à quelques chambres de se livrer à d'ingénieuses combinaisons; ensuite sur la reconnaissance de la personnalité juridique qui, permettant aux chambres d'acquérir des biens, leur permettra par là même de jouer un rôle plus actif que par le passé.
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consuls et 108 agents consulaires (sans parler de 841 employés subalternes). Mais la plupart d'entre eux sont des hommes de bureau et non des praticiens, des juristes plutôtque des économistes, dont les rapports laissent fort à désirer. On étudie depuis quelques années certaines réformes pour améliorer cet important service. Il s'agit notamment d'instituer auprès des consulats allemands des « attachés techniques » dont, pour l'étude de certaines industries, comme les industries chimiques, on attend d'utiles services (i).
Le mémoire rédigé par le ministère de la marine, et dont nous avons parlé précédemment donne quelques renseignements sur la question. L'augmentation du nombre des consuls ou agents consulaires, dit-il, n'a pas répondu depuis vingt-cinq ans au développement économique de l'Allemagne. De 556 en 1872, il a passé à 697 en 1897; mais la répartition est arbitraire ou défectueuse. La Grande-Bretagne et l'Irlande, avec 85, et les colonies anglaises, avec 67, sont les pays qui en ont le plus. Il y en a 68 pour la Suède et Norvège, 41 pour la Turquie, 35 pour la Russie, 36 pour l'Italie, 27 pour l'Espagne, autant pour le Danemark, 25 pour le Brésil ; mais il n'y en a que
(1) La KaufmanDschaft de Berlin a adressé lé 20 novembre 1899 au ministre du commerce un mémoire sur la réforme des consulats (reproduit dans la Revue das Echo, 25 janvier 1900, p. 138). On réclame surtout d'eux des rapports plus précis. On souhaite de voir se généraliser l'idée déjà mise en pratique à Constantinople, à Buenos- Ayres et à Chicago, d'attachés commerciaux recrutés avec soin.
l'action du gouvernement. 335
24 pour les États-Unis, 14 pour la France, 6 pour la Belgique, 5 pour le Japon, 8 pour l'Autriche- Hongrie, 5 pour le Portugal. Ce qu'il y a de fâcheux surtout, c'est que les agents consulaires ne s'occupent des afîaires du consulat que d'une façon très accessoire; souvent ils ne sont pas de nationalité allemande, et ce n'est pas de grand cœur qu'ils défendent les intérêts de l'Allemagne. Il faut absolument que l'Empire couvre le monde entier d'un réseau complet d'agents compétents, capables de montrer aux industriels et aux commerçants de l'Allemagne les nouvelles voies à suivre, les marchés à conquérir, les changements à réaliser.
11 faut avant tout pour cela augmenter le nombre des agents consulaires et surtout le nombre des consuls de carrière {Berufsconsuln). 11 faut aussi inspirer à ceux qui existent déjà, un esprit nouveau. Les rapports qu'ils insèrent dans le Handels- Archiv sont trop spéciaux. Il parlent de l'endroit même où ils habitent, ils ne donnent pas de vues d'ensemble sur la situation économique d'une contrée, et sur les chances que le commerce allemand pourrait avoir de s'y développer. Il faut organiser, en allouant à cet effet des crédits suffisants, un service de personnes chargées d'étudier à fond les régions que l'Allemagne a intérêt à connaître, capables surtout de décrire avec précision le régime du travail et les méthodes commerciales employées dans ces pays en même temps que de renseigner leurs compatriotes à la fois sur
336 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
le goût des habitants dans les différentes directions qu'ils donnent à leur activité, et sur le besoin de modèles qui peut exister chez eux. Les consuls, qui sont pour la plupart des juristes occupés toute la journée à un travail de bureau, ne sont pas assez mêlés à la vie pratique pour nous renseigner sur tout cela. 11 faut leur donner des collaborateurs ayant fait des études économiques et chargés surtout de voyager (i).
Le Reichstag est actuellement saisi d'un projet de loi qui contient des prescriptions relatives aux travaux des consuls dans le domaine commercial maritime.
On exigerait des aspirants consuls des connaissances plus étendues, on attacherait surtout une grande importance à la connaissance des langues et de la situation économique des paysoij lisseront envoyés (2).
On sait aussi avec quel zèle le gouvernement s'est occupé du nouveau Code de commerce. La commission de spécialistes qui fut formée par
(1) « La formation presque exclusivement juridique de certains employés d'État, dit le Dr Ehrenberg {Dcr Handel, seùie wirthschaflliche Bedeutung. léna, 1897, p. 98) est la moius favorable qui se puisse imaginer pour la lâche qu'ils ont à remplir, de développer le commerce et de favoriser l'essor économique du pays. Elle conduit ces fonctionnaires à traiter les relations commerciales d'une façon uniforme [schablonenmàssig), alors qu'il faut des traitements inégaux répondant à la variété effective des choses ». Cf. Wirminghaus, Die nalionalcekonomische Wissenschaft und der deutsche Kaufmannstand. léna, 1898.
(2) Reform des deutschen Consulatswesens, Handels- Muséum, 5 octobre 1899, p. 473.
l'action du gouvernement. 337
l'Office impérial de justice [Reichsjustizamt], à la fin de Tanaée 1895, a présenté au mois de juin 1896 un projet fort étudié qui n'est pas seulement une modification de l'ancien Code de 1861, mais vraiment un Gode nouveau. On y trouve par exemple nne réglementation minutieuse de matières importantes qui étaient à peine traitées jusqu'ici : agents commerciaux, commerce d'entrepôt, courtiers, transports par voies ferrées (3).
En même temps que le Code de commerce on a préparé un projet de Code industriel dont le Reichstag aura à s'occuper prochainement et qui contient l'introduction obligatoire d'un certificat de capacité pour certaines industries et une réglementation assez rigoureuse du travail. On parle aussi de reprendre l'étude du projet de loi réglant la situation de l'industrie de la confection.
L'Office impérial des Postes s'occupe de la réorganisation et de la réforme des tarifs postaux, et l'Office des Affaires étrangères a soumis au Reichstag divers projets de loi concernant les colonies, notamment la situation de la nouvelle Guinée et de Kiao-Tchéou.
