‹ L'esthétique classique chez Quatremère de QuincyChapitre 141 sur 163 · IL · texte numérisé non relu

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favorisés ouvertement ou en secret par Ingres lui-même et par ses élèves, Orsel, Périn, Hippolyte Flandrin, Amaury-Duval, Mottez, dérobent au dieu son prestige . Hors de nos frontières les Nazaréens, puis les préraphaélites assureront leur triomphe. S'il faut en croire certains symptômes, les Bolonais reviendront à leur tour achever la défaite de Raphaël et de son panégyriste.

MICHEL-ANGE. ATTITUDE DES CLASSIQUES ET DES ROMANTIQUES. ADMIRATION ET SUSPICION.

Sous la Restauration, une tradition trois fois séculaire puisqu'elle remontait à la Renaissance même, plaçait Michel- Ange à côté de Raphaël comme les deux autorités modernes de la doctrine, contemporaines l'une de l'autre et inséparables. (( Raphaël et Michel- Ange » était devenu depuis Vasari, particulièrement dans le catéchisme de l'Académie aux xvii^ et xvin^ siècles ^ , une sorte de formule que les théoriciens et les artistes, sauf de rares exceptions, se transmettaient pieusement. Précisément parce que Quatremère avait écrit en 182/i un Raphaël, le public réclamait, attendait de lui un Michel-Ange, comme « pendant »-. Mais l'Ecole classique de i820-i835, en lui et par lui, allait-elle maintenir comme légitime cette intime association, ou plutôt cette égalité, consacrée par trois siècles de critique et d'histoire .^^ Juger Michel-Ange, c'est l'aveu le plus formel qu'une école puisse faire de son esthétique ; comme il est un des artistes les plus obstinément personnels qu'il y ait eu, l'aimer ou le tenir en suspicion c'est confesser toute une doctrine sur l'esprit de règle ou le sens personnel, sur la

1, Cf. les Proc.-verb. de l'Acad. royale de Peint, et de Sculpt., de i6/i8 à 1793. Des conférences sont faites par les académiciens sur l'un et l'autre et leurs ouvrages ; mais il est à remarquer que, pour une sur le Jugement Dernier (t. II, i36, 137), il y en a sept, de Roger de Piles, de P. Mosnier, de Le Brun, de Mignard, de Philippe de Ghampaigne, de J. Noiret... sur diverses œuvres de Raphaël (t. ï, II, III, passim).

2. Cf. le Journal des Savants, 1837, p. 177. Le Michel Ange paraît d'ailleurs la même année que la 3" édit. du Raphaël.

primauté du dessin ou de la couleur, sur les lois de la peinture ou de la sculpture.

Au nom de l'Ecole, le secrétaire perpétuel donne donc au Raphaël le (( pendant » réclamé ; mais l'heure qu'il a choisie, 1 835, dit assez dans quel esprit. La sculpture, plus lente à évoluer que la peinture, est arrivée au tournant critique ' ; entre les classiques et les romantiques Quatre; mère dresse donc son Michel-Ange comme un Janus à deux faces, sévère à la fois aux adversaires, qu'il condamne, aux amis, qu'il gourmande. Ce livre ambigu tantôt revendique le Maître contre les romantiques, tantôt semble le leur abandonner comme compromettant. S'il est vrai que tout portrait révèle à la fois le peintre et le modèle, celui-ci, en précisant quelques notions originales sur Michel-Ange, prend sa place dans l'histoire des idées et du goût.

Avec Raphaël, toujours égal et mesuré, même dans le progrès, même quand il varie sa technique et ses sujets, Quatremère et les siens se sentent à l'aise ; mais le génie (( singulier » de son rival bouscule leur raison, qui n'a qu'un critère pour tous les artistes, qu'un compas pour toutes les œuvres. Dans l'état de l'opinion en i835 il faut pourtant ou associer dans la même admiration ces deux génies de (( saisissant contraste », ce qui est dangereux pour l'avenir de notre art, ou choisir entre eux, ce qui est embarrassant^ En effet, le débat ancien provoqué par une anecdote de Vasari vient de se réveiller; depuis Vasari\ qui a la manie du parallèle parce qu'il est déjà d'esprit académique, et la manie de l'anecdote parce qu'il est florentin, une « controverse célèbre » s'est instituée, non plus seulement sur la question de la supériorité de l'un ou de l'autre, mais sur leur rivalité artistique, sur l'antithèse de leur vie et de leurs caractères, surtout sur leurs « larcins » réciproques. La controverse met en question à la fois des faits et des prin-

1. C'est pour cela que l'année précédente (i83j^) Quatremère a fait paraître son Caiiova, en exemple et en reproche.

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