‹ L'essor (volume 2)Chapitre 9 sur 18 · VU · texte numérisé non relu

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main du krach des MétaMX, oii M. Noyzé, quoi-

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que irresponsable, faillit être

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qu'on acci

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, que vous, Lu-

cien!... (Elle eut un haut le corps.) Mais vous ne l'avez donc jamais regardé? Il est vieux, il est laid, il a des infirmités. Songez que je pourrais être sa fille? c'est répugnant, voyons !

■ — Je vous crois, je vous crois, fit-il. luttant conti-e ses dernières préventions, et revoyant la vilaine face pointue. Tarpin-Malus un si brave homme, cela le confondait. Mais elle était si hautaine, si entraînante!

— Et lui, hasarda-t-il, n'a-t-il jamais?... II ne peut cependant éprouver pour vous les sentiments d'un père...

Elle affirma :

— Je n'ai rien à vous cacher. Il y a de cela quinze ans, au début de notre liaison, il s'est épris violemment de moi et ne me l'a pas dissimulé. Je l'ai mis en demeure de préférer une amitié irréprochable ou une rupture complète. Il n'a pas eu le courage de choisir. Il a voyagé deux ans. Nous nous sommes revus, il était guéri. Depuis, pa' une seule fois, entendez-vous, il n'a été fa; allusion à cela entre nous. C'est un vieil, très vieil ami. Je sais qu'il a beaucoup d'ennemis. On nous fait payer son .itié pour nous. Mais sous son aspect froid qui déconcerte tant de gens, c'est le cœur le plus chaud et le plus dévoué. Vous n'en douterez pas quand vous en saurez les preuves plus au long. Vous le voyez, conclut-elle, je vous dis tout !

Il tenait toujours dans ses mains le poignet bleui ; doucement il le caressait, comme on fait aux enfants. Le crépuscule s'assombrissait avec une lenteur insensible; déjà ils baignaient dans une demi-ombre traîtresse et charmante. Une voiture parfois roulait au dehors, puis le silence retombait, et dans leurs âmes, après ces sursauts fiévreux, il se faisait une paix inquiète. En cet instant dangereux, ils goûtaient la saveur amère de l'existence. Lucien soupira :

— Ce serait pourtant si bon d'être heureux !...

Tout son être appelait le bonheur, y rroyait éperdument. Il regarda M™^ yzé d'un regard si avide qu'elle murmura :

— Venez, descendons !

Au salon, sans allumer les bougies, elle joua une valse, puis un nocturne de Cho- })iii. Il écoutait, prostré de langueur. Le dîner fut court, sans entrain, dans la clarté officielle de la salle à manger. Mais au salon, sous le feu doux des grandes lampes, d<> nouveau le charme refleurit. Tout à coup le ])iano se tut, M™° Noyzé prêta son oreille fine au bruit de portes et de serrures fermées. Ce départ des servantes, Lucien le devina, plus qu'il ne l'entendit. La clarté des lampes, l'intimité des choses, le silence

devinrent tout à coup très profonds : le petit hôtel s'emplit de mystère. Une boiserie craqua. Ils tressaillirent. M™" Noyzé s'emparait d'un candélabre et le dressait haut, disant :

— Je veux faire ma ronde.

Il l'accompagna. Le froissement de sa robe exhalait un bruit furtif et délicieux. Machinalement, leurs regards se portaient sous les meubles, dans les encoignures. Ils revinrent sans se retourner, portant à deux le flambeau. Ils ne se parlaient toujours pas. Elle éteignit les lampes, passa dans la cl '^bre à coucher. 11 la suivit. Leurs images se figèrent dans la glace de la cheminée ; ils se virent des faces pâles, des yeux étranges, on ne sait quoi d'ardent et de solennel. Le silence persistant devenait intolérable. Elle se retournait ; ils se trouvèrent enlacés, se dévorant la boudie d'un baiser ; et, dans un soupir, elle se renversa.

Lucien s'éveilla très tard.

La vieille Nanische, tournant dans la chambre, déposait sur une chaise ses habits brossés.

Il promena sur elle, sur les murs, un regard brouillé. Son bonheur de la veille l'hébétait j^resque; il le revécut avec une vo'-ipté poignante, un remords exquis. Il avait mordu au fruit de vie, péché irréparablement. Amant adultère ! Et il répétait ce mot : adultère — comme s'il y trouvait un sens large et nouveau, une beauté de crime.

