LA RELIGION
Dans ses derniers moments, il s'entretint avec ses disciples de la providence divine et de la vie à venir. Ces
(1) Platon, Phédon, § 63 et suiv.
(2) Mém., liv. IV, ch. vm.
vérités et les devoirs de la morale religieuse qui en sont la suite, avaient été un des objets favoris de son enseignement. L'idée qu'il se faisait de la divinité était celle de la perfection. « N'avoir besoin de rien, disait- il dans un passage que nous avons déjà cité, est divin ; moins on a de besoins, plus on s'approche du divin, et, comme le divin est parfait, plus on s'approche du divin, plus on s'approche de la perfection (1). » On sait que Socrate est le premier qui ait donné une démonstration de la providence divine. Cette démonstration mérite que nous la reproduisions en partie, non-seulement parce qu'elle contient des preuves qui peuvent élre encore employées aujourd'hui, mais parce qu'elle offre des vues qui étaient nouvelles, au temps de Socrate, et marquaient un progrès sur la religion alors établie. Xénophon nous a conservé deux entretiens à peu près semblables sur ce sujet, l'un avec Aristodôme, l'autre avec Euthydème : « Est-il quelque mortel, dit Socrate au premier, que tu admires pour son intelligence ? — Oui: Homère dans la poésie épique, Mélanippide dans le dithyrambe, Sophocle dans la tragédie, Polyctète dans la sculpture, Zeuxis dans la peinture. — Mais l'artiste qui a fait des statues animées, intelligentes, mouvantes, n'est-il pas plus admirable? — Oui, si elles ne sont pas l'effet du hasard. — Mais les choses qui laissent clairement voir pourquoi elles sont faites, et quiontévidemmentquelque utilité, doivent-ellesêtre considérées comme l'œuvre du basardou del'intenlion? — De l'inlenlion. — Et bien ! celui qui a fait les hommes depuis le commencement, n'est-ce pas pour leur utilité qu'il leur a donné les organes des sens? Lesyeux ne sont-ils pas faits pour voir et les oreilles pour entendre? Sans les narines, à
(1) Mém.,\iv. I, ch. vi, § 10.
quoi serviraient les odeurs? Les paupières et les cils protègent les yeux ; les dents sont conformées pour broyer la nourriture ; les yeux et les narines sont placés près de la bouche, comme des sentinelles, pour surveiller les aliments. Et la tendresse que la nature nous inspire pour notre postérité, le penchant des mères à allaiter, l'amour instinctif de la vie, la crainte spontanée de la mort, tout cela ne ressemble-t-il pas aux soins de quelqu'un qui a voulu faire exister des êtres vivants (1) ?... » « Nous avons besoin de repos, dit Socrate à Euthydème, et les dieux nous accordent la nuit qui fait cesser
le travail Nous avons besoin de nourriture : ils la font
sortir pour nous de la terre : ils approprient à celte fin les saisons, qui nous offrent des tributs nombreux et variés, non-seulement pour nos besoins, mais aussi pour nos plaisirs. L'eau vient concourir avec la terre et les saisons pour faire naître et croître les plantes ; elle nous désaltère, se mêle à nos aliments et les rend plus nourrissants et plus agréables. L'eau, mesurée sur notre immense besoin, nous est accordée avec une largesse inépuisable. — Mais les autres animaux partagent ces bienfaits avec nous. — C'est qu'ils naissent et croissent pour l'utilité des hommes. Ceux qui sont plus forts que
lui ne lui en sont pas moins soumis pour cela (2) Tu
crois avoir quelque intelligence, dit-il à Aristodème, et tu t'imagines qu'il n'y a nulle part ailleurs rien d'intelligent. Tu sais pourtant que ton corps ne renferme qu'une petite partie de celte terre, de cette eau et de chacun de ces éléments qui composent le monde : comment pensestu donc que tu aies absorbé à toi seul toute l'intelligence,
(1) Mein., liv. I, cli. iv, § 2-7.
(2) Ibkl., liv. IV, ch. III.