Il y aurait toute une étude à faire sur les mesures prises récemment pour développer les voies de communication, améliorer les tarifs de chemins de fer, faciliter les correspondances téléphoniques,
(3) Le nouveau Code de commerce est entré en vigueur en même temps que le nouveau Code civil, mais le chapitre concernant les apprentis et les auxiliaires du commerce (Lehrlinge, Handlungsgehilfe) s'applique depuis le 1er janvier 1898.
338 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
l'envoi des colis postaux (SO pf. dans toute l'étendue de l'empire jusqu'à 5 kil.). 11 faudrait aussi montrer dans quelle mesure l'étude des questions sociales qui préoccupe si fort aujourd'hui le gouvernement impérial réagit sur l'essor économique du pays. On ne saurait par exemple méconnaître à ce dernier point de vue l'intérêt que présentent les statistiques du travail. Si le projet de loi déposé en février iSdi n'a pas encore abouti, la question d'une statistique générale du travail en Allemagne a du moins provoqué la nomination d'une commission qui a eu depuis dix-huit mois d'importantes délibérations.
Le gouvernement se préoccupe en ce moment même de développer l'industrie et le commerce dans les deux provinces de Prusse orientale et de Prusse occidentale fort arriérées au point de vue économique. M. de Gossler, gouverneur de cette dernière province, a fait une tournée officielle dans les centres industriels de la Westphalie et de la Prusse rhénane pour intéresser les capitalistes de l'Ouest au développement économique de l'Est, et leur inspirer confiance dans la solidité des nouvelles entreprises projetées (i).
(1) On projette d'installer des ateliers de construction de machines, des fabriques d'aiguilles, de plumes et d'instruments de précision, ainsi que des fabriques de meubles, le bois étant très abondant dans cette région. Les chantiers de construction d'Elbing doivent être agrandis. La création d'une école technique à Danzig (V. ci-dessus, p. 298, et l'article déjà cité du Handels-Museiim) concorde avec les projets de développement de l'industrie dans les provinces orientales de la Prusse.
l'action du gouvernemknt. 339
D'autres motifs semblent aussi inspirer le gouvernement : les populations ouvrières de l'Est, qui sont assez pauvres, sont fortement travaillées par certains agitateurs. Aux élections générales de juin 1898, le nombre des suffrages socialistes s'est élevé à 44.000 au lieu de 23.000 en 1893, et ce sont surtout les campagnes qui ont donné cette augmentation. Le gouvernement cherche à enrayer un mouvement qui l'inquiète.
Est-il besoin d'ajouter que le gouvernement se préoccupe vivement du rôle que l'Allemagne pourra jouer à l'exposition de 1900 et de la place que l'industrie allemande pourra y tenir (i). L'empereur a donné lui-même ses instructions et a hautement témoigné l'intérêt qu'il prend aux efforts de l'Allemagne pour y briller. Elle a, en la personne de M. Richter, un commissaire général de grande valeur et on sait déjà que la section allemande (surtout en ce qui concerne les machines) aura une importance de premier ordre. L'Allemagne tient aussi beaucoup à montrer par ses industries d'art les progrès qu'elle a faits au point de vue esthétique.
b. — Encouragements donnés aux Écoles.
Les écoles techniques professionnelles ou commerciales dont nous avons précédemment parlé doivent pour la plupart leur existence à l'initia-
(1) Deutsche Vorbereitungen zur Pariser WeUaussteUung . Export, 11 novembre 1897.
340 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
tive privée, aux municipalités, aux chambres de commerce, à diverses associations; mais elles tendent aujourd'hui à devenir des rouages officiels; elles sont en relations régulières avec les gouvernements qui allouent à beaucoup d'entre elles d'importants subsides. L'Allemagne au point de vue de l'enseignement industriel et commercial fut longtemps en retard. La Prusse en particulier semblait s'en être désintéressée (pour des raisons d'ordre financier). Le gouvernement prussien commença par inscrire au budget une modeste subvention annuelle de 440.000 marcs. Aujourd'hui, je vois inscrites au budget de la Prusse des allocations de 4.SÛ0.000 marcs pour les écoles de commerce, de 2.020.000 marcs pour les écoles techniques, de 640.000 marcs pour les écoles des mines. Ce sont là des chiffres respectables. Dans les royaumes de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg et dans le grand-duché de Bade, les subventions sont également fort élevées. A l'occasion du jubilé du roi de Saxe on a fondé des bourses dans les écoles professionnelles et industrielles. Le rapporteur de la proposition s'exprimait ainsi : « Il importe de diriger vers l'industrie les jeunes gens qui j usqu'à ce jour se sont pour la plupart tournés vers l'enseignement ou le fonctionnarisme. La lutte sur le marché du monde exige surtout dans l'industrie que les talents et les heureuses dispositions ne soient pas négligés, mais qu'ils soient au contraire puissamment développés ». On a aussi demandé que les caisses d'épargne consacrassent
l'action du gouvernement. 341
une partie de leurs fonds disponibles à soutenir ou à fonder des écoles d'apprentissage. C'est ce qui se pratique déjà dans la Hesse. Il y aurait tout une étude à faire sur cette question. Ce qu'on peut affirmer, c'est ce que les divers États de l'Allemagne sont aujourd'hui visiblement préoccupés, pour pénétrer la nation tout entière de l'importance des études économiques, de développer l'enseignement de toutes les sciences qui touchent au commerce, non seulement dans les écoles commerciales et professionnelles mais même dans les universités (i). L'enseignement de ces dernières se renforce chaque jour, elle contraste avec nos universités françaises, 011 les enseignements d'ordre économique sont toujours pauvrement représentés, s'accentue chaque jour davantage (2). Les divers Etats de l'Al-
(1) V. ci-dessus, p. 290. Il ne faut pas oublier non plus que l'empereur Guillaume a vivement attaqué l'enseignement classique et a conclu à la nécessité de donner une éducation plus pratique.
