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posée. Quand nousbravons, par exemple, de grandes douleurs ou de vifs chagrins pour accomplir un devoir, quel est le secret de notre courage, sinon que la conduite contraire nous causerait une souffrance morale plus intolérable encore, et qu'à côté de cette souffrance les autres douleurs nous paraissent, sinon légères, du moins faciles à supporter? C'est donc la recherche du plus grand bien ou, si l'on veut, delà moindre peine morale, qui nous conduit vers le devoir tel que nous l'avons conçu, alors même que nous paraissons lui faire les plus courageux sacrifices; mais c'est précisément le discernement de ce plus grand bien ou de cette moindre peine morale et la préférence que nous lui donnons sur tout le reste qui s'appellent vertu dans le langage ordinaire des hommes. Or, ce discernement et cette préférence de la moindre peine à la plus forte ne sont autre chose que cette connaissance delà vérité, et que ce bonheur que Socrate déclare identiques avec la vertu.
Quant à ce saint aspect d'obligation morale et de commandement de la conscience que Socrate courrait, dit-on, le risque d'enlever à la vertu en déclarant qu'elle est dans l'intérêt bien entendu de l'homme et en la confondant avec la recherche du bonheur, nous croyons que la doctrine socratique ne dépouille point nécessairement la vertu de ce grand caractère. Il faut seulement se rendre compte de ce qu'on entend par cette obligation morale et par ce commandement de la conscience. Au milieu de créatures dénuées de moralité et sans autre règle que la
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satisfaction de leurs appétits corporels, l'homme se sent né pour une existence plus noble. Un instinct merveilleux l'avertit qu'il y a pour lui en ce monde d'autres devoirs que de se procurer les choses nécessaires à la vie, d'autres jouissances que celles du corps. S'il cède à cet instinct qui l'élève, il sent son âme s'agrandir, il entrevoit de nouveaux horizons, il passe d'un devoir facile à un devoir difficile, il en conçoit sans cesse de plus étendus ou de plus délicats, il avance dans la vie morale et ne peut y faire un seul pas sans se sentir ennobli. Si, au contraire, il évite d'écouter cet instinct qui le pousse à la vie morale, s'il cherche à l'anéantir, comme un hôte importun introduit mal à propos dans son àme, il y réussit à la longue, car, à la différence des besoins matériels, les besoins moraux non satisfaits s'éteignent; mais il n'y réussit pas sans que cet instinct ne proteste et ne se débatte sous la main grossière qui veut l'étoufTer. Cette voix de la conscience qui pousse l'homme dans l'arène de la vie morale, et qui gémit s'il refuse lâchement d'y entrer ou s'il veut en sortir, n'est autre chose que le cri de la vocation de l'homme. Cette vocation est tout aussi impérieuse que les vocations moins nobles qu'il a en commun avec le reste des créatures; car cette partie élevée de son âme a faim et soif de justice, de devoir accompli, de dévouement, de générosité, de vérité et de beauté, comme Fautre partie de son être a faim et soif de chair et de ■ sang. Et de même que celte vocation morale se soulève et crie si on l'étouffé, elle se déclare satisfaite si
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on lui cède, et l'homme qui la suit sent qu'il accomplit une sorte d'obligation sacrée qui lui est imposée par sa nature. C'est donc le commandement légitime de sa destinée qui se fait entendre par la voix de sa conscience; c'est pourquoi le refus d'obéir, la désertion de ce devoir particulier à l'homme entraînent aussitôt chez lui ce malaise moral auquel il a donné le nom de remords, impression aussi sensible, aussi facile à reconnaître que le malaise physique qui suit en nous l'inobservation ou le mépris d'une loi essentielle de la nature. En quoi pourtant cette obhgation, manifestée par la voix de la conscience, serait-elle inconcihable avec la doctrine de Socrate sur l'identité de la vertu, de la connaissance de la vérité et du. bonheur? Entendre clairement cette voix de la conscience, discerner avec son secours et avec la lumière de la raison l'ordre qu'il convient de mettre entre les biens vers lesquels nos divers instincts nous poussent, préférer les meilleurs par l'effet de ce discernement même, et trouver notre bonheur à les posséder, voilà ce que Socrate entend par vertu, et sa définition peut être avouée par la philosophie la plus austère.
J'ose ajouter qu'elle est avouée par la religion, qui dit, dans un langage admirable, qu'il faut connaître Dieu, l'aimer et le servir, c'est-à-dire avoir d'abord la connaissance de la vérité , puis céder à l'amour qu'elle inspire, et enfin s'unir à elle par sa conduite et y trouver le bonheur. C'est la marche même que Socrate a tracée pour le sage; mais, à la différence