‹ L'essor (volume 2)Chapitre 8 sur 18 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

La statue de Guépratte, au vernissage du Champ de Mars, était pour Lucien une obsession. Déjà, il avait été l'admirer, dans le jour froid du jardin de sculpture; il y retournait, quand, d'un flot de têtes, émergea Symore, auquel il dit :

— Ton tableau est très bien.

Comme ils n'en étaient pas éloignés, ils

fendirent la foule pour le regarder. Il faisait sensation, ce matin d'avril blanc de gelée : une prairie le long de la rivière, avec des vaches et une pastoure, un chien, des saules frileux sur un

ciel mauve. Des peintres, amis de Symore,

examinaient la toile.

— Ils me bêchent, dit-il gaiement.

Tiens, Manon, avec Jorkins. Et à l'oreille de Lucien :

— C'est donc fini, vous deux?

— Mais, dit Lucien, cela n'a jamais continué sérieusement.

Il rougit de son mensonge, vexé pourtant de se voir formellement évincé par le graveur anglais, joli garçon aux cheveux couleur de bière, long et nerveux comme un cheval de courses. Manon, à laquelle il témoignait une tendresse trop intermittente. n'étail-el!e {)as bien libre de lui en préférer un autre? A voir avec quel abandon plein d'aisance elle se suspendait au bras de Jorkins. dont les regards épris l'enveloppaient, il fut jaloux. Puisqu'il la perdait, elle redevenait désirable. Du moins il eut l'esprit Je faire bonne contenance.

On se serrait les mains, il salua Manon.

Elle lui tendit sa main gantée, douce et insensible, en levant sur lui un regard clair, d'où l'intimité s'était retirée, pour n'y laisser que cette camaraderie que la possession passée avive d'un regret. Elle s'était donnée, elle s'était reprise; il restait son débiteur pour de savoureux instants. De quoi son amour-propre se fût-il plaint? Elle lui avait rendu plus encore qu'il n'avait donné. La gerbe de mimosas et d'œillets par lui offerte, symbole de leur passade, au milieu d'un marché public, avait vécu, s'était fanée : voilà tout! Que n'était-il, depuis six semaines, retourné chez elle? Que ne lui avait-il écrit? C'était bien fait. Mais il avait beau en convenir, cela lui faisait mal : ainsi une aiguille, sans entrer fort ni profond, pique au vif.

La foule, dans les salles envahies, circulait plus difficilement, en courants contraires, qui formaient remous au passage des gens célèbres. L'actrice universelle, l'incomparable tragédienne s'avançait, dans un cortège d'amis. Maquillée de rose, les yeux fous, la bouche en fleur saignante, elle étincelait d'une flamme de théâtre, toujours svelte et jeune, auréolée d'or, sous un chapeau à grandes ailes. Elle répondit d'un sourire au salut de Symore. Lucien reçut au vol un peu de ce sourire, et se rappela combien elle l'avait troublé jadis, blanc fantôme d'Andromaque, quand son bras, relevant la draperie sur l'épaule, avait presque découvert l'intimité de la femme.

Si peu, ce reflet d'une sensation morte suffit, pour qu'une volupté vague et infinie refluât en lui. Elle émanait des murs, réfractée par ces toiles sur lesquelles se modelaient de nus et blancs corps de femmes, miroirs indiscrets de la beauté cachée de ces autres femmes, élégamment vêtues, qui, aux bras de maris ou d'amants, soulevaient de leur traîne une transparente pousssière bleue, chargée d'effluves de vie. Ce ne fut plus Manon, ni le spectre vain d'Andromaque qu'il évoqua : son désir tumultueux épousait le féminin entier cpars en ces salles, cart-ssait, là, tel torse peint de Déesse, ailleurs, ce vivant visage de Parisienne, velf>uté comme un fruit de serre. Et tout à coup, il reconnut au passage son propre

désir, incarné, déformé dans la silhouette de >L d'Artigues, qui, sans le voir, le frôlait.

L'avocat, longue figure de bouc aux yeux luisants, apparié le plus étonnamment du monde à sa petite chèvre noire de femme, la suivait, en jetant des regards malheureux aux autres femmes. Tenu en laisse, asservi au devoir conjugal, il paraissait supputer mélancoliquement quelles chances de répit lui laisserait la neuvième grossesse de M"** d'Artigues. Elle se retourna, l'appelant d'un coup de tête pareil à un coup de corne : il la rejoignit.

Lucien, charitable, souhaita à Tavocat quelque franche lippée, l'aubaine d'une galanterie secrète, tant la convoitise de ces intenses yeux jaunes l'avait touché. Il ne vit plus Manon, emportée avec les peintres, dans le flot.