(2) V. à cet égard, F. Lot, Le budget de l'enseigneme7it supérieur en France et en Allemagne {Revue polilique et parlementaire, 10 janvier 1898). L'État est venu aussi chez nous en aide soit aux municipalités, soit aux chambres de commerce, pour leur permettre d'organiser dans quelques villes, des écoles professionnelles ou des écoles pratiques de commerce et d'industrie; l'initiative privée a de son côté travaillé à la diffusion de l'enseignement commercial. Mais tous ces efforts, malgré les progrès réalisés, me paraissent jusqu'ici un peu en façade. Les Français, comme on l'a dit avec raison, ont besoin d'harmonieexlérieure plus que de progrès réel. Un ministre croit avoir fait de grandes choses quand il a écrit beaucoup de circulaires et les renseignements officiels indiquent trop souvent comme accompli ce qui n'a été que décidé. V. par exemple sur l'enseignement des industries d'art en France, plusieurs articles de M. Marius Vachon, Réforme économique, oct.-nov.-déc. 1897, janvier 1898.
342 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
lemagne ont fait aussi beaucoup depuis quelques années pour développer les Kimstgeivei^beschulen ou écoles d'art industriel dont nous avons dit quelques mots; c'est grâce à leurs subventions généreuses que les musées annexés à ces écoles ont pris une si grande extension.
Tous sont persuadés que dans ce grand combat des intérêts matériels qui met aux prises les peuples et les nations, c'est un devoir pour eux d'aider tous les sujets de l'Empire, ceux surtout qui appartiennent à des catégories sociales plus relevées, à connaître la situation économique de l'Allemagne, en même temps que celle des pays rivaux, à étudier scientifiquement les ressources, les moyens d'action des différents peuples, à se rendre compte des efforts qui doivent ou peuvent être tentés pour réaliser de nouveaux progrès 1^.
Le gouvernement prussien notamment travaille en ce moment avec un zèle éclairé à multiplier les enquête (2), à mettre entre les mains du public les statistiques qui peuvent le renseigner, à réunir des documents précis, à encourager les missions à l'étranger (3). Il est aujourd'hui visiblement porté
(1) On s'occupe aussi de l'enseignement commercial à l'usage des jeunes filles. V. H. Schmidberger, Die Handelschule fur Màdchen mil allgemeinen Gesichtspunkten ûber Handelsschulen ûbérhaupt, 1898.
(2) Sur l'utilité que peut avoir une statistique bien faite de la production pour l'élaboration des traités de commerce, et sur la manière d'y arriver, V. un article de R. Calwer, Handels Muséum, 16 décembre 1897, p. 649.
(3) Le Reichsamt der Innern a entrepris depuis quelques mois sous la dénomination de Handelsberichte des In-und Auslands, la
l'action du gouvernement. 343
à intervenir dans l'éducation du peuple à tous les degrés, avoir dans l'enfant le citoyen futur, le continuateur de la nation. Il revendique le droit de le faire élever d'une manière conforme à ce qu'il juge être l'intérêt du pays et le génie de sa population. Il est profondément pénétré du mot de Leibnitz : (( Faites-moi maître de l'enseignement et je me charge de changer la face du monde ». Ce n'est point ici le lieu de discuter sur les droits de l'Etat en matière d'enseignement. 11 convient seulement de reconnaître loyalement que ces droits que l'Etat prussien revendique il les envisage surtout comme des devoirs pour lui-même, et que la haute fonction de l'enseignement est à tous égards mieux traitée en Allemagne qu'elle ne l'est chez nous.
c. — Polilique commerciale.
C'est surtout par sa polilique commerciale qu'un gouvernement peut agir efficacement sur la vie économique et, par suite, sur la vie nationale tout entière. Il y a longtemps qu'en matière de relations internationales la politique du « laisser-faire, laisser-passer » est abandonnée. La concurrence entre les nations a pour conséquence une intervention du gouvernement dans les échanges pour les réglementer.
On peut soutenir sans doute que la liberté du
publication de rapports détaillés sur le commerce de l'Allemagne avec tous les pays du monde. Ces rapports, d'un caractère officiel, analogues à ceux si appréciés du Foreign o/^ce, paraissent comme ces derniers dans le format in-S".
344 CAUSES DE l'essor industriel et commercul.
commerce est un corollaire de la liberté du travail et de la propriété. Le commerce est un genre de travail qui a droit, lui aussi, à ses franchises. Toute entrave apportée aux échanges semble au premier abord un obstacle arbitrairement placé entre le besoin et la satisfaction; et le principe de la liberté commerciale ne semble pas moins bien fondé pour le commerce international que pour le commerce intérieur.
Ce principe pourtant l'Allemagne ne Ta jamais accepté dans son intégrité, par cette raison fondamentale que son application rencontre des faits sociaux dont il faut tenir compte ; la liberté absolue des transactions est inconciliable avec la stabilité des relations commerciales. Et c'est en somme parce que l'industrie et le commerce ont besoin du lendemain, que le système de la protection a prévalu depuis quelques années dans la majorité des Etats de l'Europe.
Nous ne pouvons, dans ce petit volume, étudier la question toujours si débattue des inconvénients et des mérites respectifs du libre échange et de la protection. Aussi bien est-ce une question que l'esprit du parti a, en Allemagne comme chez nous, un peu dénaturée. C'est une faute, à mon sens, d'ériger le protectionnisme et le libre-échange en systèmes absolus et de se retrancher, quelles que soient les circonstances, dans une seule des deux opinions. La valeur du régime protecteur ou libre échangiste provient surtout des faits et de l'état des nations : il n'y a pas ici de dogme.
l'action du gouvernement. 345
J'ai, au cours de mes voyages, recueilli avec une égale imparlialilé les récriminations des producteurs sur le prix infime auquel ils doivent livrer leurs produits, et celles des consommateurs sur la cherté de la vie, et l'augmentation du prix de beaucoup de choses.
Ce qui me paraît certain, c'est que les grandes nations sont tout à la fois contraintes de sauvegarder avec les sources de leurs subsistances, leur raison de vivre, ce qui rend indispensable une certaine protection, et de progresser par leurs échanges avec l'étranger, ce qui demande une certaine liberté.
