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A LEUR CONFRÈRE ET AMI LECLERC

D’après l’épreuve appartenant à M. E. Gosselin.

ce qu’il avoit de plus précieux en desseins et en estampes, il échauffoit leur génie et éclairoit leur esprit par les justes réflexions que son expérience lui dictoit et avec un amour vraiment patriotique. » Et de fait Gabriel Huquier, graveur-éditeur des compositions décoratives de Bouchardon, de Gillot, de La Joue, de Meissonnier, d’Oppenord, de Peyrotte, des arabesques de Watteau, des pastorales de Boucher, de toutes ces estampes d’après lesquelles se documentaient les ornemanistes de l’Europe entière, Hu quier contribua puissamment à propager le goût français.

La collection qu’il avait passionnément enrichie (elle comprenait, entre autres, plus de deux mille dessins de Juste-Aurèle, Meissonnier !) fut mise en vente par C.-F. Joullain fils, le g novembre 1772, et nécessita vingt-et-une vacations.

Dans le domaine de la curiosité, Mariette, Basan, Huquier sont des figures historiques : entre ces personnages considérables et les « étaleurs » ou marchands en plein vent de la dernière catégorie, que certains confrères arrivés, Joullain par exemple, traitent à peu près en parias, il y a toute une hiérarchie, dont il serait bien long d’établir les degrés.

Il faudrait la plume d’Anatole France pour évoquer dignement la rue Saint-Jacques du XVIIIe siècle et ces figures qui semblent surgir à l’improviste d’une liasse de lettres d’artiste, d’un libelle oublié : c’est Odieuvre, l’éditeur de gravures à prix réduit dont Wille a si gaiment noté la silhouette falote; c’est Phlipon, que les Mémoires de Madame Roland, sa fille, nous laissent deviner comme un artiste vivant surtout de brocante; c’est le graveur Sergent, beau-frère du général Marceau, qui entreprend la publication des Portraits de Grands Hommes , Femmes illustres et Sujets mémorables de la France , entre au Club des Jacobins, à la Convention, vote avec des considérants terribles la mort de Louis XVI, sauve, paraît-il, de nombreux suspects, règle la mise en scène des enrôlements volontaires, fait partie du comité d’instruction publique, et va célébrer le culte de la Raison dans la cathédrale de

Chartres qu’il protège contre le zèle des iconoclastes. Sergent, décrété d’arrestation après l’insurrection de Prairial, proscrit une seconde fois par Bonaparte après l’attentat de la rue Saint-Nicaise (24 décembre 1800), mort à Nice en 1847 à quatre-vingt-seize ans, a eu son existence illuminée par la passion que lui inspirait sa femme Marie Marceau ; lorsqu’il la perdit, il fit paraître une plaquette intitulée Hommage de l'Amour à la Vertu dans laquelle il décrit les charmes de sa compagne avec le feu de l’adolescence; il avait alors quatre-vingt-quatre ans. Douze ans plus tard, le vieux conventionnel, à son lit de mort, demandait les secours de la religion « pour n’être pas séparé de celle qu’il aimait ».

Il y a beaucoup d’autres personnages intéressants dans le monde des graveurs-éditeurs-marchands d’estampes, mais il faut bien laisser leur personnalité de côté pour indiquer brièvement leur rôle dans les ventes d’estampes et l’édition des planches gravées.

Les ventes.

Entre les dates extrêmes de 1700 et de 1800 nous avons pu relever, à Paris seulement, 548 catalogues consacrés en tout ou en partie à des ventes d’estampes. Ce chiffre est très probablement au-dessous de la réalité. Les ventes, clairsemées dans la première moitié du siècle, commencent à devenir fréquentes vers 1760 et se multiplient aux approches de la Révolution, c’est un mouvement de liquidation qui se dessine peu après 1780.

La plus importante des ventes d’estampes, celle de P. -J. Mariette, commença le Ier février 1775, la dernière vacation eut lieu le 3o janvier 1776.

Les ventes se faisaient soit au domicile du propriétaire (c’est le cas le plus rare), soit à celui de l’expert, soit encore dans une salle louée au couvent des Grands-Augustins, à l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré, à l’hôtel Bullion, rue Plàtrière (sur l’emplacement de notre rue Jean-Jacques-Rousseau.) L’hôtel Bullion

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