Ce n'était que cela?

Il revoyait la chambre, et les minutes palpitantes qui avaient suivi leur évanouissement, un douloureux passage du rêve à la réalité, de nouveaux affolements sombrant au néant suprême, et tout ce que les infiniment petits de pareilles sensations mêlaient de disparate, de trivial et de presque choquant à cette chute dans l'Infini : leur sé- )aration avant minuit, leurs adieux derrière la parte, le peignoir bleu à dentelles qui.

la mettant à l'aise, instaurait entre eux une intimité bourgeoise. Une singulière amertume lui restait dans la bouche. Pourquoi Nanische ne s'en allait-elle pas, le chocolat servi? Quel diable d'air sombre! Il ne pouvait cependant, pour la dérider, quelque envie de jeune coq qu'il en eût, lui crier :

e Tu sais, Nanische, ]\P

, oyze !

Mais

elle se retournait, et tout à trac, avec une brutalité qui expliquait ses lenteurs indécises :

— M. Hardeuil est mort !

— Tu dis?

Elle répéta, de son dur accent d'Alsace :

— ir s'est tiré un coup de pistolet dans la tête!

— C'est impossible ; comment le sais-tu?

II bondissait, enfilait en hâte ses vêtements, par ce besoin qu'on a, s 'agitant dans le vide, de parer, trop tard, à l'irréparable.

Elle répliqua, blessée du doute et révoltée, en son cœur de peuple, de ce qu'un riche, un puissant, un de ceux qui donnent l'exemple, se fût tué comme un misérable ; furieuse aussi, pour M"" Trénis, qui était l'amie de gens que son journal à elle, son Petit Citoyen, accusait ce matin de « volerie ».

— C'est très possible. Che le sais, puisque M. F a vas vient de l'apprendre à ton grand-père !

S'il avait eu huit ans, elle n'aurait pas eu un autre ton.

Il répéta :

— Favas?

Elle dit :

— Il est en bas; ton grand-père est au lit, il est tombé hier dans l'escalier. Toi, tu te promènes, pendant ce temps ! Tu rentres à des heures qui ne sont pas celles des honnêtes chens !

Il ne l'entendait pas. dégringolait les marches, sonnait vivement au premier. Arsène ouvrit et recula, scandalisé. Au chevet de M. de Vertsève, se tenaient Favas et M""' Trénis. Elle lui lança le regard de reproche qu'il méritait, ayant complètement négligé de les avertir qu'il ne paraîtrait pas de la soirée ; mais bien vite, elle reprit l'expression d'effroi désolé qui la transfigurait lors de son entrée.

— Vous vous êtes blessé, gran(l-])èrL'? — ■ Une entorse, dit sèchement le vieillard.

— Tu sais?... demanda M""^ Trénis avec une envie plaintive de parler, car l'émotion l'étouffait.

Il regarda Favas :

— C'est donc vrai?

— A quatre heures du matin. Il a su qu'on devait l'arrêter dans la matinée. Il n'a pas voulu fuir. Il en aura eu assez. Depuis longtemps, il luttait pied à pied.

— Mais est-il coupable?

Favas eut un grand geste, qui se récusait. Hardeuil jouait une partie, il l'avait perdue. On ne fait ni de la politique, ni des affaires, avec de la vertu. Il n'y a qu'une loi : le succès.

M. de Vertsève dit :

— C'est un lâche, dans tous les cas.

Lucien voulut protester, M™" Trénis dit :

— C'étaient des gens heureux, la foudre les a frappés. Je plains Clotilde !

Elle ne put retenir un petit sanglot. Lucien lui fut reconnaissant. Oh ! oui, pauvre Clotilde. Une angoisse affreuse l'étreignit, il se sentit coupable d'une abomination. Pourquoi n'avait-il pas couru chez elle? Il l'avait doublement trahie, en se laissant retenir aux bras d'une autre. Puis il se disait : « Mais est-ce vrai? Est-ce possible? » Et il ne pouvait croire la catastrophe aussi soudaine. Il revoyait Hardeuil plein de vie, avec ses yeux volontaires et la souffrance tendue de son âme surmenée. Il écarta l'image de sang, l'horreur, les cris, tout le drame rouge ; en même temps, une curiosité affreuse lui fit demander :

— Il est mort sur le coup?