SOCRATi'. 107
(le telle sorte qu'il n'y en ait plus ailleurs, et que ces choses, dont la grandeur est immense et dont le nombre est infini, se trouvent si bien ordonnées par une sorte de déraison (1)? — Mais je ne vois pas les maîtres de cet univers, comme je vois les ouvriers de ce qui se fait ici-bas. — Tu ne vois pas non plus ton intelligence qui est la maîtresse de ton corps : tu devrais donc prétendre aussi que tu ne fais rien par intention, mais tout par hasard. — Je ne méprise pas la divinité, mais je lui crois trop de grandeur pour avoir besoin de mon culte. — Plus est élevée la puissance qui daigne prendre soin de toi, plus tu dois l'honorer. — Si je pensais que les dieux prissent soin des hommes, je ne les négligerais pas ? — Et pourquoi ne le penserais-tu pas? L'homme est le seul des animaux auquel les dieux aient donné une attitude droite qui lui permet de voir plus loin et au-dessus de sa tète et de mieux éviter les dangers Ils lui ont accordé une main qui accomplit des travaux propres à rendre notre condition meilleure que celle des animaux,
et une langue qui est l'interprète de nos volontés Il a
plu à Dieu de prendre soin aussi de notre âme; elle est la seule capable de le connaître et de l'adorer. Quelle âme est mieux disposée que celle de l'homme pour
prévoir, pour se souvenir, pour apprendre (2) ?
Les dieux ont attribué aux hommes des sens appropriés à chaque genre d'objets particuliers, et une intelligence par laquelle, raisonnant sur ce que nous avons seul' et nous rappelant le passé, nous savons tirer parti de chaque chose, et prenons les moyens de jouir des biens et d'éviter les maux (3). » Gicéron a emprunté à
(I) At'à<pîcaûvr,v Tf/â.
(2; Mcm., liv. I, cil. iv, § 8.
(3) Ibid., liv. IV, cil. 3. § 11.
Sociale celle (léfinitio;! deriiUelligence... (1). » L'homme, poursuit Socrate, par son corps et par son âme, l'emporte sur tous les animaux. Avec l'intelligence humaine et la forme du bœuf, il serait aussi impuissant que ceux qui ont des mains sans intelligence. Et toi qui as reçu les deux avantages les plus précieux, la forme et l'intelligence humaines, tu crois que les dieux ne songent pas à toi. .. Ton esprit gouverne ton corps; il faut donc croire que l'intelligence qui est dans l'univers, le règle comme il lui plaît. Si ton œil découvre plusieurs stades, l'œil de Dieu peut tout embrasser. Si ton âme pense en même temps à ce qui se fait ici, en Sicile et en Egypte, l'intelligence de Dieu peut s'occuper de tout à la fois (2; . »
La providence que Socrate enseignait n'était pas seulement une providence générale, ayant établi des lois universelles qui amènent les événements particuliers, sans que la divinité y intervienne. Il croyait à une providence particulière, sans cesse présente et se manifestant à chacun en particulier, dans les occasions diverses de la vie, par des signes spéciaux. « 11 pensait, ditXénophon, que les dieux prennent soin des hommes, non selon l'opinion vulgaire qui ne leur attribue qu'une connaissance incomplète de ce qui se passe ici-bas. Il croyait (juc les dieux savent tout, les paroles, les actions, les intentions secrètes (3), qu'ils sont partout et qu'ils donnent aux hommes des signes particuliers sur toutes les afïiiires humaines [U). » 11 ne s'attribua jamais en propre le pri-
(1) De officiis, liv P^
(2) ^fém., liv. I, cil. iv.
(3) Ta c'.-fr. '^y.'Avjzu.vicL.
{!l) .¥('»!., 'liv, I, cl'i. I, § 19.