C'est une question d'art politique que de trouver la juste mesure. C'est surtout au génie des hommes d'État qu'il appartient de comprendre la situation économique à un moment donné, de marquer le point où pour chaque objet il convient de s'arrêter dans la voie de la protection. C'est aux hommes d'État qu'il appartient de voir, après un examen scientifique, souvent difficile, de la question, jusqu'à quel point tel ou tel progrès industriel peut modifier les conditions de la production et des échanges entre les peuples (l).
Les évolutions de la politique commerciale de l'Empire allemand depuis 1870 sont fort intéressantes à étudier. Il nous suffira d'en rappeler ici les phases principales.
Au moment de la guerre, l'Allemagne, tributaire
{!) Cf. Funck-Brentano et Dupuis, Les tarifs douaniers et les traités de commerce (1896), chap. I.
346 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
au point de vue industriel de l'étranger, était plutôt libre-échangiste. Bismarck s'était, en somme, dans la période 1866-70 montré au sein des Zollparlamente favorable à un abaissement des tarifs (O.
Puis lorsqu'après la guerre il se fut engagé dans le Kullurkampf , il n'hésita pas, pour trouver des alliés dans sa lutte contre les catholiques, à accepter une partie du programme des nationaux-libéraux et des idées de l'école de Manchester, en particulier un régime douanier assez voisin du libreéchange. Peut-être aussi présumait-il un peu trop à ce moment des forces de son pays.
Ce furent les crises économiques par lesquelles l'Allemagne passa bientôt, qui déterminèrent Bismarck, en même temps que le Kulturkampf s'apaisait peu à peu, à se faire protectionniste, et à réclamer énergiquemenl l'intervention de l'État dans toutes les questions économiques et sociales.
Nos cinq milliards, en apportant une apparence de richesse à un pays relativement pauvre, firent un instant perdre la tête à beaucoup de gens; on avait cru qu'il suffisait de se croiser les bras. Un grand nombre d'entreprises témérairement lancées avaient sombré : un grand krach s'était produit en 1873. Le pays était alors si affolé que Bismarck.
(1) V. sur les idées économiques de Bismarck dans la première période de sa vie, et son peu de sympathie pour le développement de l'industrie, J. Wolf, Zeilsclirift fur Socialwissenschafl, 19 juillet 1899, p. 477.
l'action du gouvernement. 347
pour faire diversion, avait même songé à recommencer la guerre (i).
L'organisation économique de l'Allemagne était d'ailleurs très défectueuse. L'insuffisance de la production avait amené de grands besoins : on n'avait par exemple ni assez de charbon, ni assez de locomotives, ni assez de machines de toute sorte. Les prix de certaines choses s'étaient démesurément élevés.
Le brusque accroissement du nombre des producteurs troubla alors profondément le pays. Certaines sociétés industrielles furent prises comme d'une subite folie. Quelques-unes firent presque autant de mal que celles organisées pour l'exploitation de la crédulité par la fraude.
Cinq ou six ans après la guerre on parlait partout d'un appauvrissement général. L'industrie allemande se développait mal; la production était dans une anarchie complète; la misère augmentant dans les villes comme dans les villages, les populations émigraient pour aller chercher au loin le travail qui chez elles ne suffisait plus à leurs
(1) On attribue cette parole à un haut fonctionnaire de Berlin en 1875. « L'indemnité de guerre a été notre ruine. Si au lieu de cinq milliards la France nous en avait donné dix, nous tendrions nos chapeaux le long des routes en demandant l'aumône. La plus grande partie des milliards de l'indemnité a en réalité disparu dans des spéculations qui n'ont profité qu'à des tripoteurs ! » Il ne faudrait cependant pas prendre cette boutade trop à la lettre. Nos cinq milliards, accrus encore par le crédit que procure toujours la victoire, avaient mis aux mains du Gouvernement le capital qui lui avait manqué : il avait remboursé une partie de sa dette. C'est ce brusque , remboursement qui jeta dans la circulation des sommes considérables qui furent engagées dans des spéculations téméraires.
•U8 CAUSES DE l'essor INDUSTRIEL ET COMMERCIAL.
besoins (1). On put croire et répéter de bonne foi que la guerre, en donnant à l'Allemagne le prestige de la \ictoire, avait été funeste à la fortune publique de ce pays. Beaucoup sepersuadèrentque les besoins de l'outillage militaire devaient nuire inévitablement à ceux de l'outillage industriel (2). L'exposition universelle de Philadelphie (à laquelle d'ailleurs, il faut le reconnaître, la plupart des grands industriels n'avaient point pris part (mit en relief, en 1876, l'étatd'abaissementde l'industrie germanique. Le professeur Reulleaux, qui représentait l'Allemagne dans le jury de cette exposition, écrivit un jour avec amertune : « Sur le terrain industriel, nous avons subi une défaite égale à deux Sedan. On croyait que l'Allemagne unie et régénérée devait occuper le premier rang dans la production universelle et surpasser les autres nations... C'est tout le contraire qui arrive... L'industrie allemande ne produit que des objets de mauvaise qualité et de minime valeur. Elle n'a fait aucun progrès, ni comme goût, ni comme invention. En fait d'outillage industriel, elle n'exhibe que ses gigantesques canons Krupp, qui se dressent comme une menace au milieu des produits pacifiques envoyés par les autres nations (3). w
(1) L'émigralion, qui est maintenant descendue au-dessous de 25.000 individus par an, était alors de plus de 100.000 (Moyenne de la période décennale 1875-1885 : 109.414).
(2) V. notamment OEchelhâuser, Die tvirlhschaftliche Krisis. 1876. Cf. la remarquable introduction du compte rendu de la Chambre de commerce de Breslau pour 1896.
(3) On a établi par un diagramme, pour les années 1874 à 1876.
l'action du gouvernement. 349
Aussi comprend-on que Bismarck, à l'exemple des autres grands États (Autriche, Russie, France), ait voulu, pour protéger l'industrie languissante, élever les droits de douanes, en s'appuyant sur les deux partis conservateurs qu'il avait combattus précédemment, le parti conservateur prussien et le centre. Il cherchait d'ailleurs à ce moment à procurer au gouvernement impérial par des impôts indirects élevés des ressources indépendantes du vote annuel des États confédérés. Bismarck n'a Jamais considéré au surplus la protection et le libre-échange comme des vérités immuables. Il n'hésitait pas à passer de l'un à l'autre système comme un médecin prescrit ou ne prescrit pas le quinquina à ses clients suivant leur état physiologique. Les médicaments protectionnistes peuvent évidemment contribuer au développement de certaines industries W.