— Oui, dit Favas, de tristes détails.

Il n'en dit pas plus, par convenance, Lucien, hors de lui, cria :

— Le temps de m'habiller, je vous accompagne !

Quelques minutes après, il roulait dans le coupé de remise qui servait au médecin pour ses visites. Une petite pendule, enchâssée dans un panneau, faisait face à une lanterne qui permettait de lire dans l'obscurité. Des bretelles de drap noir retenaient des brochures et des livres. Une boîte de

niartxjuin reposait sur une bancjuette, contenant des aciers luisants. Dans ce coupé, dont chaque accessoire avait une signification froide et précise, Lucien sentit la mort, y crut. De telles sensations ne se raisonnent pas. 11 vit Hardeuil gisant, loque nue et sanglante, aux mains d'hommes rigides, semblables à Favas.

— En votre âme et conscience, demanda-t-il, était-ce un malhonnête homme?

Amèrement, Favas ricana :

— Dites-moi d'abord : qu'est-ce que le i)ien? qu'est-ce que le mal? Le savez- vous? Nous vivons en société, il v a des lois, des gendarmes. Hardeuil a-t-il violé la loi? Oui, s'il est vrai qu'il ait corrompu des députés, qu'il se soit adjugé de fortes sommes sur les marchés et les fournitures. Convaincu, il était condamné. Son suicide arrange tout ! D'abord, Hardeuil servira de bouc émissaire, on enterrera avec lui les méfaits des autres. Puis, la réaction se fera. On le plaindra. Ce sera moins un coupable qu'un malheureux. Ainsi va le monde ! Maintenant, reprit-il, vous me demanderez : Hardeuil se considérait- il comme un coquin? Je n'en sais rien. J'en doute. Son suicide même ne prouve rien. Il n'y a jamais de scélérats parfaits. Il y a des entraînements, des faiblesses, et l'homme qui les commet s'excuse toujours vis-à-vis de lui-même.

— Ainsi, il n'a pas souffert?

— Après? Ou dans les heures de fièvre qui ont précédé son suicide? Ah! j'imagine qu'il aura savouré pendant cette nuit toute la volupté de la torture, (^ui sait, — dit Favas, avec la cruauté d'un dilettante de la douleur, d'un homme qui en a éprouvé lui-même toutes les affres, — qui saura jamais ce qu'il y a d'indicible dans certaines agonies morales? Nous plaignons Hardeuil ! Mais avec quelle intensité il a dû vivre! Ouant à sa mort, quelques secondes à peine. Il y a tant de cas où la mort n'est rien!

Il ajouta :

— Il s'est tiré un coup de revolver dans la bouche. Son fils, dont la chambre était voisine, entend l'explosion dans son sommeil, il rêve qu'on lui prépare son tub et que le domestique aura laissé tomber la cuvette de zinc! C'est M""" Rim qui est accourue la

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première. Elle n'a fait qu'un bond pour enfermer Clotilde ! Un commissionnaire a sonné à ma porte à cinq heures. (^)uand je suis arrivé, deux médecins descendaient l'escalier, en grommelant de ce qu'on les eût dérangés « pour rien ». Hardeuil gisait sur un lit où on l'avait transporté. On avait enlevé les tapis, le parquet était mouillé. J'ai trouvé une parcelle de substance grise dans les rideaux.

Lucien écoutait, moins horrifié qu''l n'aurait cru, mais navré, noyé en de" i:'nèbres telles qu'il ne comprenait pas qu'il fît jour, et que, dans le soleil, des gens eussent l'air heureux. Les lourds om nibus évoluaient, au trot de gros chevaux blancs. Un enfant marchait en sautant ; sa mère lui prit vi\ement le bras, pour travers'-r la rue.

— Clotilde! soupira Lucien.

Il y eut un dp.r silence, une protestation de leur volonté contre l'inustice du sort.

— Eh bien, dit tour à coup Favas, des misères comme celles-là, c'est tous les jours nue j'en remue, que j'en brasse à poignées.

L'hôpital était là. 11 descendit et. sur une ])oignée de main, disparut.