vilége de recevoir les avertissemenls du ciel. Aristodème disait : Je ne sais pas comme toi l'objet de la faveur divine, je n'entends pas unevoix qui m'avertisse, je n'aperçois pas de signes qui m'éclairent. Socrate lui répondait : C'est que tu neveux ni entendre ni voir. Adresse tes vœux, au ciel, écoute et tu entendras, regarde et tu verras (1). On s'est donc trompé en parlant du démon ou du génie de Socrate ; le Dieu dont parlait Socrate est la divinité de tout le monde (rb-Jaipiôviov) (2), qui n'avait point pour lui de voix particulière, mais qu'il écoutait, disail-il, avec plus de piété que le reste des hommes. Platon nous apprend que Socrate tombait souvent dans une contemplation profonde qui se prolongeait fort longtemps et dont rien ne pouvait le distraire (3) ; c'était sans doute pendant ces moment d'extase qu'il croyait entendre la voix divine. Ceux qui ont dit que le démon de Socrate était sa conscience, se sont trompés aussi: d'abord il n'y avait pas le démon de Socrate, mais la divinité, qui parlait à Socrate comme à tous les autres hommes, et de plus cette divinité ne l'avertissait pas seulement sur le juste et l'injuste, comme le fait la conscience, mais sur des actions où la morale n'est en rien intéressée, comme sur un départ, un retour, une visite au gymnase ou au théâtre ou sur l'action d'aller au tribunal, etc., et même sur les desseins que formaient d'autres personnes, par exemple sur la résolution que prit Charmide d'aller courir le stade à Némée {U).
Nous ne voulons point changer Socrate ni le doimer
(1) J/e'm., liv. I, ch. vi.
(2) Xénophon, Menu, liv. I, cli. i, § 2, et liv. IV, ch. m, § li ; Platon. Eulhyphron, § 2.
(3) Banquet, trad. citée, t. VI, p. 241 et 337.
(û) Platon, Theagès, § 11 ; Apologie, § 21, et Xénophon, Mém., liv. IV, ch. VIII.
GARMER. 7
pour autre qu'il n'est. Il croyait sincèrement que la divinité se manifestait par des voix, comme par les songes, par le vol des oiseaux, les entrailles des victimes, et tous les pi'océdés à l'usage des devins de son temps. 11 renvoyait de tiès-bonne toi la jeunesse à ces moyens de connaître la volonté des dieux (1). Si vous voulez, disaitil, joindre à la science humaine une autre source d'information, ayez recours à la divination (tyj pavT(xïj\ car lorsqu'on sait par quels signes les dieux communiquent avec les hommes, on trouve que leurs conseils ne nous manquent jamais (2). Il mettait ces signes des dieux au nombre des preuves de la providence divine. Si l'on regarde cette croyance de Socrate comme un reste de superstition, il avait cette superstition, nous ne voulons ni l'en défendre ni le surfaire. Il était par là de son temps. Il était donc sincère quand il recommandait d'honorer les dieux selon les lois de la patrie (3). Ari>todème lui demandant comment il fallait faire pour rendre aux dieux des actions de grâces dignes de leur bienveillance : «Ne te décourage pas, lui dit-il, tu sais que le dieu de Delphes, consulté sur la manière de rendre grâces aux dieux, répondit : Suivez les lois de l'Etat. La loi prescrit partout d'oti'iir des sacrifices selon son pouvoir, et les dieux s'en contentent. Comment rendre à la divinité un culte plus beau et plus religieux que celui qu'elle a prescrit ellemême. Mais il ne faut rien omettre de ce qui est en notre pouvoir, car cette négligence prouverait que nous ne révérons pas les dieux. En rendant ce culte selon son pouvoir, il faut prendre courage et espérer les plus grands
(1) Mém., liv. I, ch. iv, et liv. IV, ch. lil.
(2) Ibid., liv. IV, ch. vu, § 10.
(3) Ibid, liv. IV, ch. vi,§2.
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biens, car il ne serait pas sage de les attendre d'une autre main que de celle qui les dispense, et par d'autre moyen que par l'obéissance envers la divinité (1). »
Socrate honorait donc les dieux de la manière prescrite par l'oracle de Delphes, selon les lois de la ville. Il pensait que ses modiques offrandes étaient aussi agréables aux dieux que les magnifiques tributs des riches : autrement, disait-il, les dieux prendraient souvent plus de goût aux sacrifices des méchants qu'à ceux des gens de bien, et alors ce ne serait pas la peine de vivre (2). Socrate n'eslimait la vie que parce qu'd croyait qu'elle s'écoule sous l'œil d'une divinité équitable; et en effet, sans l'existence et la justice de Dieu, quel est le sens et le but de la vie humaine ?
La seule prière que Socrate adiessât aux dieux était qu'ils lui accordassent les biens (rà àyaBa), sans autre désignation, car les dieux, pensait-il, les connaissent mieux que nous. Leur demander de l'or, de l'argent, du pouvoir, c'est leur demander les hasards d'un jeu de dés ou d'un combat (3). Les richesses et la puissance ne sont pas de vrais biens, et laisser aux dieux le choix des biens qu'ils ont à nous accorder, c'est laire acte de piété et de foi dans leur souveraine intelligence et leur souveraine bonté.
