‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 123 sur 163 · Raphaël, p · texte numérisé non relu

Raphaël, p

LA PEINTURE ITALIENiNE 11']

dimensions figurées sur un seul plan, et pour reporter au xiv*" la primitivité, le contraste émouvant de Tinlenlion et du résultat, c'est-à-dire l'archaïsme. Mais la stratégie des classiques exigeait que tout artiste antérieur à Raphaël, lequel est la maturité et la perfection, fût devant la doctrine un primitif, c'est-à-dire un incomplet.

Dans tous les cas tous tombent sous le dur arrêt de l'esthétique académique. Winckelmann avait déjà condamné le premier cette (( patience incroyable au fini », ce souci de marquer fortement veines et plis de la peau, incompatible avec la beauté que l'art antique obtient par l'élimination des détails ' ; de passage à Florence, il s'était attardé dans la Galerie du grand-duc aux monuments étrusques, aux pierres gravées et médailles, à la collection de dessins de Raphaël et de Michel-Ange : pas un regard pour les fresques des églises. Pour Milizia, (( jusqu'à Raphaël le genre humain fit et vit tout en barbare » ; Vasari a bien perdu son temps à nous faire (( l'insectologie » des primitifs ^ Et Mengs ne voit dans l'art du Pérugin qu'une copie de la nature : simple métier de scribe ^

C'est précisément ici leur pire défaut aux yeux d'un classique comme Quatremère : pauvres d'invention, ces peintres ne savent qu'imiter le réel au plus près ; les portraits y sont innombrables et d'une exactitude qui prouve l'incapacité de s élever plus haut. L'idéalisme platonicien leur est inconnu. Quatremère ni les siens n'ont su percevoir dans ce xv*' siècle oii travaillent tous les ferments, à côté du naturalisme ingénu et paisible, de Ghirlaudajo par exemple, les

1 . « A la Renaissance de l'art, les tableaux peints par les prédécesseurs des grands maîtres, éloignés du vrai beau, sont finis avec une patience incroyable, tandisque leurs successeurs, les Michel-Ange et les Raphaël, ont suivi le précepte que Roscommon donne aux poètes: « composez avec feu, rédigez de sang-froid » {Hist. de l'A., liv. IV, chap. vi). — « Jusqu'à M. Ange et Raphaël le style fut sec et raide. « « Les artistes qui précédèrent la restauration des arts mettaient leur adresse à prononcer fortement les veines, ce qui est contraire à la maxime des anciens » (id. , paragr. 58 et 65).

2. L'art de voir dans les B.-Arts, traduit par Pommereul, p. Oo.

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