Les partis libéraux ayant perdu aux élections de 1878 la majorité, sa tâche devint plus facile. Il
l'état des affaires de 103 sociétés par actions. Ces 103 sociétés, dont le capital montait à 445 millions de marcs, virent leurs affaires diminuer de 333 millions. Il fallut congédier plus de 100.000 ouvriers, et la perte en salaires fut au moins de 100 à 120 millions de marcs. Cf. les statistiques données dans le Vorioarts, année 1878, n" 55, d'où il résulte que ce sont les ouvriers qui ont été surtout victimes du malaise. Les actionnaires ont encore, dans la plupart de ces sociétés, touché des dividendes; les ouvriers au contraire ont vu leur travail déprécié de 42 0/0.
(1) Sur l'absence de doctrine économique chez Bismarck, V. Charles Benoist, Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1899, p. 378-380. « 11 étendait à l'économie politique la haine dédaigneuse qu'il avait vouée à ce qu'il nommait la politique des professeurs ».
350 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
obtint aisément le vole d'un tarif douanier protectionniste en même temps que le rachat de tous les chemins de fer par l'État. L'application des idées nouvelles, qui comportaient tout un programme d'intervention de l'État dans la vie économique de la nation, se fit lentement, par fragments, sous forme de lois de détail arrachées peu à peu au Reichstag.
L'Allemagne s'entoura de barrières non pas seulement pour protéger, comme nous venons de le dire, son travail national, mais surtout pour écarter les produits étrangers, et assurer à ses producteurs le marché allemand W. On espérait même arriver à détruire dans l'esprit du peuple, cette conviction que les produits étrangers (français et anglais surtout) étaient supérieurs aux produits similaires allemands.
L'Allemagne n'était point la première à s'engager dans ce courant de protectionnisme. La Russie était entrée depuis longtemps déjà dans cette voie; elle avait même en 1877 aggravé ses tarifs en exigeant que les droits de douanes fussent acquittés en or. L'Autriche en 1878 avait inauguré un régime quasi-prohibitif dirigé surtout contre
(1) « Il ne s'agit pas, disait Bismarck dans le mémoire remis au Reichstag en 1879, de venir en aide à cerlaines brandies de l'industrie nationale par des tarifs ou des impôts, il s'agit d'assurer à Vensemhle de la production allemande un écoulement certain sur notre marché ». Certaines considérations financières, auxquelles les besoins croissants de l'Empire donnaient une gravité particulière, étaient aussi en jeu. Cf. Poschinger. Bismarck als Volksiuirth, et Dif HandelspoUtik dex deutscheii Reiches, 1899, p. 248 et suiv.
l'action du gouvernement. 351
les produits anglais. La France se préparait à conclure (1881-82) une série de traités, dont on s'effrayait un peu à l'avance, avec la Suisse, l'Espagne, la Belgique, le Portugal, la Suède, la Norvège, les Pays-Bas. Ce courant protectionniste qui passait alors sur l'Europe s'expliquait dans une large mesure par le désir de protéger l'agriculture; il était comme une victoire de ceux, publicistes, économistes, agriculteurs, qui avaient attiré l'attention sur la concurrence désastreuse que les produits agricoles du nouveau monde faisaient aux produits européens, et sur la diminution inquiétante des prix d'un grand nombre de marchandises.
Le système protectionniste inauguré en 1879 a-til été aussi utile soit à l'agriculture soit à l'industrie que les protectionnistes le prétendent? Il est permis d'en douter. Il est certain du moins qu'à partir de ce moment, les Allemands abrités derrière leurs tarifs, travaillèrent avec plus d'ardeur qu'auparavant à perfectionner leur industrie. Celle-ci prit une extension considérable. Les produits allemands purent à ce moment pénétrer assez aisément chez nous à la faveur du tarif conventionnel, tel qu'il résultait des traités de commerce que la France avait, comme nous venons de le voir, renouvelés ou conclus à partir de 1881 pour une période de dix ans, et en profitant d'une des clauses du traité de Francfort, de l'article H, qui garantit pour une durée illimitée aux produits français entrant en Allemagne, et aux produits allemands entrant en France, le traitement le plus favorable ac-
352 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
cordé aux autres puissances : l'Allemagne nous avait à moitié fermé son marché tout en conservant le nôtre. C'est, pour le dire en passant, cette situation si pénible pour nous qui devait être une des causes du revirement de notre politique douanière en
Il est néanmoins assez difficile de dire si c'est à la faveur de ce régime ou malgré ce régime que se fit le développement industriel et commercial que nous venons de décrire. Ce qui paraît certain c'est que les remaniements dont le système économique de la Prusse et même de l'Allemagne entière fut l'objet jusque vers 1885, troublèrent d'abord profondément le cours naturel des choses W.
Le revirement de la politique commerciale de l'Empire ne pouvait en effet se produire sans occasionner un certain trouble et sans nécessiter une période de transition difficile. L'essor industriel et commercial de l'Allemagne fut d'ailleurs ralenti à ce moment par la « politique sociale « de Bismarck, qui fut alors en butte à une vive opposition du parti libéral, lequel se recrutait principalement dans la bourgeoisie, l'industrie et le com-
(1) Faisons remarquer en passant que cette idée, en apparence très louable, de la proteclion du travail national n'a peut-être pas donné en Allemagne les résultats qu'on espérait parce qu'elle n'a pas trouvé le complément qui lui eût été nécessaire dans une organisation professionnelle. Le capital international semble avoir bénéficié autant que le travail national de la politique alors suivie. Je suis absolument convaincu (tout en reconnaissant l'utilité de la protection pour certains produits) que le « travail » n'a point en Allemagne participé autant que le capital aux bienfaits du régime protecteur.
l'action DU GOUVERNEMENT. 353
merce. En s'occupant des classes populaires et des ouvriers, Bismarck, j'en ai recueilli maintes fois l'aveu, inquiéta un certain temps les capitalistes, les patrons et entrepreneurs de toute sorte : ils trouvaient l'atmosphère gouvernementale beaucoup trop imprégnée de socialisme.