Symore die :

— Tiens, les Braiim ! N'aie pas l'air de les voir. Ils ont essayé de me faire leur coup de la protection des arts. Ça n'a pas pris. Si tu avais vu leur tête ! Ne pouvant avoir mon tableau, que je ne voulais lâcher qu'à six mille, le père m'a dit : « Voyons, si vous faisiez mon portrait pas cher, en ami ? Je le mettrais dans mon salon ! Les gens diraient : — Qui a fait ce beau portrait? — Je dirais : — C'est M. Symore, un jeune peintre du plus grand talent ! Le lendemain, les plus jolies femmes de Paris vous commanderaient leur image! »

Lucien se mit à rire. Mais déjà Ephrem les avait aperçus, de son regard oblique. Il fondit sur eux, remorquant son père, gras et livide, qui soufflait péniblement, d'un air hargneux.

— Tous mes compliments, cher maître; votre tableau est admirable, exquis, divin!

Et le petit sourire perfide traduisait : « Six mille francs? — Six cents francs ; et bien payée encore, ta croûte ! »

Le banquier dit, avec un sourire louche :

— Monsieur Symore est trop haut perché pour nous, pauvres millionnaires. On voit que le talent ne lui coûte rien !

— Avez-vous vu lo harcclcc far le taon .? demanda Ephrem. C'est d'un inconnu, n'est-ce pas? Elle fait scandale. J'ai

L'actrice UNivEHùi-LLi;, Li.NcuiU'AUAULK tuagéuie.nne s'avançait.

L'Hssor

entendu dire cependant qu'il y avait là bien du talent. M. Guépratte est de vos amis, je crois?

Et se rétractant, comme s'il eût craint par un éloge de faire monter les prix :

— Du talent en herbe, des promesses surtout. M. Guépratte est pauvre, m'a-t-on dit?

Sous son air indifférent, une curiosité trop aiguë pour ne pas être intéressée perçait.

Symore se donna le plaisir de réjxjndn- :

— Non. il a de quoi vivre. I) "ail leurs sa statue est achetée ou va l'être?

-- Par l'Etat?

Non, j)ar un Améri(:ain «jui lui lait des proix>sitions superbes.

— On le cx)nnaît, cet Américain? demanda Ephrem sceptique, inquiet pourtant.

Symore dit tranquillement :

— Je le connais, mais ne vous dirai pas son nom. C'est le secret de Guépratte.

Ephrem eut un sourire jaune, regarda son père, et tendit une main aux doigts courbés en serre :

— Bonjour, monsieur Symore !

Le peintre et Lucien les virent se diriger rapidement vers le grand escalier.

— Bien amorcé! dit Lucien rendant hommage à la tactique de son ami. Paries-tu qu'ils vont à la recherche de Guépratte?

Et connaissant l'innocence du sculpteur, le voyant roulé déjà et vendant lo pour un morceau de pain :

— Tâchons de le retrouver avant eux et de lui faire la leçon. Sûrement, il va se laisser embobeliner \

— A moins qu'il ne les envoie promener ! dit Symore, un peu rassuré par la fierté irritable de l'artiste, mais désireux de le prévenir à temps. Justement le dcx^teur Pavas apparaissait :

— Hein ! Ça y est ! Notre ami s'est distingué !

Bien que le compliment eût pu s'adresser à Symore. il n'y eut pas d'équivonue. Le peintre dit :

— Oui, Guépratte est quelqu'un ! Je le cherche, l'avez- vous vu?

— Je le quitte à l'instant.

— Eh bien ! il faut le retrouver !

Et e;i deux mots, ils mirent Favas au fait. Il eut un rire sarcastique, ce plaisir amer qu'ont les coeurs souffrants à constater la laideur des autres. Son irritabilité empirait. Il la portait jusque dans son ser- \ice, au grand étonnement des internes, qui le savaient si patient, si doux aux malades. Il laissait pousser sa barbe, à présent. Cela le rendait méconnaissable.

— Regardez! dit-il, non, regardez ce tableau ! Pitié, mon Dieu !

Les Christs, cette année-là, sévissaient. Favas du ix)ing en montrait un, qui, flegmatique, sur un boulevard extérieur, conver- .sait avec ime pierreuse ; un souteneur se mêlait à la conversation, et un serg!.>nt de ville, près d'un kiosque de journaux, les é[)iait. A côté, sur un cheval violet qui se cabrait en lançant par les narines des ravons verts, une femme orange à queue de sirène roulait un visage convulsé; cela s'appelait :

« ridéal ».

— Est-ce assez insane ! dit le médecin. Et ces oies grasses qui se roulent dans l'herbe : des femmes, ça! Tenez, partons! J'ai mal au cœur!

Lucien dit :

— Je vous rejoindrai devant la statue de Guépratte.

Il venait d'apercevoir M"^ Novzé.

Elle errait lentement le long des galeries de bois, retenue au passage par des grès, des étains ou d'affreuses reliures de luxe, vestiges d'un art perdu. Il se dirigea vers elle, avec la peur qu'elle n'entrât dans une salle et qu'il ne la perdît. Elle lui avait dit qu'elle ne pourrait venir au vernissage. S'était-elle ravisée? avait-elle menti?

