‹ L'esthétique anglaise; étude sur M. John RuskinChapitre 21 sur 40 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

de ces biens que notre propre intérêt doit nous faire préférer à tous les autres. Mais cette connaissance et ce discernement n'empêchent point qu'en passant à côté de ces biens secondaires pour aller droit au bien véritable, nous n'éprouvions une sorte d'attraction qui est capable de troubler un instant notre marche et qui ne peut être vaincue que par un effort. C'est ainsi que chaque planète, comme notre terre elle-même, tout en suivant sa route autour du soleil, est troublée dans son cours par l'attraction des corps qui l'avoisinent, et que les calculs astronomiques tiennent toujours compte de ces perturbations. Cette marche régulière et invincible dans sa direction principale, quoique troublée, est l'image de la vie de l'homme que la raison conduit à la vertu à travers les tentations de sa route et malgré les déviations passagères.

L'effort n'est donc pas exclu de la vertu telle que la comprend Socrate ; maintenant cet effort, qui est sur le chemin de la vertu et qui diminue à mesure qu'on en approche davantage exclut-ille bonheur? Il exclut sans doute le bonheur absolu tel que nous pouvons plutôt l'imaginer que le concevoir; mais il n'exclut nullement cette satisfaction relative à laquelle il nous faut bien dans ce monde donner, faute de mieux, le nom de bonheur. Je dirai volontiers avec Socrate, en dépit des apparences contraires, que nul ne fait le bien s'il n'y trouve son plaisir, ou, pour parler plus exactement, que nul ne fait le bien s'il n'éprouve à le faire moins de peine qu'en tenant une conduite op-

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