Lucien resta étourdi, d'une ivresse due, peutêtre, à l'odeur de cuir et au roulis de la voiture. Il se cramponna, dans un vertige, à l'angle d'une porte cochère. Il avait la sensation atroce de pendre la tête en bas, dans le vifle. Et sa défaillance s'en allait vers Clotilde, mentalement le prosternait devant elle.

« Comme il avait été lâche ! »

Rien ne réveillant le

sens moral autant qu'une dépression physique : retour sur soi, conscience du lien fragile qui sépare la vie de la mort, i)eur du mystère qui nous entoure, de l'inconnu qui nous attend, il n'échappa point à cette loi. Pour se soustraire au malaise, il entra dans un café, avala un verre de chartreuse. Une bouffée de chaleur lui monta au visage. Il se mit en marche. Son san;^ se réiiu-

II s'l;s,t tiré un coup oe ueyolveu dans i.\ bolciii

bientôt. Il ni de sa laibhsoe, st dit : « Moi, je suis jeune, moi, je suis fort ! » La mort, dont il avait perçu la hideuse approche, redevint lointaine, irréelle, rentra dans le vague des pensées qui vous jugulent, mais qu'en repousse. Son égoïsme lui faisait, tout en plaignant Clotilde, repenser à lui même et à 'M"'^ Noyzé. Il se justifia. Fonpers avait raison : toutes nos aspirations sont légitimes : « îl faut vivre ! »

Et tandis qu'il se dirigeait vers la demeure des Hardeuil, rue Auber, sa pensée s'installait d'avance dans le petit logement meublé dont il comptait renouveler les fleurs, égayer de quelques soies japonaises rasi>ect convenu, car elle y viendrait. Elle l'avait promis.

11 (.levint rouge, en y songeant. Une femme marchait devant lui, relevant délicatement s-a jupe sur des souliers vernis. 11 fut follement tenté de l'aborder : l'aventure, l'imprévu, et rompre enfin le convenu qui lui interdisait tout ce qui serait plaisant, hardi, nouveau. Il la dépassa, elle était laide. Alors il eut envie de rire et de chanter. Que de fois, il s'était trouvé en seml)lable contradiction avec soi-même, toujours après une secousse tragique, comme si l'homme était incapable d'émotions fortes et suivies, et que l'éternel enfant que l'on est, que l'on reste, reprît vite le dessus sur le sentiment de la vie profonde que l'on déviait jalousement entretenir en soi.

Chez les Hardeuil, on ne le laissa pas monter. Le concierge, personnage officiel, lui montra du doigt un registre où il pouvait s'inscrire, si l)on lui semblait. Son air de réprobation offenst-e marquait assez le cas qu'il ferait désormais de M. Hardeuil et des amis de M. Hardeuil.

Lucien demanda, après avoir signé au bas d'une page, suivie de beaucoup d'autres pages blanches :

— On n'a rien décidé encore pour l'enterrement ?

Le concierge répondit, avec dignité :

— Il m'est tout à fait impossible de rien préciser à cet égard.

Et il sortit de la loge pour rattraper par le pan de son paletot un reporter, souple comme Arlequin, qui s'élançait dans l'esca-

lier pour interviewer un membre de ia Tamille et, à défaut, la camériste ou le groom.

Foupers entra, qui venait s'inscrire. Ils rencontrèrent Symore, au seuil. Sa bonne figure était pénétrée de chagrin. Il signa, et tous trois firent quelques pas en silence. Trop jjleins de l'idée noire, ils s'efforçaient d'échapper à eux-mêmes. Fonpers s'arrêta devant un kiosque de journaux, parut examiner avec intérêt des gravures comiques ; puis il alluma un cigare. Tous ses gestes, son silence même, semblaient à Lucien empreints de tact. Il admirait la mine détachée, finement soucieuse de l'écrivain, d'autant plus naturelle qu'il songeait aux trois cents louis qu'il avait perdus la veille et qu'il devrait payer au marquis d'Arbelles. Lucien pensait : « Comme il est séduisant ! Si j'étais femme, j'aimerais sa main si blanche et .si soignée, son cou nerveux, ses pieils camljrés ! »

Le bon Symore, à côté, semblait un ours velu.

— Viens-tu? dit-il à Lucien.

On sentait qu'il avait besoin de la présence d'un ami. Lui aussi devait plaindre Clotilde ! mais Fonpers dit :

— Je vous garde, accompagnez-moi donc un peu !