Depuis le jour où, dans son atelier, elle lui avait donné un espoir trouble et délicieux, elle s'était reprise, évitant, lorsqu'il s'était présenté chez elle, de le voir autrement qu'en présence d'un tiers. En vain lui avait-il écrit, sachant qu'elle était libre de sa correspondance, en vain, jouant le tout pour le tout, lui avait-il fait savoir qu'il l'attendraTt, tous les jours, pendant deux heures, car il avait fait cette folie de louer un petit rez-de-chaussée meublé dans le quartier de l'Etoile, elle s'était refusée à tout, sans explication, drapée dans ce si-

lence qui est la dernière dignité de celles qui se sont compromises, et qui reculent, parfois pour mieux sauter.

C'était son suprême espoir. Jamais il ne l'avait plus convoitée. Voulait-elle irriter ses désirs, lui inspirer un amour juvénile et; passionné, dont, ensuite, elle bénéficierait mieux, en femme blasée et savante? (^)ue de mystères, en elle! Peut-être n'avait-il qu'à oser, qu'à brusquer! Serge, dont l'amitié le servait d'une inconsciente complicité, n'était plus là, aide précieuse, obstacle aussi, par sa présence. M. Noyzé, après une scène violente, motivée par les mauvaises notes de so:î fils, avait imposé sa volonté, enfermé l'écolier dans un four à bachot ; à peine sortait-il le dimanche. Etait-ce d'y penser qui donnait à M"'" Noyzé cet air mélancolique?

Elle ne le voyait pas s'approcher, penci.''e sur une vitrine d'émaux. Les regardait--^1 le, inclinée sur le cristal comme on se mire cl^ns de l'eau? Son masque de parade s'était détaché ; il lui vit ce visage qu'on a pour soi seul, quand on ne se croit pas observé. Des humiliations secrètes, des chagrins qu'il eût voulu deviner donnaient un charme grave à ses traits. Il s'était arrêté derrière un pilier. Une très délicate pudeur le retenait de la troubler, de rompre, par œ que tout abord a de banal, la rêverie où il la voyait plongée. Si le regard exerce une fascination, aussi bien, attirée, elle allait tourner la tête vers lui.

Mais un homme lui touchait le bras sans façon, ne se découvrait pour la saluer, qu'ensuite. Ee heurt familier avait été spontané, la politesse n'était qu'un acte de convenance réflexe, ou de prudence, sous tant d'yeux qui pouvaient les reconnaître. Elle avait tressailli, et, ven rernlant légèrement, découvert l'inconnu : Tarpin-Malus, parbleu !

Eucien n'eut plus la moindre envie de se montrer,; rétrograda derrière une monumentale cheminée de bois sculpté, sur laquelle des faunes enlaçaient des nymphes. De là, il les voyait échanger quelq^ues phrases brèves, avec un effort de sourire mondain que démentait la préoccupation d'un regard, suppliant et irrité chez M'"" Xoyzé, ironique et cruel chez le vieil-

lard. Il ne put deviner leur débat, mais le jugea intime et poignant. Le sénateur semblait dicter des conditions, imposer un ordre. Puis il sourit, et sa bouche parut hideuse, suggéra l'infamie des baisers que pouvait donner ou recevoir cette l;x>uche.

Lucien eut un chagrin affreux.

M""^ Xoyzé appartenait à cet homme. Il le voyait, il le sentait, il l'eût crié. Ses poings se crispèrent d'une rage de meurtre à l'idée que ce vieux forban fît souffrir la jeune femme. Hélas! qu'était-elle elle-même?

Avilie, elle lui parut plus belle; la pitié honteuse, la plus dissolvante de toutes, l'attendrit. Tarpin-Malus saluait, l'air dur et vainqueur, tournait les talons. Enfin!...

Il s'élança. M"* Noyzé l'aperçut. Leur regard eut la violence d'un choc, ils en restèrent étourdis, tandis qu'une lie d'âme remuée leur envahissait la face. La surprise effrayée qu'elle eut à le reconnaître fut le pire des aveux ; et lui, ses traits, avant qu'il ouvrît la bouche, furent si parlants qu'elle se sentit découverte, mise à nu.

— Voulez-vous que je le soufflette? fit-il d'une voix saccadée. Qu'a-t-il pu vous dire, pour vous émouvoir à ce point ! Je le hais ! Ne niez pas, j'ai tout vu ! Parlez, ou je vais aller le lui demander? Ah! je le sais trop. Est-ce possible? Vous... vous!...

Elle se cramponna à son bras, le retint en lui enfonçant ses ongles dans la chair. 11 se tut, cette douleur lui faisait un bien extrême. Un abattement stupide tomba sur eux. Us descendirent machinalement le grand escalier. Elle se ressaisit la première, joua de cette ironie qu'elle savait si puissante sur lui :

Je \ouft admire, vraiment ! De quel droit fondez-vous sur moi, en matamore de théâtre? Mes amis ne i)euvent-ils me parler sans vous en demander auparavant la permission ? Est-ce que ces accès vous prennent souvent ?