Mais les Allemands, avec leur esprit laborieux, ne tardèrent pas à voir combien étaient compliqués les problèmes qui se posaient devant eux. Ils comprirent qu'il leur importait de se mettre en rapports plus étroits avec les grandes nations industrielles, d'étudier avec soin les procédés techniques et les conditions économiques des peuples voisins, de changer au besoin leurs méthodes. Le Zollverein, en facilitant les relations économiques, en supprimant les obstacles intérieurs qui gênaient le commerce et l'industrie, avait déjà rendu depuis longtemps sensible aux yeux les plus prévenus, la solidarité des intérêts allemands.
Ils virent surtout que le marché intérieur commençait à être saturé. A mesure que Tindustrie se développait et se perfectionnait il devenait plus nécessaire de trouver au dehors des débouchés. L'Allemagne usait ses forces dans une guerre douanière qui devenait d'autant plus fâcheuse pour elle que toutes les nations s'étaient fermées peu à peu, et que l'Angleterre parlait de conclure avec ses colonies un pacte douanier qui eût enlevé aux produits allemands un de leurs principaux marchés (i).
(1) Cf. E. Le Clerc, Les projets de runion douanière Pan-Britan-
354 CAUSES DE l'essor industriel et commercial.
Comme il était facile de prévoir qu'à l'expiration de nos traités de commerce nous ne manquerions pas de modifier un état de choses dont nous souffrions, elle se prépara à faire une évolutiom en sens inverse de la nôtre et à revenir à la politique que nous-mêmes abandonnions ('). Qu'il nous suffise de rappeler que le gouvernement de Guillaume II, se hâta, après la chute de Bismarck, d'adopter un régime nouveau. Sans revenir au libre-échange, il conclut une série de traités de commerce, d'abord avec les alliés politiques de l'Empire, l'Autriche- Hongrie et l'Italie (1891), puis avec les autres États
nique. Annales de l'École libre des sciences politiques, novembre 1899. (1) Dans le mémoire qu'il présenta en 1892 au Reichstag le comte de Caprivi ne manqua pas de faire remarquer comment, à la suite de vives récriminations, le courant protectionniste s'accentuait en France et devait amener un changement dans notre politique commerciale. « La tendance des nations européennes, ajoutait-il, est aujourd'hui d'assurer le marché national aux produits nationaux, de se donner dans ce but toute liberté d'action, en se bornant à des tarifs autonomes. Maintenant que notre industrie a grandi, il faut nous occuper avant tout de trouver des débouchés, et devant les résistances qu'on nous oppose il faut distinguer suivant qu'il s'agit de l'Europe ou des pays d'outre-mer. La véritable politique à l'égard de ces derniers, c'est celle qui consiste à obtenir dans les meilleures conditions les matières premières en échange de nos produits manufacturés. Lorsqu'il s'agit au contraire d'exporter en Europe nous devons tenir compte de la spécialisation des différentes industries combinée avec les dispositionset les goûts particuliers de tel ou tel peuple... Bien qu'il soit difficile de concilier le désir de s'assurer le marché national avec l'intérêt, capital aujourd'hui pour nous, de trouver des débouchés, il n'est pas impossible d'arriver à conclure des traités de commerce. C'est même le moyen de garder la dose de protection nécessaire, en évitant l'incertitude déplorable où le manque de limites contractuelles laisse tous les Étals qui se laissent entraîner à une véritable course au clocher dans la voie du protectionnisme ».
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de l'Europe, Suisse, Belgique, Serbie, Espagne (1893), Russie (1894), en prenant soin de mesurer ses concessions de manière à ne pas avoir à souffrir par ricochet du fameux article 11. Le changement de système commercial de l'Allemagne, qui se liait à un changement de politique étrangère, avait surtout pour but d'ouvrir un marché aux produits de l'industrie allemande et de préserver des crises produites par les brusques changements de tarifs le commerce avec les pays qui n'étaient pas liés par des traités, L'Allemagne a eu un véritable mérite à prendre, à un moment où le courant était au protectionnisme, l'initiative d'un retour à la politique, redevenue avantageuse pour elle, des traités de commerce. Elle en a été récompensée, car elle a supporté finalement la crise économique générale des années 1890-1894 beaucoup mieux que la France.
En voici brièvement la preuve. En 1890 (quoique l'Allemagne eût déjà sur nous à ce moment une forte avance), l'activité commerciale des deux pays avait été, en somme, assez satisfaisante. Une période de dépression générale estensuite survenue; elle a duré jusqu'en 1894, et l'année 1895 a vu se produire une reprise. Or, il est incontestable que la France et l'Allemagne ont subi dans une mesure très inégale l'influence de la situation médicale du marché universel. Le relèvement de 1895 a laissé l'exportation française inférieure de 380 millions à celle de 1890, tandis qu'en Allemagne ce même relèvement a permis d'atteindre, à 10 millions près
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le même niveau qu'en 1890, de sorte que l'écart entre les exportations des deux pays, déjà très affligeant pour nous en 1890^, s'est trouvé presque doublé en 1895. Les chiffres de 1896 et ceux de 1897 ont pour l'Allemagne dépassé de 100, puis de 330 millions, ceux de 1890^ alors que nous restions toujours en dessous.
Les Allemands ne sont-ils pas en droit de conclure que leur pays a mieux résisté que la France aux facteurs défavorables, tels que l'abaissement général du prix des marchandises, les entraves douanières, etc., que ces négociants ont fait preuve de plus d'énergie et d'intelligence et que l'Allemagne s'est trouvée en meilleure situation que la France pour profiter de l'essorde 1895 (0?
Le commerce de l'Allemagne se trouve actuellement réglé avec une certaine fixité pour une période assez longue et l'ensemble de sa production est fortement protégé par des taxes d'apparence modérée qui lui permettent une vigoureuse expansion (2).
