‹ L'esthétique anglaiseChapitre 6 sur 21 · PREFACE. XI · texte numérisé non relu

PREFACE. XI

profit de ses facultés et pour être vraiment inspiré par ce qu'il a d'imagination. Mais en même temps on rencontre chez lui l'erreur radicale qui a sans cesse condamné la raison abstraite à se tromper du tout au tout sur ce que doivent être les tableaux ou les sculptures : on y voit, dans tout le danger de ses conséquences, cette illusion littéraire qui consiste à méconnaître la nature spéciale des impressions ou des conceptions que la peinture est appelée à rendre, et qui aboutit a ce monstrueux résultat de vouloir anéantir le sentiment plastique en lui enlevant le droit de s'exprimer, de vouloir forcer les hommes à qui Dieu l'a donné à ne plus énoncer, dans la langue des formes et des aspects, que les notions ontologiques de l'intelligence, les notions qu'elle peut se faire des essences et des manières d'être. Des idées, toujours des idées; c'est-à-dire des idées de romancier, d'historien, de botaniste, de géologue, d'anatomiste! Voilà ce que la raison, par l'organe de M. Ruskin, demande tyranniquement au peintre. Certes, Tintelligence, comme toutes les autres facultés qui peuvent prendre part à l'élaboration des idées faites pour la parole et le livre, ont aussi un grand rôle à jouer dans la peinture. Seulement ce n'est pas sous la même forme qu'elles doivent entrer dans un tableau. En tout cas, ces jugements et ces vérités intellectuelles ne doivent y trouver place que jusqu'à un certain point ; et ils y représentent au plus l'élément estimable des œuvres plastiques. Il en esl à peu près de cela comme de l'amour. 11 est bon que l'estime, le respect, la sympathie intellectuelle viennent s'y joindre; et tant qu'ils ne prennent

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