Il la regarda, stupéfait, l'admira :

- Vous jouez bien la comédie. Je vous répète que j'ai tout vu. J'allais vous aborder quand cet homme vous a parlé. Votre attitude n'était pas équivoque. Quels droits il exerce sur vous, je ne veux pas le savoir, mais il en a, il vous fait souffrir! Je ne

supporte pas cette idée. Je vous aime, je serais un lâche si vos chagrins m'étaient indifférents ! Pourquoi ne comprenez-vous pas que je suis votre ami? Est-ce parce que je

l'épreuve ! Tenez, n'ai aucun droit,

suis jeune? Mettez-moi à je ne demande rien, je mettons que j'ai mal interprété votre entretien.

J'étais fou, mais fou de vous. Dites-moi quelque chose, ce que vous voudrez, je le croirai !

Elle le contempla d'une façon trouble et parut vouloir .se confier ù lui. puis n'oser, et le plaindre ; une malice perverse plissait sa lèvre, son visage prit une beauté diabolique, ses yeux devinrent noirs et profonds à donner le vertige. Elle déclara :

— Je veux bien accepter vos excu.ses. Maintenant, veuillez me laisser. Mes secrets .sont à moi. j'imagi.ie. Cependant, je suis bonne, et pour ne pas rester en butte à vos suppositions outrageantes, il se peut que je daigne, à mon jour et lieu, vous faire une confidence sur ce qui vous tourmente si ridiculement. D'ici là. j'entends re.ster libre. Faitesmoi la grâce de me quitter ! Je le désire !

« Comme elle ment, se disait-il, comme elle ment ! » Et de voir qu'elle triomphait si vite, il releva la tête :

— Pourquoi me faites- vous .souffrir?

Ai-je manqué de délicatesse? La jalousie est une bête brute. J'ai cru... J'ai eu tort. Gardez vos secrets, que m'importe! Mais ne soyez pas si dure ; ah ! vous êtes trop dure pour moi !

Agitée encore, mais redevenue maîtresse

de la situation, elle s'accorda quelque pitié :

— Mon Dieu, êtes-vous enfant !

Les larmes lui vinrent ; il connut la douceur infinie d'être dupé dans une caresse :

— Enfant, soupira-t-il ; quelle femme

Mais un homme lui touchait le rrar sans façon.

êtes-vous donc pour me retourner le cœur d'une parole?

Elle eut un .sourire étrange où passa la fatigue du triomphe. Sans but précis, ils se trouvaient dans le plein jour des grilles, à la sortie. Un cocher les requit du geste. Docilement, ils montèrent : les ressorts ployèrent sous eux, les cous-

sins firent un lit à leur volonté détendue.

— Où voulez- vous aller?

— Embrasser Serge. Rue Lhomond, institut Gigalle.

La Victoria roulait. M"® Noyzé devenait lointaine, absente, et sous sa voilette les larmes se mirent à couler. Lucien fut bouleversé, puis attendri. La sincérité de ces larmes l'allégeait, après le mensonge.

— Vous voyez bien, dit-il doucement.

Il se fit honneur de sa clairvoyance et

de la ténacité de ses soupçons. Tout s'expliquait : elle avait passé sur lui sa colère impuissante, goûté, après la défaite, la revanche immédiate de triompher d'un autre homme; maintenant, redevenue faible, elle pleurait l'affront subi, des misères, sans doute honteuses et irréparables.

— Pourquoi n'avez-vous pas confian'^e en moi? implora-t-il.

Elle fut longue à répondre, en s'essuyant les yeux :

— Vous ne pouvez pas comprendre.

Il eut un geste blessé. Elle le regarda, secouant la tête :

— Ce n'est pas ce que vous croyez.

Et il ne [)ut rien tirer d'elle jusqu'à la rue Lhomond.

Elle était affreuse, cette rue, bordée de maisons de suie aux fenêtres aveugles, couvertes de taies blanches ou verdâtres. l'ne énorme porte de prison hérissée de clous laissa s'entre-bâiller, en découpure, muporte plus petite, par laquelle se yliss.i un homme velu, gibbeux, minable, un des pions de l'institut Gigalle.

Le portier introduisit M"* Noyzé et Lucien au parloir, pièce enduite à la chaux et encollée à mi-hauteur de brou de noix. L'ne aigre odeur de vinasse venait du réfectoire voisin. On entendait les cris et les galops d'une furieuse partie de barres. Sergp arriva, traînant les souliers, triste.

— ■ Comme tu es pâle, tu n'es pas ma- Jnde. au moins?

Et M"* Noyzé lui serrait les mains, lui

palpait les tempes, lui caressait les cheveux. Il répondit :

— Je m'ennuie.

