‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 122 sur 163 · Raphaël, édit. de i835, p · texte numérisé non relu

Raphaël, édit. de i835, p

artistes ne s'éveillera qu'au contact de l'antique. C'est à la fois une doctrine et une stratégie.

Certes il faudrait être dépourvu de toute sensibilité artistique pour ne pas goûter, en quelques moments d'abandon, la forte saveur des primitifs, même du xiv*^ siècle '' : les fresques « précieuses » du Campo Santo de Pise lui ont laissé un souvenir enclianté. Bien qu'il soit classique, ou même parce qu'il est classique, l'efTet décoratif de ce merveilleux ensemble emporte le mauvais goût du détail. On peut bien céder parfois au (( charme jusqu'alors inconnu » des portraits de Giotto, « d'une bonhomie qui saisit les sens )) \ Mais tous ont à ses yeux cette môme bonhomie et naïveté, tous le trait pur, la tonalité fraîche, les attitudes et airs de tête délicieux de simplicité \ Et voilà confondus dans la même primitivité, touchante et un peu niaise, deux siècles d'efforts et de progrès, le néo-grec Cimabuë et les plus subtils de sentiment comme Botticelli, un demi-archaïque comme fra Angelico et un virtuose de décadence comme Filippino Lippi. Sont (( primitifs » aux yeux des classiques de 1800 à i83o, ces laborieux artistes qui créent par leurs recherches méthodiques, rationnelles, tels surtout les Florentins, la science abstraite et Ihabileté technique dont le XVI '^ siècle recueillera le profit dernier. L'académisme de 1800 à i83o a créé ce préjugé, cjue l'histoire a eu tant de peine à dissiper, que les primitifs se distinguent par la date de leur vie et de leurs ouvrages, non par la qualité de leur art. Ruskin et préraphaélites l'ont reçu d'eux. Il a fallu cinquante ans d'enquête historique pour restituer au xv*" siècle le mérite de la triple Renaissance, celle du naturel et de la vie, celle de l'antiquité, celle de la réflexion scientifique qui recherche les lois des apparences ou le secret des trois

1. Il est à noter que Quatremère possède les grands recueils qui ont les premiers familiarisé le public français avec les primitifs, le Recueil de Seroux d'Agi ncourt, les Peintures de Masaccio gravées par Piroli, les fresques du Campo Santo de Fisc gravées par Lasinio (181 2). Cf. le Catalogue de la vente de sa Bibliothèque en i85o. Sa sévérité n'est donc pas une ignorance dissimulée.

2. Hisl. de la vie et des ouvrages des plus célèbres archilecles, t. I, p. 3o.

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