A la doctrine de la providence, Socrate joignait-il celle de l'immortalité de l'âme? Xénophon et Platun iie nous laissent pas de doute sur ce sujet. Nous n'altiibuerons cependant pas à Socrate les raisons par lesquelles l'auteur du Phédon essaye de prouver la réalité d'une autre vie, telle que la réminiscence des idées que nous aurions
(1) Mém., liv. IV, ch. m, § 15.
(2) IbiL, liv. I, ch. m, § 1-3.
(3) Ibid., liv. I, ch. ni; § 2; et Platon, second Alcibiade,
contemplées dans un monde anlérieur, et la parenté de l'àme avec l'essence de ces types éternels (1). On voit dans Xénophon que Socrate n'admettait pas l'existence de ces idées. Il n'accordait pas qu'il y eût le beau en soi, le bon en soi, indépendant des objets beaux et bons, et Aristippe lui ayant demandé s'il connaissait quelque chose de bon, — de bon à quoi, reprit Socrate? Pour la fièvre? — non. — Pour l'oplithalmie ? — non, — Pour la faim ? — pas davantage ; mais quelque chose de bon en soi. — Si tu me demandes, dit Socrate, quelque chose de bon qui ne soit bon à rien, je ne connais rien de pareil et ne me soucie pas de le connaître (2). Nous n'imputerons pas davantage à Socrate les fables poétiques sur l'autre vie, qui sont développées dans le Phèdre, dans le Gorgias et dans la République, que Platon luimême ne présente qu'avec réserve et qu'il n'affirmerait, dit-il, que si un Dieu descendu sur la terre venaiten confirmer la vérité ; mais nous rapporterons à Socrate la croyance fondamentale qui soutient ces fables, et ces simples paroles que Platon met dans sa bouche et qui sont dépourvues d'ornements ambitieux. Criton dit à Socrate: «De quelle manière t'ensevelirons-nous? — Comme il vous plaira, si toutefois vous pouvez me saisir et que je ne vous échappe pas Puis, regardant ses disciples avec un tranquille sourire, il ajouta : Je ne puis persuader Criton, que moi, Socrate, je suis celui qui raisonne et qui parle; il croit que je suis ce qu'il verra bientôt sans vie^ et il demande comment il me doit enterrer, moi! Et tout le long discours que j'ai fait, pour montrer qu'après avoir bu le poison, je ne resterai plus
(1) Voyez le Phédon.
(2) Xénophon, Mm., liv. III, ch. viii. ■■^- ■'}'^
auprès de vous, mais m'en irai vers la félicité des bienheureux, je parais avoir dit tout cela inutilement pour lui, et seulement pour vous consoler ainsi que moimême. Servez-moi de caution auprès de Criion, mes amis ; non comme il m'en a servi lui-même auprès des juges ; car il promettait que je resterais à Athènes ; vous, au contraire, assurez-le que je ne resterai pas ici après ma mort, mais que je partirai, afin qu'il prenne courage, et qu'en voyant le corps de Socrate ou brûlé ou enterré, il ne s'indigne pas des maux qu'on me ferait souffrir, et qu'il ne dise pas, pendant les funérailles, que c'est moi qu'il expose, qu'il porte ou qu'il ensevelit. Sache bien, ô excellent Grilon, que parler ainsi c'est non-seulement mal s'exprimer^, mais commettre une offense envers les âmes. Rassure-toi donc et dis que c'est mon corps que tu enterres; enterre-le comme il te plaira, et surtout de la manière que lu jugeras le plus conforme aux lois (1). » Ces paroles, d'un ton si simple et d'une si calme assurance, sont tout à fait semblables à celles que Xénophon place sur les lèvres de Cyrus mourant, en s'inspirant aussi, sans aucun doute, de l'enseignement de Socrate. « Au nom des dieux de la patrie, mes enfants, honorez-vous les uns les autres, si vous avez à cœur de me plaire; car vous n'êtes pas persuadés, je pense, que je ne serai plus rien quand j'aurai achevé cette vie humaine. Vous ne voyez pas mon àme à présent, mais à ses actions vous reconnaissez qu'elle existe. Les âmes de ceux qui ont péri par un crime, ne savez-vous pas quelle terreur elles inspirent aux meurtriers, et quels ressouvenirs de leurs méfaits elle envoient aux impies. Rendrait-on des hoimeurs aux morts, si l'on ne pensait pas que leurs
(I) Platon, Phédon, § G4.