Dans ses jolis yeux plombés, un découragement lourd éteignait la vivacité du regard, sa bouche avait une moue dégoûtée ; la venue de Lucien ne semblait lui faire' qu'un plaisir modéré.

— Tiens, dit-elle, mange.

Elle lui offrit des gâteaux qu'elle avait achetés place Médicis.

■ — Je n'ai pas faim.

— Pour me faire plaisir ! dit-elle.

Allons, Serge, mon chéri, mon aimé, ne m'accueille pas ainsi. A peine si tu me regardes, tu as l'air de m'en vouloir. Si tu savais, pourtant!...

Elle avait lutté, oui, passionnément; au feu noir qui brilla dans ses yeux, Lucien le comprit, la plaignit. Serge eut le blême sourire d'un prisonnier :

— Ces huit jours, maman, vous ne pouvez pas savoir, c'est huit mois. Je mourrai si je reste ici.

— Mon enfant ! quel chagrin tu me fais ! Ne tombe pas malade! Qu'est-ce que je deviendrais? Personne ne te veut de mal, au moins? Tes maîtres, tes camarades? Vous nourrit-on bien, seulement ?

— - Tenez, maman, fit-il d'un air excédé, ne parlons pas de cela. D'où venez-vous? j)arlez-moi de vous?... Oh 1 cette prison !...

Lucien intervint :

— Voyons, mon petit Serge, du courage ! Décroche ce bachot, deux mois vont vite passer en travaillant !

— Oui, cela t'est facile à dire, riposta l'autre d'un ton sec. tu es libre, toi. Oh! maman, il me semble que je suis au bagne !...

— Mon Dieu, soupira-t-elle en prêtant l'oreille aux cris sauvages de la partie de barres, ceux-là s'amusent, pourtant !

— Ils ne sont pas moi, maman, dit amèrement Serge. Ils n'ont pas connu, comm»^ moi, la liberté. Ils n'ont pas une mamnn comme vous.

Elle balbutia :

— ■ Mon chéri, j'ai tant besoin de cou rage!... Va, nous sommes tous à plaindre:

j'ai tant, tant de chagrin qu'ont m'ait séparée de toi !

Lucien, un peu honteux d'être en tiers, pour ne pas gêner leur expansion, s'était retiré au fond du parloir; il regardait par la fenêtre un petit préau planté de quatre arbres maigres : toute la tristesse, toute l'horreur de l'internat remontaient en lui. En même temps.

il en voulait à Serge d'être si peu viril ; le peu d'accueil que l'enfant lui avait fait le choquait aussi.

Serge était-il assez peu raisonnable pour en vouloir à tout le monde?

Et tout d'un coup, à un regard singulier qu'il .surprit ei"" se retournant, à un silence brusque, il comprit. Il n'aurait pas dû accompagner Mme ^ o y z é, Serge était jaloux. Serge lui reprochait .sa venue, son départ en compagnie de sa mère, les iniîtants qu'ils pouvaient passer ensemble, l'intimité qui lui était si chère à trois, et qui.

maintenant qu'il en était exclu, lui sembl.Tit intolérable.

La vanité

de Lucien souffrit, son affection pour Serge en fut atteinte. Il le découvrait autre qu'il ne se le représentait, sen.sation cruelle en amitié. Et il eut peur d'un revirement de M"** Noyzé, Si elle allait, inconsciemment, partager l'antipathie de Serge? Bru.squement, il les détesta, la mère et le fils, découpant leurs profds blancs sur le mur. Puis il se raidit en un âpre et vil sentiment. Tant pis si Serge ne l'aimait plus. 11 aimait la mère, il se passerait du fils! Serge ne compta plus à ses yeux que comme un blessé à terre qu'on enjambe. Ignominie des pensées ! Comment pouvait-il concevoir chose pareille?

Serge le rappelait, M°^ Noyzé aussi,

Mo\ CHf:Rr,

J AI TANT BKSOIN DE COUHAOK !..

en penchant la tête de son côté. Il se rapprocha, un peu honteux, lut la même petite honte dans les yeux de Serge. Ils firent effort pour se sourire, réconciliés sans être brouillés, heureux et tristes comme on l'est après

Un camet.ot leur jeta i.e journal

DANS LA VOITL'nE.

les petits drames muets et profonds de l'âme.

La cloche de l'étude sonnait.

— Oh ! maman, maman ! faisait St-rge dans un spasme.

— Du courage, mon chéri. Je rev'endrai demain ; non, je ne peux pas, aprèsdemain sans faute !

— Adieu, Lucien !

Et Serge lui tendit la main gentiment ; ils s'étreignirent, s'embrassèrent nerveusement, en frères.

M"^ Noyzé, dans la \oiture, reprit snn attitude brisée. Elle consulta sa montre, fit un geste vague.

— Il faut que je rentre.

— Le faut-il?

