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Caricature contre le graveur Levasseur et les estampes d
e Greuze.
PI. 58 (voyez p . idc/).
Gravure de 4 pieds de haut sur 5 pieds 4 pouces de large, la Revue de la Maison du Roi au Trou d’ Enfer, de Le Bas, inspire à Diderot cette courte phrase : « Trop noir. Où est le Roi? » Quant au Portrait de feu M. Restout, qui n’est rien moins que le morceau de réception de M. Moitte, il obtient cette note : « L’auteur se formera en consultant les Drevet. »
La critique par les graveurs.
On trouve les renseignements les plus curieux sur le métier des graveurs et sur le trafic des estampes dans les Lettres d’un voyageur à Paris à son ami Sir Charles Lovers , demeurant à Londres... publiées par M. N. . . (lisez Gaucher). A Londres et se trouve à Paris, che\ Hardouin, rue des Prêtres Saint-Germain l’ Auxerr ois iyyg.
A propos des estampes de M. Greuze, l’auteur nous édifie sur bien des petites combinaisons. Les estampes de Greuze avaient déjà motivé la lettre sur : Le Gâteau des Rois (. Mercure de France, décembre 1777,) par un amateur d’estampes, la Lettre d'un maître dEcole à un amateur ±d’ estampes, la lettre, extraite des Affiches de Province du 4 mars 1778, en réponse à la lettre du maître dEcole — et de plus une caricature dédiée à « Très haute , très puissante, très ridicule femme de J. -B. Greuye, reçu jadis peintre de genre sur un tableau d’histoire. » — Cette image vise (à propos de l’estampe de la Belle-Mère ) la vanité de Greuze, les travers de sa femme et l’âpreté de Le Vasseur, graveur préféré du ménage : tout cela se trouve indiqué par des croquis en manière d’hiéroglyphes sur un obélisque qui s’écroule, pendant qu’à l’arrière-plan un second obélisque est décoré du médaillon de Flipart, agrémenté d’une couronne et du mot Virtus.
L’estampe est peut-être un peu tendancieuse, tendancieuse aussi la polémique de Gaucher, qui ne s’élève pas toujours au-dessus des petites chicanes de métier. Mais peut-on supposer qu’il oubliera son métier pour regarder les gravures d’autrui ? C’est
déjà beaucoup d’entendre un graveur de reproduction dire en 1779, à propos des grands tableaux pathétiques de Greuze : « Les compositions pittoresques dont l’objet est de nous toucher, réussiraient peut-être mieux, traitées en esquisses, parce qu’alors les expressions étant moins arrêtées, moins rendues que dans un tableau fini, feraient naître pour cette raison même plus de sensations et d’idées. Mais il faudrait que ce fût l’esquisse d’un maître consommé dans son art et qui, ayant souvent copié la nature, sçuf indiquer par des masses justes les principaux traits des caractères des passions propres à son sujet. Les esquisses ou les croquis de quelques artistes modernes, dont plusieurs amateurs raffolent aujourd’hui nous offrent le plus souvent une sorte de désordre et de chiffonnage qui 11’est que plaisant. »
On trouve au XVIIIe siècle nombre de graveurs capables de parler en termes excellents de gravure et de beaucoup d’autres choses, à commencer par les secrétaires historiographes de l’Académie : Lépicié publie en 1752 les Vies des premiers peintres du Roi , puis le Catalogue raisonné des Tableaux du Roi (1752-1754); la bibliographie de Cochin est assez considérable, depuis les Observations sur les antiquités d’Herculanum (1754) jusqu’aux Lettres sur l’Opéra (1781) en passant par tous les Essais, Lettres, Discours et Réponses, où l’auteur donne carrière à son tempérament de polémiste; on trouve même dans ce bagage littéraire une comédie : Les Amours rivaux ou l’Homme du monde (1774).
L’Académie des Sciences a fait à Gaucher l’honneur de lui demander un Traité de la Gravure ; il a rédigé pour le Dictionnaire des Artistes, de l’abbé de Fontenay (1776), un certain nombre de notices sur les graveurs, l’Essai sur l’origine et les avantages de la gravure (an VI), et, pour les Petits Voyages en France , publiés par La Mésangère, ce Voyage au Havre de Grâce (1788), qui nous fait assister à l’équipée d’une bande de graveurs : Servie, Ponce, de Launay, Godefroy, Basan et Gaucher, historiographe de l’expédition, qui de temps à autre s’exprime en petits vers.
Le graveur Levesque, ex-professeur de Belles-Lettres à l’Académie de Saint-Pétersbourg, est le continuateur et le principal auteur du Dictionnaire des Arts de peinture , de sculpture et gravure de Watelet (1792).
Quant à Ponce, dont il vient d’être question, c’est encore un polygraphe dont la carrière littéraire est couronnée par un prix d’histoire à l’Institut en l’an XI : Par quelles causes l’esprit de liberté s’est-il développé en France depuis François Ier jusqu’en 178g?
L’ Enlèvement nocturne, de Ponce, d’après Baudouin, se vendait un peu moins de 12 sous à l’époque où le graveur récoltait ces lauriers académiques. Il était au nombre de ces Vingt-et-une Scènes familières, d’après Baudouin, avant toute lettre, qui atteignirent, à la vente de Basan, le prix total de 12 livres 5 sols...
Au mois de Floréal an VII, Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur, conviait les artistes à l’exposition qui devait s’ouvrir le Ier Fructidor, et il les engageait à déposer au Salon du Musée central des Arts les œuvres qu’ils jugeraient dignes de prétendre aux palmes et aux prix que décernerait un jury. « Honorez, disait-il, l’Etat qui vous honore! » et il annonçait que les noms des lauréats seraient proclamés au Champ de Mars. La Gravure eut beaucoup de peine à se faire admettre. « Si les graveurs figurent au Salon, disait Vincent, il faudra bientôt y envoyer les serruriers. » Malgré Vincent, les graveurs furent admis à partager les prix accordés à la peinture et à la sculpture : le premier prix de gravure (3, 000 francs) fut décerné à Jean Godefroy; le second (2,000 fr.) à Auguste Boucher-Desnoyers; le troisième (1,000 fr.) à Raphaël-Urbain Massard.
Bervic, triomphateur du Salon de l’an VI, Godefroy, Desnoyers, Massard, lauréats de l’an VII, montrent l’orientation nouvelle de notre école de gravure ; la rigueur de leur métier s’accorde avec celle des principes en cours et bientôt leurs œuvres serviront d’argument pour affirmer sous la République, l’Empire et la Restauration « que la France a ressaisi le sceptre de la gravure en