Œuvres, traduites de l'ital., 178G, t. 1, p
premiers symptômes d'une aspiration fervente à la beauté, au type abstrait, à l'expression de l'ame, à la découverte des rapports généraux des formes, aspiration que Marsile Ficin et L.-B. Alberli * communiquent à leurs amis florentins. Quatremcre ne sait pas que la Pallas de Botticelli est déjà de l'idéalisation. C'est ignorer précisément ses titres de noblesse. En revanche il ne découvre que vérité locale du costume et des accessoires, toujours contemporains. Même (( les sujets d'histoire ancienne ou étrangère sont ramenés à la même localité de costume et à la même réalité de portrait )) ^ Voilà condamné d'un mot par le théoricien de la généralisation l'anachronisme qui donne aux rois mages la figure des Médicis, fiction réaliste par laquelle les quattrocentistes, tout en faisant leur cour aux puissants, affirment la vertu indéfectible de la Bible et de l'Evangile, qui ne sont pas du tout pour eux du passé.
Ce n'est pas leur unique défaut. Ils ne connaissent pas le corps humain ; le sentiment religieux et la décence empêchaient le nu : là où ils le laissent entrevoir, c'est « la délinéation de contours rectiHgnes, sans articulation ni musculature )). Voilà comment la prévention classique juge l'Adam et Eve du Carinine, le saint Sébastien de Pollajuolo, le Christ baptisé de Verrocchio, tous ces nus savamment modelés en peinture ou dans la matière dure\
Quatremère et l'école leur refusent d'autant plus catégoriquement la qualité du dessin, qu'ils croient que l'antiquité leur était inconnue ^ ; la (( Renaissance » de l'art, qui est pour eux uniquement celle de l'antique, ne date que du
1. Il est curieux que Quatremère et en général les esthéticiens et artistes classiques de l'Empire et de la Restauration, qui se réclament à l'envie de Vitruve, ou même du Songe de Polifile de t>ancesco Colonna, ne tirent point parti du De Pictura d'Alberti (i435), publié à la fin du Vitruve des Elzevirs, traduit en italien et publié à Venise en i5/J7, traduit de nouveau par Gosimo Bartoli (Venise, 1568) et joint par Raphaël Dufresne à son édit. du Traité de la Peinture de Léon, de Vinci (Paris, iGSi). Tout l'Académisme est pourtant là déjà.