VI PRÉFACE
gent leur racine dans les instincts, les supériorités et les infériorités de l'esprit national, qu'elles en appellent à ce qu'il y a en lui de plus vivace, à ses convictions religieuses, ses traditions protestantes et son amour intense pour la nature, qu'elles sont à son image un remarquable mélange d'imagination et de réalisme, une combinaison où tous les sentiments et les affections, depuis le sens moral et la sensibilité poétique jusqu'au sentiment de la réalité, prédominent décidément sur l'intelligence abstraite. Quant aux idées qu'il se fait du but de la peinture, et quant à l'éducation, à la discipline et au selfgovernment qu'il croit propres à former l'artiste, on verra vite en tous cas qu'il nous conduit dans des sphères de pensées qui ne sont nullement françaises^ qui sont presque situées aux antipodes des régions intellectuelles que nous sommes habitués à parcourir.
La principale des additions que j'ai faites est un chapitre d'introduction sur les destinées assez peu brillantes de l'esthétique : j'y passe en revue les idées qu'on s'est formées de l'art depuis le xv° siècle, et la large part que ces jugements de la raison ont eue à la décadence de la peinture et de l'architecture. Malgré la nature forcément abstraite de cette introduction, les pages qui suivent ne sont nullement un essai sur la philosophie de l'art en général. J'ai cru devoir expliquer d'abord mes propres vues à l'égard de l'esthétique, afin de rendre plus clair le sens des passages qui dans le cours de mon travail ne pouvaient manquer de s'en ressentir; mais je me suis vite débarrassé de cette tache pour pouvoir m'occuper ensuite entièrement des idées de M. Ruskin