‹ L'esthétique anglaise; étude sur M. John RuskinChapitre 27 sur 40 · OBJET DE SON ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

OBJET DE SON ENSEIGNEMENT

Nous venons de voir quelle était sa manière d'enseigner : le fond de cet enseignement comprenait les choses humaines (rààvGpwTrtva), c'est-à-dire la morale et surtout la politique, ou l'art de gouverner les hommes. Platon nous le représente comme ayant été passionné dans sa jeunesse pour l'histoire de la nature, et comme s'étant dégoù;é plus t u'd de cette recherche (2). Il veut dire probablement que Socrate avait écouté les leçons des autres maîtres sur ce sujet, sans entreprendre par lui-même ni étude ni enseignement de ce genre ; car Xénophon affirme positivement que ce sage ne raisonna jamais sur la nature de l'univers (ràiv 7râ>Tt.iv) ; qu'il ne cherchait pas comment se gouverne ce que les sophistes appelaient le monde (ô xqtjjlos) ; qu'il demandait si ceux qui se livraient à ces recherches croyaient en savoir assez sur les choses humaines (rà àvSiwTriva), ou bien si c'était par mépris pour

(1) Phédon, § 45.

(2) iWe'm., liv. IV, ch. i.

58 t)E LA MORALE DANS L'ANTIQtJlTÉ.

ces dernières qu'ils voulaient examiner les choses divines (rà ^zipovtw). 11 ajoutait que ceux qui étudient les choses célestes n'avaient probablement pas l'espoir de produire à leur gré les vents, les pluies et les saisons, et qu'ils ne cherchaient qu'un pur objet de spéculation, tandis que ceux qui ont appris les choses humaines, peuvent, en vertu de leur science, agir sur eux-mêmes et sur les autres (1). Voilà ce qu'entendait Cicéron, quand il disait que Socrate avait fait descendre la philosophie du (iel sur la terre. Xénophon fait l'énumération des sujets qui excitaient la curiosité de Socrate. Il recherchait, disait-il, ce qu'est la piété, l'honnêteté, la justice, la teinpéi'ance, le courage; il s'altacliait à d.'couvrir ce que doit être l'État ti ttôXcç), l'homme d'Eiat [ri TZ'-Atny.ô;), l'art du gouvernement, et l'homme propre à gouverner les autres

IDENTITÉ DE LA VERTU AVEC LE BONHEUR ET LE SAVOIR DANS LA DOCTRINE DE SOCRATE.

Examinons d'abord son enseignement sur la morale. Socrate est le premier qui ait essayé d'établir l'identité de la félicité et de la verlu, et (pii ait tenté de donner à ce rapport le développement et l'évidence d'une démons-

(1) Xénophon, Mém., liv. I, cli, i, § 11-15; et Plalon, Apologie, § 3.

(2) Xénophon. Mém.,\i\\ I, ch. I, § 16.

socrâTë. 5d

tration. Il exprimait le bonheur et ia vertu par un seul mot, cùirpa^ta. que nous pouvons traduire par le mot, bien vivre, en conservant à ce terme sa double signification de vie heureuse et de vie honnête (1). 11 pensait qu'on ne pouvait pas bien vivre sans honnêteté, que celui qui se passait d'honnêteté ne saisissait que de fausses apparences de félicité (2). En même temps qu'il identifiait la vertu et la félicité, il réduisait toutes les vertus à une seule.

Nous avons vu que les anciens comptaient quatre vertus : 1° la culture de l'intelligence ou la connaissance de la vérité ((Ti^îa) ; 2° !a tempérance (crw-^poîjjvyj, èyxoarc/a); o" le courage (-ivî^e/ot), et W la justice (^(raioaOwj), qui comprend la bienfai>ance et la piété {ihi^yxilv. y.o.\ vjiiÇtia). Selon Socrate, les trois dernières vertus peuvent se reluire à la première (3;.

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