114 DE LA iMORALE DANS L'ANTIQUITÉ.
âmes fussent encore douées de quelque faculté. Pour moi, mes enfnnts, je n'ai jamais pu croire que cette âme qui vit tant qu'elle réside ilans un corps mortel, en le quittant, cesse de vivre. Je vois au contraire que tout le temps que l'âme habite ce corps périssable, c'est elle qui le maintient vivant. Je n'ai jamais pu me persuader non plus que l'âme, par cela seul qu'elle se séparerait d'un corps irraisonnnble, viendrait à perdre la raison. Il est vraisemblable au contraire que lorsque l'âme est dégagée, pure et sans mélange, c'est alors qu'elle jouit le mieux de son intelligence. Quand l'homme se dissout, on voit clairement les éléments qui le composent se rejoindre aux éléments semblables, excepté l'âme qui ne se voit, ni quand elle habite le corps, ni à son départ. Vous avez remarqué que rien n'est plus semblable à la mort que le sommeil, et c'est pendant le sommeil que l'âme de l'homme est la plus divine; elle va jusqu'à entrevoir quelque chose de l'avenir, car c'est dans cet état qu'elle possède le plus pleinement sa liberté (1), »
On s'étonnera sans doute que Socrate ait pu se voir accuser de méconnaître les dieux, lui qui croyait aux oracles, aux augures et à la vertu des sacrifices. Mais il pensait que les manifestations divines étaient employées par d'autres dieux que ceux du vulgaire. Ce n'élail pas Jupiter, Junon, Phébus, Diane, Minerve, la déesse d'Athènes et des oliviers, qui, suivant Socrate, parlaient dans les voix mystérieures et dans les signes de la divination, mais des dieux qu'il ne nommait pas, et le plus souvent le Dieu (2) ou la divinité (3). Socrate enseignait
(1) Xénophon, Cyrop., liv. YIII, ch. vu, § 17 et suiv,
(3) Tô ^aiy.o'v'ov.
un Dieu supérieur qui avait formé le corps et l'âme de l'homme (l), qui réglait et conservait l'univers où sont renfermées tant de merveilles, le maintenait toujours nouveau, toujours frais, toujours jeune, obéissant à son maître plus vite que la pensée et sans faillir, un Dieu qui faisant éclater aux yeux tous ces grands effets, demeurait lui-même invisible (2). Or, dans la croyance vulgaire, le monde était sorti du chaos, comme les dieux; ce n'était pas les dieux qui avaient fait l'homme, mais un Titan rebelle qui avait dérobé le feu du ciel. Quelle était cette divinité invisible dont parlait Socrale? 11 fallait à la multitude grossière d'Athènes, des dieux visibles, un iMiébus manifesté particulièrement dans le Soleil, une déesse Diane ou Arténiis, portée sur le char de la lune, une Minerve ou A^-^iw?, la déesse des oliviers, présidant au desiin d'Athènes. Il est évident que les dieux ou le Dieu de Socrate détruisait la divinité visible du soleil et de l'asire des nuits, et n'en faisait plus que des globes de feu. Mais, dira-t-on, Socrate recommande en mourant d'offrir un coq à Esculape II est permis d'en douter, car Xétiophon n'en parle pas, et Platon nelui prête peut être cette parole que dans un sens symbolique. Mais en supposant que Socrate ail prononcé cette recommandation, qu'il ne l'ait pas entendue dans un sens allégorique, Esculape, dieu de la santé, espèce de dieu abstrait, d'origine étrangère, qui n'avait pas de temple à Athènes, ne pouvait faire oublier à la multitude que Socrate pailaii d'un Dieu invisible et gardait un obstiné silence sur les dieux visibles du pays.
(i) Xénophon, Mém., liv. I, cli. iv, el liv, IV, ch. lir, (2) Idem, ibid., liv. IV, ch. lU, § 13.