Elle dit :

— Mon mari est allé déjeuner ce matin

à Meaux, chez le baron Guimart. Il rentrera

à huit heures. Accompagnez-moi, nous avons

le temps.

Le trajet fut silencieux. Il pesait sur eux

une atmosphère d'orage ; cependant la fin du jour était belle. L'accablement qu'ils res.sentaient ne venait point du dehors ; il était en eux, les remplissant d'attente et d'appréhension. Lucien sentait courir des fsissons électriques dans sa moelle épinière.

— Vous pensez à Serge? demanda-t-il câlinement.

Elle soupira :

— On n'arrange jamais sa vie comme on veut. Vous êtes heureux d'être homme. On ne saura jamais tout ce que peuvent souiffrir les femmes...

Pour la première fois, une langueur passait dans sa voix, lui dont nait un accès de détresse poignante.

• — • Vous souffrez donc bien ? dit-il ému.

Elle le regarda avec une sorte de pitié :

— Mon pauvre ami!...

La séduction du malheur est inexprimable. Triomphante, belle de vie, ^I™* Noyzé le rendait ivre ; en cette seconde, elle lui apparut une autre femme, il crut toucher le fond de cette âme changeante. Certainement, il 1 avait calomniée. Pure ou non, la souffrance la raehetait ; si tendre mère, pouvait-elle être une mauvaise femme? Un mari l)rutal, peut-être des difficultés de vie sous Tapi^aniice du luxe, des outrages constants, car elle ne pouvait ignorer la vie de plaisir de M. Xovzé... Pauvre femme! Oui, pauvre femme! Et nn lui arrachait son fils!...

— Je vous dirai tout, murmura-t-elle avec abandon. '

Dès lors, il désira moins savoir, il reprenait foi en elle, pouvait se laisser couler au fil de l'eau enchantée.

La voiture passait sur le boulevard.- Des camelots courant, un paquet de journaux humides sous le bras, hurlaient d'une voix déchirante et sardonique, comme si leur misère se revanchait en proclamant le déshonneur d'un riche :

L"Es?or

— Demandez! Les concussions d'un ingénieur fameux! Les scandales de l'Exposition ! On livrera demain le nom du coupable ! Demandez ! L'ne imminente arrestation ! Demandez ! Cinq centimes !

M™*^ Xoyzé et Lucien se regardèrent, saisis :

— Mon Dieu! fit-elle, mais non, c'est impossible !

Un camelot leur jeta le journal dans la voiture, prit le sou. Déjà Lucien s'emparait du journal, le dévorait des yeux :

— Impossible d'en douter, mais c'est Hardeuil !

Dans son bouleversement, après la première stupeur, il faillit sauter à bas, courir comme un fou chez Clotilde.

— C'est abominable, cria-t-il. Enfin, si c'est faux!... Pour la famille, pour les enfants!

— Xous vivons dans un triste temps.

Il déclara, hachant les mots d'irritation :

— Je ne connais pas assez Hardeuil pour le juger, mais, certainement, il vaut mieux que des centaines de gredins qu'on salue! Pourquoi lui, plutôt que tel ou tel que nous pourrions nommer, que nous savons tous ! Vous verrez qu'il y a encore làdessous quelque ignoble chantage. Et Clotilde qui peut-être, à cette heure, entend cela ! Il me semble que je tuerais le libelliste qui me cloue ainsi au pilori comme un chien, oui, à coups de botte! Oh! Hardeuil se battra ! Mais quel scandale ! Eclatant comme une bombe !...

— Oh! fit-elle, on s'y est toujours un peu attendu !

— Ce qui me dégoûte, c'est la façon sale dont on va leur tomber dessus : la curée, vous verrez ! Cette âme si fière de Clotilde, c'est affreux à penser. Elle a pour son père une religion, un culte! Si j'osais... Oh! Allons-y ! C'est aux amis à se montrer, dans ces cas-là.

Elle glaça son entraînement généreux :

— • Vous les importuneriez cruellement, mon pauvre ami. D'ailleurs, on ne vous recevra sans doute pas. Allez-y, si le cœur vous en dit. J'ai plus d'expérience que vous; j'attendrai demain.

^ Il baissa le front, lâche à la peur dû

la quitter, d'abandonner la proie pour rombic.

Il se justifia en trouvant sa conduite plus délicate, plus discrète : certes, il lui en coûtait ! Mais le cri qu'on n'étouffe pas, la voix du cœur murmurait :

« Va donc, Clotilde sera heureuse de voir un visage ami, jeune et franc. Déjà elle doit sentir autour d'elle l'hypocrisie des silences, les faux apitoiements, la trahison. Mais va donc, lâche ! »

M""^ Xoyzé dit :

— Bah ! ce ne sont encore que des aboiements! Hardeuil a des amis. Dans leur propre intérêt, ils le couvriront ! En une nuit, il se passe bien des cho.ses.

On achète les gens. Au besoin.

