‹ L'esthétique anglaiseChapitre 3 sur 21 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

et, à propos de ces idées, des conditions pratiques et toutes spéciales des arts plastiques. A vrai dire même, mon but a été surtout de prendre le parti des peintres contre les décisions abstraites des philosophes et des sniiples penseurs. Chose remarijuable, jamais les artistes et leurs œuvres n'avaient tenu autant de place que de nos jours dans les discussions des écoles, dans la littérature populaire, et dans les conversations quotidiennes ; jamais la philosophie n'avait aussi activement cherché les moyens de remettre l'art dans la bonne voie et de lui apprendre ce qu'il doit être ; mais il est une chose qu'elle a moins songé à examiner, c'est l'influence que les esprits philosophiques ou les esprits littéraires ont exercée sur les artistes. Et cependant il y avait lieu de regarder de ce côté; car, s'il existe des différences radicales entre la position de l'artiste moderne et celle de l'artiste des beaux temps héroïques de l'art, ces différences se résument presque toutes dans l'empire que la pensée abstraite et les penseurs du dehors ont pris peu à peu sur la direction des peintres.

Jusqu'au xv^ siècle l'artiste pouvait être lui-même un poëte ou un philosophe, mais comme artiste il vivait dans une sorte de sanctuaire, il appartenait à une confrérie qui avait ses secrets et formait un mon le à part ; il recevait par initiation les traditions de ses devanciers, et en peignant il ne reconnaissait pour juges que ses maîtres et ses pairs. Enfermé avec son inspiration, il disait, même à un pape : procul esta, les profanes n'entrent pas. D'ailleurs les hommes d'alors en étaient encore à cet âge où les idées abstraites ont peu de prise sur

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l'esprit, et c'étaient les images, c'était l'art, avec ses histoires peintes ou sculptées du ciel et de la terre, qui donnait l'impulsion à la pensée des masses, plutôt qu'il ne suivait le mouvement de l'intelligence répandue dans les sociétés. Maintenant tout est diamétralement changé. Dès la renaissance, la réflexion et le raisonnement avaient envahi les artistes eux-mêmes, et depuis un siècle surtout, la presse, les gouvernements, la dissémination de la pensée, la perfection aussi des chefs-d'œuvre sortis de la main des maîtres ont largement réussi à tirer la peinture de son sanctuaire pour la placer au grand jour de la publicité. Nous sommes fiers de ce résultat. Nous nous applaudissons des expositions qui mettent l'art à la portée de toutes les classes, des encouragements nationaux qui l'honorent comme un pouvoir social ; et nous n'aspirons qu'à lui faire encore un plus riche apanage, à changer ses expositions annuelles en exhibitions permanentes. Nous nous réjouissons de lui voir trouver place dans les journaux, de le voir expliqué, commenté, discuté comme une question d'intérêt général. Hélas! tout ce patronage public et toute cette popularisation, où nous mettons précisément nos espérances et dont nous attendons pour lui un futur âge d'or plus glorieux que ceux du passé, sont loin de m'apparaître sous des couleurs aussi flatteuses. Le fait certain, c'est que l'art, en devenant un fonctionnaire de l'Etat, est tombé sous l'empire du droit commun, et que la corporation autrefois souveraine a perdu de plus en plus, non-seulement 5on rôle d'initiatrice, mais encore son indépendance. En définitive, depuis que les tableaux ont la nation

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