(1) « L'Allemagne, dit avec raison, je crois, M. Raffalovich, a ressenti les effets avantageux de la politique inaugurée si intelligemment en 1892 par le comte de Caprivi et le baron de Marschall : elle a obtenu la sécurité des débouchés et la stabilité des droits de douane à l'étranger ». Cf. Handwôiierbiich der Staalswissenschaflen, 2« supplément, 1897, v" HandeUpolitik (article de Lexis). Wortcrhiich der Volkswirthsclinft, I, 1898, v'» Handelspolilik et Handelwertrdcje {&î\ïcles de K. Rathgen), Vosberg-Rekow, Die Polilik der Handelsvertràge in iliren Grundzûgen gemeinfassliçh zusammengesleUl. Berlin,
(2) Cf. Schmoller. Die Wandlungen der europàischen Handelspoli. tikim Id'en Jahrhundert Jahrbuch fur Gesetzgebung, t. xxiv, p. 373.
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La France a vu arriver la fin de ses traités de commerce à un moment où le courant protectionniste avait envahi la plus grande partie de l'Europe. Elle s'est jetée dans ce mouvement. Le régime des traités de commerce lui avait valu quelques déboires : avec sa tendance fâcheuse à passer d'un extrême à l'autre, elle a renoncé à ces traités alors qu'il eut fallu les améliorer. On a, en faisant appel au sentiment national, relevé les taxes et inventé la théorie de « l'indépendance économique » et on s'est lancé dans un système d'une grande instabilité. Notre commerce d'exportation a bien de la peine aujourd'hui à défendre les positions qu'il occupe et perd chaque jour du terrain. Beaucoup d'usines ont dû se fermer, le chômage s'est accru, bon nombre d'industriels, qui avaient salué avec enthousiasme le principe de l'indépendance économique ont dû reconnaître ses inconvénients. Dans nos relations avec l'Allemagne, ce qu'on appelle la (( liberté de nos tarifs » me semble une duperie. Pendant que les Allemands peuvent travailler en sécurité à l'abri de leurs traités (0, nous. Français, nous n'osons rien entreprendre, et nous sommes finalement victimes d'un régime qui empêche la
(1) Il est certain qu'on reprochait bien plus aux industriels allemands en 1892 qu'à l'heure actuelle de manquer d'initiative et de confiance dans la force de l'industrie nationale. L'Allemagne a su d'ailleurs, dans la conclusion de ses traités, tenir compte de la considération suivante : l'abaissement d'une taxe douanière ne peut avoir d'ulilité que si elledoit permettre aisément l'exportation des produits allemands.
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plupart de nos produits de paraître sur les marchés libres du dehors (i).
L'Allemagne tire au contraire de sa nouvelle politique un excellent parti. Les rapports consulaires sont tous d'accord à cet égard (2).
Les rapports des chambres de commerce allemandes ne sont pas moins significatifs. « Alors même, disait la chambre de commerce de Kiel, qu'on pourrait leur adresser quelques critiques de détail, il faudrait être aveugle pour ne pas reconnaître qu'ils ont abouti à d'heureux résultats. Ils ont contribué dans une large mesure à l'admirable essor économique de l'Allemagne contemporaine, et ont amené une grande stabilité dans nos relations commerciales ».
En réponse aux attaques dirigéees par les agrariens contre les traités de commerce, la chambre de commerce de Hambourg n'a pas hésité à déclarer que cette politique a été une bénédiction pour le pays [eine ausserordentiich segensreiche
(1) Cf. la lettre de M. Marc Maurel reproduite dans le Monde économique du 4 décembre 1897, p. 710. Il est surtout difficile de nier que les tarifs protectionnistes aient eu de fâcheux effets sur le mouvement des affaires de nos grands ports. Le mouvement du port de Gênes a augmenté depuis cinq ans d'un million de tonnes. Marseille en a perdu autant. La campagne que les protectionismes ont menée en faveur de l'agriculture a mécontenté un grand nombre de commerçants et a contribué à paralyser l'esprit d'initiative qui, nous l'avons vu, ne leur fait que trop souvent défaut.
(2) V. par exemple, Recueil consulaire du royaume de Belgique, 1897, p. 422. Foreign office, Annual séries, juin 1897, n" 1942, p. 3 et 25. Ibid., juin 1898, n» 2122, p. 22. Export, 13 octobre 1898, p. 516, etc.. V. Die Handelspolitik des deutschen Reiches, p. 310 suiv.
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Politik) (1). Mêmes réflexions dans les rapport des chambres de commerce de Breslau, de Leipzig-, de Plauen, de Stuttgart, de Nuremberg. Cette dernière se prononce nettement en leur faveur : « C'est, dit-elle, le vrai moyen d'assurer des débouchés aux produits industriels de notre région : c'est aussi au point de vue national un moyen de fortifier l'Empire ». Et elle engage les industriels à rétorquer les attaques des agrariens, et de tous ces « ignorants en matière économique » qui les combattent (2).
(1) Handeh Muséum, 13 janvier 1898, p. 16. Tous les rapports des chambres de commerce que j'ai parcourus reconnaissent aussi les bons effets qu'ont eus les derniers traités de commerce sur le développement économique de l'Allemagne. Cf. Jaenicke, Die Wirkung der Handelsverlrdge in Deutschland, Hatidels-Museum, 1897, II, p. 353; et Handelsvertrage in Deutschland, Exporl, 22 juillet 1897. On consultera avec fruit sur ce sujet l'ouvrage de G. Gothein (député de Breslau), Die Wirkung der Handelsvertrage, 1895. ]:M. Gothein a réfuté aussi dans deux excellents articles de la Revue Die Nation, t. XIII (1895-1896), p. 99 et 120, les théories du comte Slrachwitz et du comte ,Kanitz, qui avaient prétendu que le traité de commerne avec la Russie était l'équivalent d'une guerre perdue par l'Allemagne. Il montre au contraire que la sage politique de Caprivi a rendu à l'Allemagne à ce moment de véritables services.