Et Lucien, trop flatté, lâcha Symore pour Fonpers. Quel honneur d'être aperçu en sa compagnie ! Pourquoi n'était-ce pas à six heures du soir, quand les journalistes et les gens d'affaires prennent l'absinthe, aux petites tables du boulevard? Puis il songea qu'il avait dû faire à Symore une de ces peines fugaces qui ne sont rien, ou qui sont tout, en amitié.

— Je n'ai pu voir hier le vernissage, dit Fonpers. Si nous allions au Champ-de- Mars, malgré la cohue?

Lucien approuva. On ne pouvait échapper à la vie ; là ou ailleurs... Enflé d'orgueil par la bienveillance que lui témoignait Fonpers, il s'aflSrma qu'il obéissait à une intention noble, celle de révéler au o maître » la /o de Guépratte. Seules, les œuvres d'art consolent, élèvent, purifient. Ce serait bien à eux de rester en contemplation devant l.i vivante statue. Puis, Fonpers était puib

sant, écoulé. Dire que dans les « salons " parus la veille et le matin, — il acheta des journaux en route pour s'en assurer — le groupe de Guépratte était à peine mentionné et d'une façon dédaigneuse ou ironique.

Naïvement, avec une expansion jusque-là comprimée et d'autant plus bavarde, Lucien exaltait Guépratte. disant tout, son idéal ardu et fier, son labeur, sa pauvreté, et la touchante et chaste admiration qu'il avait inspirée à ur.e jeune fille, élève de ce maître inconnu.

Cela subitement intéressa Fonpers, il s'informa de M"® Souwrieff. Avait-elle exposé? — Non, elle se défiait trop d'ellemême, s'acharnait, elle aussi, à l'œuvre frappante et forte qu'on discute, mais qui est!

Lucien ne put rentrer dans le jour froid de l'immense vestibule sablé de jaune, sans se revoir à la même place, la veille, entraînant M™" Xoyzé. Comme la vie, stagnante pendant des mois, se précipite, en quelques heures !

— Mais les voilà! s'écria-t-il, surpris et ravi de l'aubaine.

Guépratte et M"® Souwrieff étaient au fond du jardin de sculpture, ramenés par le besoin de voir la statue blanche, d'entendre — consolation d'artistes obscurs — les jugements portés par la foule. Pour un éloge spontané, un mot bien- venu, que d'inepties déjà ils avaient dû entendre, que de platitudes, quels rires imbéciles !

Lucien fut péniblement affecté par le visage maladif, le teint de cire, les yeux luisants du sculpteur. Epuisé d'efforts, dévoré d'idéal, il avait cette beauté qui sort de l'âme, une lueur en détresse qui ressemblait à l'agonie d'une flamme. M"® Souwrieff, avec ses cheveux de lin, ses yeux de turquoise pâle, son charme expressif et altier-, en une robe très simple, mais harmonieusement liée à ses formes, faisait, sans le vouloir, ressortir la maif,'reur de son compagnon, étriqué en un petit vêtement noir.

Lucien dit :

— Nous venons pour vous seuls!

M. Fonpers — il le présenta — veut connaître votre œuvre !

Une rougeur j)laqua les pommettes de

Guépratte, un éclair vint aux yeux de la Russe, touciiee, ix)ur son ami. En silence on se dirigea vers la statue. Elle paraissait plus grande que dans l'atelier, prenait, dans le recul et le plein air, une vie plus pathétique.

lonpers la contempla avec un recueillement long, grave, où se concentraient toute son attention et toute sa pensée. Un silence d'église, à peine troublé par les chuchote ments des passants, les enveloppait. Lucien vit le re-

.jifc^-

Fonpers t,a contempla avec dn regceillement xong.

flet d'une émotion puissante subjuguer Fonpers. Nul plus que lui ne sentait le beau. Il eut un geste simple, mais émouvant : il se découvrit, resta tête nue, puis, quand. It-ntement, avec des pau.ses, il eut admiré l'œuvre sous toutes ses faces, il chercha la main de Guépratte, la prit et la serra passionnément. Lucien et M"° Souwrieff eurent chaud au cœur, tant cet élan parlait.

Fonpers louait la violence de l'œuvre.

i\erveux à l'excès, il avait des fièvres

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