‹ L'esthétique anglaiseChapitre 7 sur 21 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

pas trop le dessus, ils ne font que lui donner plus de puissance pour pénétrer et enivrer l'âme ; mais s'ils arrivent à prédominer outre mesure, adieu Fivresse, adieu la [)lus merveilleuse poésie de la vie. De même on peut dire : adieu la magie de l'art, adieu les émotions qu'il peut seul causer, s'il veut trop jouer le rôle de la science, de la morale, de la poésie même, si, pour satisfaire davantage les facultés qui sont le propre du penseur, du poëte, de l'homme qui n'est pas artiste, il songe trop peu à satisfaire les instincts et les aspirations qui distinguent le peintre et le sculpteur, les aptitudes et les sensibilités particulières qui entrent plus ou moins dans l'organisation de tout homme, mais qui n'ont rien de commun avec son intelligence, son sens moral, son imagination poétique.

Un seul mot encore pour ceux qui diront peut être : à quoi bon tant de raisonnements, si le raisonnement est justement ce qui a perdu l'art et ce que les artistes ne doivent pas écouter? — Qu'y puis-je? Lorsqu'en réfléchissant on est tombé sous la puissance d'une mauvaise idée, il n'y a pas d'autre ressource, pour s'en débarrasser, que de pousser encore plus loin la réflexion. D'ailleurs, je ne suis qu'un pauvre critique. Si les raisonneurs remplissaient bien leur propre tâche, en se dégrisant eux-mêmes et en cherchant à dégriser les autres de leurs illusions sur le raisonnement ; s'ils le pratiquaient, de leur côté, jusqu'à découvrir ce qu'il ne peut pas, les artistes, pour leur part, se chargeraient bien d'avoir de -l'imagination.

Page 1