(2) Jahresbericht der Handels und Gewerbekammer fur Miltelfranken, 1897, p. 11-12; cf. p. 121, 144, 203. « Il exisie aujourd'hui, dit la chambre de commerce de Hambourg, un sentiment d'insécurité et de malaise qui exerce une influence paralysante dans les cercles commerciaux... On excite la .population contre le capitalisme; au nom des prétendus intérêts des classes moyennes et de l'agriculture on fait la guerre contre le développement naturel des choses... C'est sous le régime de cette législation si attaquée que l'Allemagne a fait d'étonnants progrès dont après tout les classes moyennes et l'agriculture ont bénéficié. En voulant protéger ceux qui sont économiquement arriérés par des moyens artificiels on les détourne de l'amélioration
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La politique commerciale actuelle de l'Allemagne est loin d'être définitive. C'est la question agraire surtout qui joue ici un grand rôle. On peut même soutenir qu'il s'agit, au fond de tous les débats, de savoir si on doit pousser l'Allemagne à se transformer de plus en plus en Etat industriel, ou si au contraire on doit, à l'aide de tarifs plus ou moins élevés, lui conserver son caractère ancien d'Etat agricole. S'il faut se laisser guider par l'intérêt du plus grand nombre on reconnaîtra qu'il importe avant tout aujourd'hui à l'Allemagne de se procurer des matières premières à bon marché et de s'assurer des débouchés (i).
Jusque vers 1875, l'Allemagne exportait des produits agricoles, et on pouvait dire alors en vérité que c'était un pays surtout agricole. Mais en voyant quelle quantité de grains, de viande, de lard, d'œufs et autres objets de consommation, elle importe aujourd'hui (pour près de 2 milliards de francs) on doit reconnaître qu'elle est vraiment aujourd'hui un pays industriel; et cette révolution s'est faite en moins de vingt-cinq ans (2).
qui doit résulter de leurs efforts, et on rend leur condition pire ». D'après la comrauuication de M. Henri Soelbeer aux congrès de la législation douanière à Anvers (septembre 1898), la majorité des chambres de commerce allemandes (127 sur 150) serait favorable à un protectionnisme modéré... La modération consiste à réduire les droits d'entrée sur les grains et à refaire des traités commerce comportant de part et d'autre des réductions de tarifs.
(1) Wailer Trôllsch. Ueber die neuesten Veiiinderungen im deutschen Wirthschaftsleben, 1899.
(2) Rien n'a fait plus de tort au comte de Caprivi que le mot prononcé par lui au moment de la discussion des traités de commerce :
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Si le système des tarifs fixes qui prévaut aujourd'hui chez les Allemands a l'avantage de garantir une certaine stabilité dans les relations commerciales pour un temps déterminé, il a aussi l'inconvénient d'obliger le pays à respecter des conditions qui peuventdevenir fortonéreuses pour luimême lorsque des changements notables sont suryenus et que le prix de certaines marchandises s'est modifié. Telle est la situation dans laquelle l'Allemagne se trouve, par exemple, vis-à-vis des États-Unis. Liée par un traité à tarif fixe, elle ne peut, malgré la baisse de prix des céréales, augmenter ses droits à l'entrée pour protéger sa pro-
« Deutschland ein Industriestaat ». Cf. Lujo Brentano. Unsere ivirthschaftiiche Lage und ihre Forderungen, dans les Miinchener nsuesle Nachrichten du 21 août 1897. V. sur la situation respective des populations rurales et des populations industrielles, les articles de Seelig, Landwirlhschaft und Volksertiàhrung dans la Revue Die Nation, des 17 et 24 septembre, des l^r, 22 et 29 octobre 1898. V. aussi Arndt (Paul), Wirthschaflliche Folgen der Entwickelung Deutschlands zum luduslriestaat. Berlin, 1899, iulius. Deutschland als Agrar und Industriestaat. Preussische JahrbùcJier, septembre 1899, p. 492, Buchenberger, Grundzûge der deutschen Agrarpolitik {2^ édit., 1899, p. 221-227. Von der Goltz. Vorlesimgen iiher Agrarwesenund Agrarpolitik, 1899. Brentano et Kuczinski. Die heutige Grundlage der deutschen Wekrkraft 1900. Cet ouvrage étudie avec une remarquable perspicacité la question de savoir dans quelle mesure la transformation de l'Allemagne, pays jadis agricole, en pays industriel peut compromettre la force défensive de l'Empire. Les auteurs, avec de nombreuses statistiques à l'appui, s'efforcent de réduire à leur juste valeur les craintes des pessimistes. Ils paraissaient rac'me croire que les populations industrielles sont douées d'une plus grande force de résistance que le populations rurales. Ils n'ont pas de peine surtout à démontrer que cette transformation de l'Allemagne accroît notablement ses ressources financières, ce qui dans l'époque de luttes économiques, que nous traversons a une grande importance.
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duction nationale; ou ne peut nier que ce traité ne contribue par là à accroître le malaise dont souffre l'agriculture allemande.
Aussi ne faut-il pas être surpris de voir beaucoup d'Allemands demander aujourd'hui au gouvernement de substituer au système des tarifs fixes un système de conventions, accordant les « droits de la nation la plus favorisée », et de conserver en matière douanière une plus grande liberté. Ils prétendent qu'il faudrait que le gouvernement puisse, pour favoriser l'essor économique de l'Allemagne, diminuer ou augmenter les tarifs suivant les circonstances.
Cette clause « de la nation la plus favorisée », est-elle si recommandable? Bien qu'elle nous ait donné le droit de revendiquer pour nos produits tous les avantages consentis par l'Allemagne à une nation quelconque, nous n'avons en définitive que très peu profilé de cette disposition. Comme on l'a faitremarquer, les Allemands, dans l'établissement de leurs tarifs, ont cherché habilement à faire des concessions de médiocre importance et à éluder le plus possible vis-à-vis de nous les effets de la clause. Grâce au vague de leur tarif général et à la spécialisation minutieuse avec laquelle ils ont eu soin de décrire un certain nombre de produits autrichiens, italiens, suisses oubelgesauxquelsils accordent des réductions, nous ne pouvons pas nous en prévaloir parce que nous n'exportons pas d'articles exactement identiques.
Les questions de politique commerciale actuelle