Ei.i.K LE ni^cAcnF.TA. d'cne façon nnCTALE.

on se cache, on se sauve ! Et la police ferme les yeux !

Il pensait :

« Se sauver, ce serait pire encore ; que, aveu ! »

Et il fut désespéré de son impuissance. Ne pouvoir rien pour Clotilde, rien que lui tendre une poignée de main loyale. Allons, deux mots en hâte, un adieu, un élan hors de la voiture! Il se disait : — Au coin de la rue ! Et la rue passait. — Devant ce magasin ! — Et il restait assis, dans la tiédeur des coussins, comme si ce contact le rivait en une molle et honteuse complicité.

« Si je saute, so disait-il, elle ne me pardonnera jamais ! »

Et dans l'importance absurde, mais irrévocable, qu'il donnait à un acte aussi naturel, il la jugeait d'avance perdue pour lui.

— Dire qu'il n'y a pas deux mois, les salons de Hardeuil regorgeaient de monde ! Clotilde était si applaudie, si fêtée, en Colombine et en petite princesse ! Rappelezvous ! dit-il.

Elle hocha la tête, absorbée. Il se demanda si elle n'avait jamais eu d'inquiétude, du côté de son mari. Mais non, il s'en tenait aux spéculations de bourse, ne risquait que leur fortune. Pensait-elle à leur ami Turpin-Malus? Il était bien habile, mais les plus vieux renards se laissent forcer un jour. Sans doute, il avait pris ses précautions, tenait les gens par de p. tits papiers compromettants.

La voiture s'arrêtait. De nouveau, la parole manquait à Lucien; il voulut prendre son congé. Mais M'"° Noyzé se retourna, srmrit dans l'ombre de la porte. Ce lut irrésistible. La suggestion de ce visage mystérieux, le muet appel du corridor, toute la hantise familière du ])etit hôtel le happa, l'attira par un aimant. Il sui\it la jeune femn^e dans l'escalier de bois à rampe sculptée. A chaque marche, sous le coup de genou fini repoussait la robe, il voyait s'élever dans la clarté du \itrail les nobles hanches; les chevilles se perdaient en la nuit de la jupe, et il eût voulu baiser, chaque fois qu'elles frôlaient le tapis, les fines et longues bottines. Cela lui semblait bien dû. Il ne restait que dans un espoir sans nom, sans forme, vaste et infini comme le flux ijui l'em- I)ortait derrière elle.

Elle poussait la porte du salon, puis du boudoir. Un télégramme, sur un plateau ! Elle le décacheta d'une façon presto et bru-

tale, qui frappait Lucien, par quelque chose d'impossible à formuler. Il la regardait ; son visage, crispé par la crainte d'un malheur en suspens, se détendit. Elle ne put maîtriser un sourire d'allégement presque ironique :

— Mon seigneur et maître ne rentrera que demain.

Elle défit son chapeau, dit :

— Vous pouvez m 'accompagner dans ma chambre. Nous sommes chez nous.

Elle lui désigna un fauteuil.

— Vous dînerez avec moi, n'est-ce pas?

Et se tournant vers la femme de chambre, qu'elle venait de sonner, elle lui donna des ordres, puis, la rappelant, lui tendit des billets de théâtre. Elle pourrait, sitôt le service terminé, aller avec la cuisinière aux Variétés. Cette fille remercia, devenue rouge de plaisir. Lucien ne vit là que la l>onté d'une maîtresse récompensant le zèle de ses domestiques, non une des mille complaisances par lesquelles on achète leur fidélité suspecte.

— Venez voir la chambre de Serge, dit-elle après avoir déposé ses gants, sa voilette sur un guéridon, quitté ses bracelets, dis])aru dans son cabinet de toilette pour s'y remettre un peu de poudre de riz. — Il a fait des changements et acheté un joli bureau Louis XV ; pauvre petit, il n'a guère joui de son acquisition.

Au second, dans la chambre claire, fascinant le regard, ce n'était que photographies d'actrices ; Serge les collectionnait avec passion. Il y en avait partout, sur la cheminée, aux murs et sur le petit bureau, en éventail : lourdes chanteuses, pareilles à de grands bœufs blancs; divettes de café-concert en robes excentriques, danseuses de féerie montrant leurs jambes. Impudiques, presque inconscientes, elles riaient de dents troj) belles, l'œil avivé de noir. Une d'elles, tout en peau, ressemblait d'une façon choquante à M"® Noyzé.

— Voilà les poupées de Serge, dit-elle en mère complice, étrangement faible.

Un malaise flottait dans cette pièce presque féminine. Le lit, laqué blanc, ne semblait pas un lit de garçon. Il s'exhalait, d'un tube en verre filigrane d'or, vide ce-

pendant, un parfum d'essence de roses, dont Serge raffolait. Tout l'Orient saisit Lucien : soleil aux ombres bleues, cours blanches, roses éblouissantes, ciel incomparable, et grands, noirs, profonds yeux d'aimée. M™" Noyzé, une chaleur aux joues, ouvrit la fenêtre.

