Moniteur, 26 mars
^. C'est la traditionnelle doctrine des classiques: cf. Labruyère, Des Ouvrages de l'esprit.
l3/i LES AUTORITÉS MODERNES DE LA DOCTRINE
approximatives de il^So et de i55o que Quatremère, après Gicognara, s'attache passionnément comme à la vraie et à la seule Renaissance ^
Au XVI* siècle même il est des contacts à éviter. D'abord celui de l'école vénitienne. Pour méconnaître le danger de son attrait il suffît de voir les romantiques y céder avec délices: Delacroix étudie avec amour le Titien, Eugène Deveria Veronèse, auquel il emprunte sa palette pour la Naissance de Henri IV ^ ; au Salon de 1822, la Courtisane de Sigalon est signalée comme une mauvaise réminiscence de Titien ; dans le dénombrement du Louvre en i83/l, vingt-deux Titiens s'étalent à côté de quinze Raphaëls. Le bon Delécluze gémit dans le Moniteur sur la contagion qui vient des lagunes: (( la couleur fait oublier la forme » \ Quatremère, artiste de tempérament, fermerait volontiers les yeux sur ce mal ; mais ce qu'un idéaliste comme lui ne pardonne pas aux Vénitiens c'est (( l'imitation particularisée, le style de portrait ))\ L'air de Venise est fatal au style idéal : il a failli corrompre Ganova \ qui sculpte là bas dans un naturalisme pesant Dédale et Icare, et à qui Rome seule donna des ailes; il gâte à distance nos peintres, qui s'efforcent de faire des portraits à la ressemblance de Titien, non de l'original; et l'original lui-même, les Vénitiens enseignent à le peindre tel qu'il est^ (( Les Giorgione, les Tintoret, les Titien, les Paul Veronèse, restés modèles pour la couleur, ne sauraient soit en dessin et en composition, soit en beauté de formes historiques ou idéales, présenter de modèles \ »
1. Avant la Pienaissance idcalo-antique dont Winckelmann fut le choryphoe.