Grasse, cette fois, ignoblement onctueuse et papelarde, la voix d'un camelot traversa le crépuscule :

— Demandez ! Un ingénieur concussionnaire ! Nouveaux et scandaleux détails! Demandez !

L'homme, à tournure de sacristain, courait en chaussons mous. M™^ Noyzé plongea un regard aigu dans les yeux de Lucien :

— Vous n'y allez pas?

Son visage devint dur, provocant :

— Voyons, avouez que vous en avez bien envie? Cette pauvre petite Clotilde qui a tant besoin d'être consolée ! Votre jolie princesse Rose !...

Elle eut un rire bref :

— Non ? non ? décidément, vous me donnez la préférence?

Elle le regardait bien à fond, comme pour voir jusqu'où elle pouvait aller. Il sourit, tandis qu'elle lui enfonçait cette fine aiguille au cœur. Sophiste amoureux, il s'affirma qu'elle avait souffert chez les Hardeuil : blessures d'amour-propre, rivalités de femmes ; sait-on jamais pourquoi on déteste? Ou bien elle exprimait ce besoin de possession exclusive, si féroce chez son sexe : elle ne voulait pas qu'il en aimât d'autres; sa dureté n'était que représailles. II se dit cela et triompha d'un stupide orgueil.

— Clotilde est une enfant, murmurat-il pour la désarmer, en haussant les épaules.

Il ne songea pas qn'à l'épanouissement Je l'âge, elle enviait cette jeunes.>,e en fleur; que, trop savante, elle haïssait la pureté de la vierge.

— Alors vous ne l'aimez pas? Pas même un pauvre petit flirt?

Il secoua la tête, reniant sa bra\e et fière petite amie.

— Ah ! elle ne se mariera plus à présent ! dit-elle.

Il ressentit une honte amère : c'était vrai, abominablement vrai. Lui-même l 'épouserait-il, fille d'un homme déshonoré? Mais pourquoi tant d'acrimonie? La vie avait donc rendu M"'^ Noyzé bien méchante? Que lui avait fait cette enfant?

Elle lut en lui, et posant la main sur son éi)aule, d'une prise de possession douce et forte, elle prononça le mot de tout égoïsme et de tout oubli :

— Chacun a ses misères, croyez-le !

Il lui avait retenu le poignet, remarquant, sous la manche, un cercle meurtri, d'un vilain noir.

— Ah! laissez! fit-elle, devenant rouge, puis pâle.

Mais il maintenait de force le bras qu'elle essayait de dégager.

— Vous vous êtes fait mal ! On dirait qu'on vous a...

Elle eut un mauvais rire d'aveu, en détournant si expressivement la tête qu'il s'écria :

-— Est-ce possible? Qui a osé !...

— Vous le demandez? Le seul individu qui ait droit sur moi. Mon mari ! Je ne voulais pas que Serge fût enfermé, il a brisé ma résistance entre ses tenailles ! Ne me parlez plus, j'ai horreur de tout, il y a des moments où je voudrais mourir !

— Qu'ui.i homme soit assez lâche!... murmura-t-il hors de lui ; et à son dégoût, à sa haine, s'ajoutait une admiration équivoque pour cet homme qui se faisait craindre, mais obéir.

La diversion fut si soudaine et si forte, qu'il ne songea plus aux Hardeuil. Il avait l)ris le jx)ignet blessé, et refoulant la manche, il le baisait, avec un attendrissement maladif.

— ■ Ah! fit-elle, en un frisson douloureux, ce n'est ni la première ni la dernière fois ! Mais |K)urquoi parler de ces choses ? Vous ne me croiriez pas ! Vous me jugez sur les on-dit du monde, vous ne savez de moi que des calomnies inventées à plaisir. N'avez- vous pas cru que mon seul protecteur, l'ami le plus désintéressé, M. Tarpin-Malus... Oh! recevoir cette insulte de vous! Car vous m'avez insultée, tout à l'heure, en plein Salon, vous avez supposé

L'Es<^or

je ne sais quelle infamie, et quand j'ai pleuré dans la voiture, vous m'avez crue coupable, vous n'avez pas compris que c'était vous qui me faisiez pleurer, avec vos indignes soupçons, vous, que mon fils aime tant, vous, qui vous dites mon ami !

En vain, cherchait-il à protester. L'émotion de cette voix de fièvre emportait ses méfiances. Ou elle était très forte, ou on l'accusait bien injustement, et elle était digne de tout respect. Elle continua, très vite :

— Ce vieillard que vous suspectez, vous devriez lui être

reconnais-

ftiL

sant ! Sans sa

fSk

bonté ]Tater-

nelle, Je serais

peut-être à la

El

V^li

rue. Mon mari le ménage —

NI

'lil

(elle baissa la voix) — il lui doit de fortes

r ; fl

Page 1